Le musée du monde Yámana d’Ushuaia : la mémoire d’un peuple disparu

Le musée du monde Yámana d’Ushuaia témoigne de la vie des indiens de la Terre de Feu, et notamment des Yámanas. Il s’agit d’un lieu consacré à la mémoire d’un peuple disparu.

Les Yámanas étaient l’un des quatre peuples indiens de la région, découverts par Magellan au début du XVIe siècle.

Le musée rappelle l’existence des Indiens de la Terre de Feu à travers quelques objets usuels – témoignages précieux car très rares – comme des vanneries ou des harpons, une série de courts films des années 1920  (les seuls documents de ce type connus), des photographies anciennes et de magnifiques dioramas.

Les Indiens de la Terre de Feu, dont les Yámanas, furent décimés entre la fin du XIXe et le début du XIXe siècle, sur une période d’environ 30 ans. Des colons les chassaient comme du gibier pour accaparer leurs terres, dans le but de pratiquer l’élevage ou de chercher de l’or. Les colons transmirent des maladies contre lesquelles le système immunitaire des Indiens ne pouvait pas lutter.

Les missionnaires contribuèrent  aussi à l’extinction des Indiens de la Terre de Feu,  par l’enseignement de leur religion, en les soumettant à l’interdiction de parler leur langue, et en obligeant cette population qui vivait nue  – et se protégeait du froid en s’enduisant le corps de graisse animale – à porter des vêtements.

À la fin du XIXe siècle, des Indiens de la Terre de Feu furent capturés pour être exhibés comme attraction en Europe, notamment au Jardin d’acclimatation de Paris. Ils pouvaient être présentés en tant que cannibales, alors qu’ils étaient des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs.

Les reconstitutions tridimensionnelles du musée du monde Yámana d’Ushuaia ont été réalisées par Perla Magionni (personnages et accessoires) et Danielle Versé (décors). Perla Magionni,  universitaire, a étudié la céramique préhispanique à l’université de La Plata. Danielle Verséa a notamment travaillé sur les décors de Dune et de Blue Velvet de David Lynch.  

Dans son ouvrage de vulgarisation Les Peuples indiens de Terre de Feu, Geneviève Frémaux cite l’épisode du Banquet tragique, organisé en 1900 par « Chanco Colorado » (traduction : le Porc aux cheveux roux), contremaître de grands propriétaires terriens, qui invita tous les indiens onas de la région (peuple cousin des Yámanas), au prétexte d’une réconciliation. Il les fit assassiner à la fin du repas. Des dizaines de femmes, d’hommes et d’enfants onas furent ainsi massacrés.

Les tentatives de certains missionnaires et colons pour protéger les Indiens de la Terre de feu ne purent empêcher leur disparition.

Les estimations du nombre d’Indiens de la Terre de Feu jusqu’en 1850 se situaient autour de 10.000 individus. Au début du XXe siècle, ils n’étaient plus que 1.000. La dernière descendante de ces peuples, Angela Loij, est morte en 1974.

Les Argentins, les Chiliens et les Européens ne pourront durablement vivre dans une société démocratique de paix et de solidarité tant qu’ils n’auront pas pris conscience de leurs responsabilités, reconnu et réparé leurs torts vis-à-vis des Indiens disparus de la Terre de Feu et des violences qui leur ont été infligées. Ils sont probablement  les seuls peuples de la planète qui ont été complètement décimés au contact des Européens. Geneviève Frémaux dans son livre Les Peuples indiens de Terre de Feu, AMORCES, agence pour la solidarité internationale, la culture et le développement, Editorial Utopias, 60 pages, illustré, 2009. Vendu (30 pesos) au profit des activités du Musée Yámana. L’ouvrage donne notamment à lire 14 légendes onas et yámanas.

Pierrick Moritz

Museo Mundo Yámana. Rivadavia 56. Ushuaia.

Autres ouvrages conseillés sur les peuples indiens de Patagonie  : Anne Chapman : Quand le soleil voulait tuer la lune, rituel et théâtre chez les Selk’nam de la Terre de Feu. Éditions Métailié. Collection Traversées. 2008. Cet ouvrage raconte le Hain, cérémonie rituelle du peuple Selk’nam, aujourd’hui disparu et ayant occupé la région la plus méridionale de la Patagonie. Fascinant récit et reproduction de photographies (corps peints, masques, costumes) prises en 1923. L’auteur, ethnologue et anthropologue franco-américaine, qui a travaillé avec Claude Lévi-Strauss, a notamment collecté ses informations auprès de Lola Kiepja,  dernière descendante des Selk’nam  morte en 1966.  El Guanaco, de l’immense écrivain chilien Francisco Coloane, est un texte bouleversant évoquant le génocide des Selk’nam (que leurs ennemis appelaient Onas). Ouvrage disponible en format de poche.

Reconstitution d’habitations des Indiens de la Terre de Feu, dans un autre lieu d’Ushuaia : jardin du Museo del fin del Mundo.

Embarcation indienne dans le jardin du Museo del fin del Mundo d’Ushuaia

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Catégories :Argentine, Musées, Voyages

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1 réponse

  1. Article en rapport, : « Quand le Soleil voulait tuer la Lune » : témoignage ethnographique capital et hommage aux Selk’nam de la Terre de Feu : https://artwithoutskin.com/2013/02/27/quand-le-soleil-voulait-tuer-la-lune-temoignage-ethnographique-capital-et-hommage-aux-selknam-de-la-terre-de-feu/

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