Antiquités, objets et œuvres d’art : faux et semblants de faux

Actualisé le 30 septembre 2018

À la différence de la copie, reproduction vendue en tant que telle, le faux est destiné à tromper. Pour faire naître l’espoir d’une plus-value élevée auprès d’amateurs peu éclairés, le faux sera souvent proposé à un prix qui serait extrêmement avantageux s’il s’agissait d’une pièce authentique. L’expertise d’une œuvre ou d’un objet d’art, ou encore d’un meuble, peut s’apparenter à un travail d’enquêteur chevronné.

L’expert doit être capable d’envisager les possibilités les moins évidentes. Un objet ou une œuvre d’art, ou encore un meuble, présentant au premier abord des caractéristiques du faux peut s’avérer authentique. Par exemple :  

– des documents authentiques peuvent montrer ou décrire une œuvre authentique différemment par rapport à son état actuel en raison de transformations intervenues au cours de son histoire ;

– une peinture répertoriée et perdue de vue pendant des décennies peut avoir été rendue méconnaissable en raison de transformations, possiblement réversibles, comme l’ajout de détails ou la modification de couleurs par l’un de ses propriétaires successifs ;

– le nom du créateur d’une œuvre oubliée pendant des décennies peut avoir été ajouté ultérieurement sur ladite œuvre par une personne ayant effectué des recherches avec succès, et possiblement à la manière d’une signature qui serait considérée comme fausse ;

– la signature d’un peintre ayant eu sa petite heure de gloire a pu être inscrite par un faussaire sur une œuvre non signée d’un artiste inconnu au moment de la malversation et devenu très célèbre par la suite ;

– des meubles d’époque peuvent être confondus avec des meubles de style, en raison de modifications touchant à l’ornementation, souvent apportées pour être en phase avec la mode d’un moment.

Matériaux d’époque pour de fausses peintures

Quand les matériaux employés pour créer une copie d’ancien sont contemporains de l’époque de sa réalisation, ceux utilisés pour fabriquer un faux peuvent avoir l’âge d’une pièce authentique.

Tubes de gouache ou d’huile, pots de pigment, liants, bâtons de pastel et autres crayons même vieux d’un siècle sont parfois tout à fait utilisables. Ces matériaux d’époque sont toujours présents sur des étals de brocantes et de vide-greniers et sur des sites de vente de produits d’occasion de l’Internet. Ils sont parfois proposés dans des boîtes d’origine plus ou moins complètes.

Le faussaire en peinture recherche également les supports d’époque, vierges ou que l’on peut débarrasser d’une peinture sans valeur, comme les panneaux en bois ou en carton, les toiles préparées ou non, en rouleau ou montées sur châssis. Il peut utiliser des toiles anciennes provenant des boutiques où les peintres qu’il entend imiter s’approvisionnaient habituellement. Ces supports portent au dos le tampon du fournisseur. Le faussaire travaille aussi sur les formats utilisés habituellement par l’artiste visé.

Le faussaire est amateur de papier vierge ancien, extrait de blocs partiellement utilisés ou constituant la page de garde de livres. La date de fabrication inscrite en filigrane sur certains papiers de qualité ancien, comme ceux de la marque Whatman pour le XIXe siècle, n’est pas un critère suffisant pour affirmer l’authenticité d’une œuvre.

Certains peintres fabriquaient eux-mêmes les matériaux qu’ils employaient, et parfois avec une précision très difficile à imiter. Par exemple, des artistes de l’art moderne et d’après-guerre mêlaient du sable ou de la terre à leurs couleurs.

Peinture ancienne : des copies de grande valeur

La spécialité de la peinture ancienne, concernant les œuvres antérieures à la Révolution française, n’échappe pas au problème des faux, et encore moins des copies, extrêmement nombreuses et dont certaines peuvent avoir une valeur commerciale élevée.

En dehors des répliques à l’identique, il existe des copies très inspirées par des œuvres originales. Il ne pas les confondre avec les différentes versions d’une composition réalisée par un même artiste, considérées comme des originaux. Ce dernier cas de figure est assez fréquent dans le domaine de la peinture ancienne, avec des variantes d’une même œuvre possiblement nombreuses. Autant les différentes versions d’une même composition sont généralement bien répertoriées pour les célébrités de l’art moderne et contemporain, autant celles concernant des créations de maîtres de la peinture ancienne ont été plus souvent dispersées aux quatre vents, sans que l’on sache où situer certaines. Le cas d’une composition dont on connaît déjà plusieurs versions mais sans savoir le nombre exact produit par l’artiste amène rapidement la question de la possible existence de faux.

Fausses preuves

Le faussaire peut fabriquer de fausses preuves de l’existence d’une œuvre inventée de toute pièce. Le marché de l’art garde notamment en mémoire l’histoire récente du faussaire Wolfgang Beltracchi. Cet Allemand a inventé des tableaux d’artistes célèbres, mais aussi des preuves de leur histoire (étiquette de collection imaginaire, photographie truquée pour passer pour ancienne).

Faux meubles

Un faussaire en meubles peut avoir employé des outils d’époque (ou fabriqués sur le même modèle). C’est la raison pour laquelle les traces spécifiques laissés par des outils anciens ne garantissent pas à elles seules l’époque de fabrication d’un meuble.

Un faux meuble ancien peut avoir été fabriqué à partir d’épaves provenant de plusieurs meubles de la même époque, sans forcément intention de tromper. Le descriptif de vente honnête parlera de « remontage ».

Pour tenter de faire passer un meuble neuf pour de l’ancien, les méthodes de vieillissement vont de l’imitation de trous de vers aux coups portés sur le bois, stigmates d’une fausse longue histoire.

Au sein d’une suite de sièges anciens, certaines peuvent être d’époque et d’autres ont pu être reproduits à l’identique beaucoup plus tard.

Sur certaines imitations contemporaines et grossières de petits meubles des XVIIIe  et XIXe siècles, les placages de bois précieux et autres marqueteries sont des feuilles en plastique imprimé ou des décalcomanies fixées sous une épaisse couche de vernis. On retrouve le même procédé pour des décors d’instruments de musique.

Pour certains décors incrustés d’objets et de meubles syriens ou égyptiens destinés aux touristes, la nacre et l’os traditionnels ont été remplacés par une matière synthétique.

Les grandes tendances des époques passées revisitées par des ébénistes réputés

Après le Premier Empire, à peu près tous les genres de meubles des époques précédentes ont été copiés ou revisités. Certains meubles issus de cette tendance rencontrent un grand succès dans les ventes aux enchères. Ces pièces uniques ou de petites séries réalisées par des ébénistes réputés ne sont pas de vulgaires copies.

François Linke (1855-1946), réinterpréta le mobilier du XVIIIe siècle français, comme le Louis XV rococo ou le Louis XVI, en l’adaptant au goût de son époque. Avec leurs luxueux ornements en bronze, en marqueterie, en parqueterie, en plaques de Wedgwood, en vernis Martin et en laque, ces meubles peuvent valoir jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros. François Linke a également réinterprété le mobilier Empire.

De la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’aux années 1930, les ébénistes parisiens Paul et Paul-Charles Sormani se sont intéressés à la réinterprétation des meubles du XVIIIe siècle monarchique et de l’Empire. Leurs créations se négocient le plus souvent autour de plusieurs dizaines de milliers d’euros, voire plus, sur le marché international.

Art africain ancien

Dans le domaine de l’art africain ancien, un faux peut présenter des parties manquantes. En examinant la pièce avec attention, on se rendra parfois compte qu’elles n’ont jamais existé. Mais il faut savoir que certaines sculptures masculines authentiques ont été amputées de leur attribut sexuel par des Occidentaux, en des temps où une telle représentation était jugée « offensante aux bonnes mœurs ».

Certains faux dans l’art africain ancien auront été volontairement cassés et recollés pour faire croire à une restauration, la subtilité consistant à imiter l’intervention professionnelle (notamment réversible) que l’on accorde généralement à une œuvre de grande valeur. D’autres auront subi des opérations de vieillissement express, en étant enterrés dans un terrain humide, exposés aux intempéries, enfermés dans un sac remplis de mites ou cirés pour imiter une patine ancienne – et parfois tout à la fois.

Cette statuette féminine possède à première vue des caractéristiques d’un faux dans l’art africain ancien, comme une rangée de petits trous artificiels dans le dos et au sommet de la coiffe, et également une patine exagérée par un vernis.  Il s’agit en fait d’une pièce anciennement transformée en pied de lampe. Les trous dans le dos correspondent aux empreintes de petites fixations posés pour maintenir le fil courant jusqu’à la coiffe, où la douille pour l’éclairage était vissée ; un interrupteur était fixé à l’arrière du socle non d’origine. D’après l’avis d’un expert parisien réputé, cette pièce est une figure d’ancêtre Teke (Congo-Brazzaville), de type butti (présence d’une relique), en bois à patine rougeâtre, « probablement authentique » (c’est-à-dire ancienne et cultuelle). Le regrettable vernissage date probablement de l’époque du montage en pied de lampe, vers les années 1960. Photo : ©ArtWithoutSkin.com

Bronzes

Les faux et les copies de sculptures en bronze d’artistes célèbres, toutes époques confondues, existent en très grand nombre. Personne n’est censé être étonné devant une sculpture en bronze dont le modèle est aussi présent ailleurs puisque, dans cette catégorie, les œuvres authentiques sont très souvent des multiples. Les sculptures en bronze imitées par des faussaires peuvent avoir été réalisées à partir de moules originaux jamais détruits, ou par surmoulage de pièces authentiques. Avec cette dernière technique, les faux sont légèrement plus grands que les œuvres originales.

Les « bronzes » dits « de Vienne », sculptures parfois polychromes et généralement de petite taille, n’ont souvent de bronze que le nom et sans pour autant être des faux. Ils ont plutôt été fabriqués dans des métaux beaucoup moins coûteux, comme le plomb. Les pièces les plus récentes – jusqu’aux années 1950, intéressant également les collectionneurs, peuvent être marquées “Made in Austria”.

À l’huile

L’huile végétale – appliquée en petite quantité et par massage – est très efficace pour embellir momentanément les statuettes en pierre sculptée, et notamment asiatiques. Les couleurs et les contrastes s’en trouvent améliorées. L’huile permet aussi d’atténuer la visibilité des petits éclats ; les rayures peu profondes deviennent invisibles.

L’huile de vidange est utilisée pour vieillir artificiellement les métaux.

Céramiques européennes : des faux anciens….

Les coûteuses porcelaines européennes du XVIIIe siècle, et notamment celles de Sèvres et de Meissen, ont été abondamment copiées, avec des modèles parfois plagiés peu après leur apparition. La valeur de ces productions d’époque « dans le goût de » peut être intéressante, mais reste très inférieure à celle des originaux.

Dans leur ouvrage L’Art de la porcelaine en Europe (Gründ, 1994), Jan Divis et Marielle Ernould-Gandouet évoquent des techniques de faussaires en porcelaine actifs à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Ils pouvaient inventer des décors sur des pièces blanches authentiques portant la marque de la manufacture. Un décor d’origine pouvait aussi être complété pour en accroître la valeur.

Des porcelaines de Sèvres authentiques ne portent pas les marques et signatures permettant généralement de les identifier (lettre-date et/ou marque de peintre, double L pour la signature de la manufacture).

….et des faux contemporains

Revers d’une fausse céramique de Picasso ; le cachet de l’atelier Madoura figurant sur les pièces authentiques est ici absent. Photo : © ArtWithoutSkin.com

Les décors parfois splendides d’objets en porcelaine relativement anciens et issus de manufactures populaires, comme celle de Limoges, dont ils portent les marques, ont été réalisés à la main par des amateurs ou des élèves d’école d’artisanat d’art et en dehors de toute production officielle. Ces pièces (il peut parfois s’agir d’un service de table dont chaque élément porte le même décor) ont été initialement achetées blanches.

Gallé : de fausses miniatures

Les copies récentes de verreries Gallé portent souvent la marque Gallé Tip, mais peuvent aussi être signées Gallé. On a vu apparaître ces dernières années des miniatures de verreries signées Gallé, principalement des vases. Ces faux sont souvent de pures inventions, c’est-à-dire qu’il n’existe pas de modèles originaux équivalents.

Les faux et les copies de créations Gallé, dans leur immense majorité, concerne la production industrielle, réalisée après la mort de l’artiste, en 1904.

Le fac-similé de musée

Certains fac-similés réalisés par des musées et des collections prestigieux d’après des originaux de toutes les époques sont anciens. La reproduction et la diffusion de moulages d’œuvres de qualité muséale, dans un but didactique et pour décorer demeures et jardins, remonte au moins à la Renaissance en Europe. L’atelier de moulage du Louvre, qui fabrique et diffuse des reproductions de sculptures, a été créé en 1794.

La réalisation de ces pièces est souvent soignée jusqu’aux patines, et les techniques de fabrication d’origine ont pu être mises en œuvre.

Quand les estampilles attestant de leur qualité de reproduction ont été éliminées pour tromper, ces marchandises peuvent être confondues dans un tout premier temps avec des pièces authentiques. Certaines pièces de ce type ont été commercialisées avec une simple étiquette (possiblement perdue).

Faux vintage

Dans le domaine des vêtements et des accessoires de luxe vintage, d’authentiques étiquettes peuvent avoir été cousues sur des pièces qui ne sont pas des créations de la marque visée.

Plus généralement, des vêtements peuvent avoir été fabriqués plus ou moins récemment avec des tissus et des dentelles anciennes.

Les premières contrefaçons de certaines créations du domaine du luxe apparaissent généralement au début de l’activité des marques. Une fausse malle Vuitton (marque créée en 1854 et implantée à l’international dans les années 1880) peut dater de la fin du XIXe siècle.

Costumes de scène

Certains costumes de scène anciens imitent des genres particulièrement recherchés sur le marché de l’art, comme les habits portés à la cour des empereurs de Chine. Pour le cas de créations intégrales par des ateliers occidentaux, par opposition au réemploi de pièces authentiques, l’expert décèlera souvent un caractère fantaisiste car la fabrication de ces vêtements en Chine était extrêmement codifiée.

Pierrick Moritz

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Catégories :Antiquités, Art, Art d'Afrique

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