Le marché des livres anciens et de collection

Cet article est une republication en cours d’actualisation.

Le commerce du livre ancien et d’occasion fait partie des secteurs les plus déstabilisés par l’Internet, avec des conséquences dramatiques sur les ventes et les prix au sein d’une offre pléthorique.

Comme pour d’autres secteurs marchands, la chute des prix de ces ouvrages est due aux millions de titres proposés en permanence sur l’Internet par des particuliers et des professionnels, et dont les prix peuvent varier dans des proportions importantes pour un exemplaire identique.

Le développement du livre numérique brouille encore les repères, avec l’offre de particuliers ou de sociétés commerciales, parfois complètement étrangères au monde de l’édition,  proposant des reproductions numérisées payantes d’ouvrages tombés dans le domaine public.

À la recherche d’un exemplaire « physique » d’un livre très ancien, souvent, l’amateur qui utilise le moteur de recherche le plus connu tombera désormais en priorité sur des tombereaux de ce titre en version numérisée. Pour favoriser la chance, il devra se rendre directement sur les sites de marchand spécialisés ou les grandes plateformes de vente internationales.

Cette transformation brutale – et non stabilisée – avec les effets dévastateurs d’une concurrence acharnée et sauvage, va à l’encontre des intérêts du commerce des livres anciens et d’occasion. Si l’impact se fait de moins en moins sensible plus on pénètre le domaine de la bibliophilie, le périmètre de la rareté s’est restreint à un répertoire de titres redéfini par les amateurs à partir de l’offre de l’Internet.

Avant l’Internet, des férus de textes pointus et autres chercheurs documentaires pouvaient engager des sommes élevées pour l’achat d’un titre épuisé, dont la lecture leur était indispensable, et qu’il souhaitait posséder. Avec le commerce en ligne de livres «physiques», plusieurs exemplaires d’un de ces titre rares peuvent être trouvés en quelques minutes, induisant une rareté moindre et conduisant les acheteurs potentiels à attendre des prix plus intéressants.

Devant ces livres peu courants mais pourtant en stand-bye, les vendeurs sont entrés dans la spirale infernale de la baisse des prix. Aujourd’hui, une grande partie de la clientèle qui faisait vivre les commerces de livres anciens pour des raisons de recherche documentaire migre vers le numérique gratuit ou bon marché, si on lui en offre la possibilité. La valeur de ces ouvrages spécialisés en version originale est donc fortement impactée quand il existe une concurrence numérique.

Les maisons d’édition rééditent sous forme numérique de plus en plus de titres épuisés qui ne sont pas tombés dans le domaine public. Auparavant, la relative rareté des titres physiques épuisés permettait de les vendre à des prix souvent élevés.

La numérisation affecte également la valeur d’ouvrages plus rares, notamment avec la mise à disposition gratuite en ligne des livres tombés dans le domaine public des grandes institutions culturelles. Si on ne peut qu’approuver cette plus large accessibilité aux livres, et notamment gratuite, l’impact négatif sur le commerce des livres anciens et d’occasion est une réalité.

La numérisation trouve ses limites avec les livres rares pour lesquels les amateurs sont incapables de se contenter d’un substitut dématérialisé, et notamment parce que leurs particularités, notamment esthétiques, ne sont pas reproductibles.

Il s’agit, par exemple, et pour des éditions originales, de livres d’artistes à faible tirage avec des lithographies idéalement signées, d’ouvrages magnifiquement reliés, d’exemplaires de tête (les premiers imprimés) sur grands papiers, de tirages à part numérotés sur des papiers de luxe, avec envoi de l’auteur, d’ouvrages d’histoire naturelle et de voyage à planches aquarellées, des XVIIIe et XIXe siècles.

Pour ces domaines, les acheteurs doivent avoir des moyens financiers plus importants que par le passé.  La chasse à la rareté avec des prix en forte hausse touche beaucoup de spécialités du marché de l’art, dont celle-ci. Ce qui est une bonne nouvelle pour les propriétaires de ce type d’ouvrages.

L’état d’un livre de collection, concernant aussi sa reliure, est primordial. Toutefois, une reliure et les pages d’un livre très intéressant peuvent être restaurées. Il faut vérifier qu’il ne manque pas de pages et, le cas échéant, que le livre soit bien complet de ses illustrations. Les plus belles ont parfois été retirées pour être encadrées. Un ouvrage incomplet peut intéresser un collectionneur qui possède un exemplaire  identique avec des manques à d’autres endroits.

Pour les livres modernes (XIXe-XXe siècles) reliés et dans des conditions optimales, la couverture originale doit avoir été laissée en place à l’intérieur de la reliure, le dos détaché d’un côté se retrouvant en fin de volume.

Certaines éditions originales des grands romanciers américains des XIXe et XXe siècles, comme Edgar Allan Poe, Ernest Hemingway ou William Faulkner, peuvent se vendre plusieurs dizaines, voire des centaines, de milliers de dollars dans les ventes aux enchères américaines. Ces prix faramineux sont le fruit de l’extrême rareté de ces ouvrages en langue anglaise.

Certains livres illustrés anciens pour la jeunesse continuent à se vendre à de bons prix. Jusqu’à plusieurs centaines d’euros peuvent être engagés sur les tout premiers titres des Albums du Père Castor des années 1930. Ces petits fascicules, qui proposaient des activités ludiques aux jeunes enfants, doivent être en très bon état.

Certains romans de Jules Verne illustrés et publiés par Hetzel, à partir de 1866, dans les versions de luxe avec de très belles reliures éditeur, peuvent se vendre plusieurs centaines d’euros, voir plus pour la rareté dans un état exceptionnel.

Pierrick Moritz

Pierrick Moritz 2011-2018. Ce texte fait partie d’une somme, déposée à la S.A.C.D sous les numéros 24503 et 254240. Il s’agit d’une republication sur ArtWithoutSkin.com. 

Publicités


Catégories :Livres

Tags:, ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :