Au Musée Picasso, Carmen c’est lui

Cette exposition propose une étude du personnage de Carmen dans l’œuvre de Pablo Picasso. Elle se visite sur l’air du Carmen de Bizet et montre de nombreuses huiles, dessins, lavis, estampes et photographies qui illustrent le thème de la gitane ensorceleuse, avec ses mèches en accroche-cœur, pointues comme des hameçons, et ses dentelles arachnéennes.

Traité par Prosper Mérimée en 1845 dans une nouvelle qui inspirera Georges Bizet au début des années 1870,  le personnage de Carmen c’est d’abord l’Andalousie, région de naissance de Pablo Picasso. Comme Carmen, l’artiste évoquait une hyper sexualité (réelle ou fantasmée) sensible chez l’individu comme dans son Œuvre.

La femme fatale

La femme fatale, archétype de l’anima désignée par Jung, et dont l’emprise menace le plus aguerri d’entre les hommes tant ce symbole est ancré au plus profond de son inconscient, est une créature hors-normes dont il faut se préserver.

L’histoire peut commencer par une romance, comme dans l’étreinte de Les Amants de 1904, Le Baiser (pastel de 1900) ou Couple d’Andalous (huile sur parchemin de tambourin de 1899). Mais si elle devient passionnelle, elle détruit après avoir avili, rend fou, déclenche l’amour aveugle qui peut conduire jusqu’au meurtre. Cette violence en bout de course est montrée par Picasso dans le lavis de 1903 Homme battant sa femme, La Femme étranglée de 1917, Le Coupeur de tête, dessin sanguinolent de 1905 ou Le Meurtre, encre de 1934.

Les visages de la passion

Les Carmen de Pablo Picasso ont des visages étranges et envoûtants.

Les Carmen de Pablo Picasso, comme autant de miroirs ou projections de lui-même, s’appellent Fernande à la mantille (huile de 1905) ou Olga à la mantille (huile de 1907) pour les incarnations les plus délicates.

Mais elles peuvent aussi montrer des visages moins engageants comme La Célestine (huile, 1904), modèle bien réel trouvé par l’artiste, mais aussi entremetteuse dans l’histoire de l’autre Espagnol Fernando de Rojas dont l’ouvrage du XVIème siècle parle sans détour de partenaires sexuels consommés et consumés.

La femme fatale, encore monstrueuse en femme-centaure, peut-être complaisante envers le Minotaure comme dans l’eau-forte Le Minotaure amoureux de la femme-centaure. Calculatrice, elle peut aussi subir en attendant son heure comme pour Dora et le Minotaure, cette encre de 1933 avec crayons et grattages où le regard étrangement vide de l’héroïne nue flotte sur un visage apaisé alors que le monstre s’apprête à la brutalité sexuelle.

Tauromachie, luttes et jeux du désir

Dans la Carmen de Georges Bizet,  la tauromachie est aussi présente que dans l’univers de Pablo Picasso.

Les représentations de ces corps à corps, danses avec la mort et combats épuisants et vains sont nombreuses dans son Œuvre. Attirer la proie pour lui échapper au dernier moment et augmenter la rage et la frustration font partie du jeu de la femme fatale.

Pablo Picasso en livre une belle interprétation dans une carte postale (d’une série) au crayon et à l’encre où une femme torero appuyée sur un javelot saute avec légèreté par-dessus le taureau-phallus qui la charge.

Mais on voit aussi la fatigue de la lutte, le corps harassé après la résistance dans Deux femmes, l’une soutenant l’autre (1903), dessin proche de la représentation d’un chemin de Croix. Pour attiser la frustration, encore, les deux représentations des compagnes de Picasso en Andalouses (Fernande et Olga) citées plus haut les montrent avec la chevelure couverte. Les belles ne daignent montrer qu’une courte mèche savamment enroulée sur le front ou la joue.

On retrouve la chevelure comme symbole érotique dans Femme se coiffant,une huile de 1906 dont on peut imaginer une adaptation dans le bronze créé la même année et portant le même titre.

Pablo Picasso travesti

L’exposition se conclue avec les images d’un petit film en couleurs que Man Ray avait réalisé en 1937 Picasso déguisée en Carmen, La Garoupe. On y voit le maître coiffé d’une mantille, jouant dédaigneusement et avec un charme fou à allumer une cigarette.

Opéra

Une projection du Carmen, opéra dirigé par Nikolaus Harnoncourt en 2005 est également proposée dans une salle du musée.

Pierrick Moritz

Picasso-Carmen, Sol y Sombra: jusqu’au 24 juin 2007 au Musée National Picasso de Paris.

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Catégories :Art moderne, Expositions, Musées, Paris

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