Ventes des collections Lehman Brothers : une goutte d’art dans un océan de dettes

Les administrateurs des ventes des collections Lehman Brothers, qui se tiendront en septembre à New York et à Londres, tablent sur un phénomène d’engouement pour des souvenirs rattachés à l’histoire d’une banque mythique. Quelle que soit la valeur intrinsèque de ces objets, ils comptent ainsi améliorer un produit dont l’estimation globale est plutôt mince en regard de dettes monstrueuses. À côté des objets d’art, on trouve des des boîtes à cigares et jusqu’à la plaque inaugurale de la succursale londonienne de Canary Wharf.

Sotheby’s et Christie’s vont disperser les collections d’œuvres d’art et les objets plus ou moins courants de Lehman Brothers, la légendaire banque d’investissement américaine mise en faillite en 2008. Le produit de ces ventes, destiné aux créanciers, est estimé à 13 millions de dollars quand le montant des dettes de l’ancien géant de la finance s’élève à des centaines de milliards.

10 millions de dollars attendus pour l’art contemporain à New York

À New York, le 25 septembre, Sotheby’s dispersera la collection d’œuvres d’art contemporain de Lehman Brothers, soit 147 lots pour une estimation globale de 10 millions de dollars. L’œuvre la plus chère, une création de Damien Hirst de 1993 (une étagère sur laquelle reposent des pièces de vaisselle), est estimée 800.000/1,2 million de dollars.

300 lots dispersés à Londres  

Quelques jours plus tard, à Londres, Christie’s mettra en vente quelque 300 lots ayant appartenus à la banque, dont des œuvres d’art contemporain comme une gravure de Lucian Freud (un portrait de Bruce Bernard estimé 15.000 /25.000 livres) ou une œuvre de Gary Hume (70.000/100.00 livres), des œuvres de peintres de marine du XIXe siècle, des céramiques chinoises, des porcelaines et des livres.

Doper le chiffre d’affaires grâce aux enchères en ligne

Si le produit pour l’ensemble des lots n’est évalué qu’à 2 millions de livres, les administrateurs, désireux de doper le chiffre d’affaires, tablent aussi sur  un engouement pour d’autres souvenirs de Lehmans Brothers, des objets relativement courants, allant de la boîte à cigares marquée au nom de l’entreprise à la plaque inaugurale de la succursale londonienne de Canary Wharf, pour lesquels les adjudications seraient sans rapport avec leur valeur intrinsèque.

Pour stimuler les enchérisseurs, les administrateurs comptent sur le service d’enchères en ligne de Christie’s. Ils expliquent avoir fait appel à l’opérateur pour sa capacité à pouvoir traiter d’importants volumes d’enchères posés simultanément par internet.

Autrement dit, il s’agit de créer le climat passionnel des ventes thématiques où les collectionneurs sont poussés à acquérir n’importe quelle relique d’un mythe disparu et quel que soit son prix.

Des estimations sans prix de réserve pour toutes celles situées sous la barre des 1.000 livres accompagnent cette stratégie.

Les souvenirs de Lehman Brothers déjà proposés sur internet

Immédiatement après la faillite de la banque, mugs et autres stylos siglés Lehman Brothers s’étaient vendus pour des sommes rondelettes sur internet.

Si cette fièvre acheteuse est largement retombée, certains entendent bien profiter de l’évènement que constituent les ventes de Sotheby’s et Christie’s en proposant leurs collectors Lehman Brothers sur eBay. On y trouve notamment une paire de serre-livres et un service à thé siglés, respectivement mis à prix 295 et 150 dollars. La perspective d’un label “achetés à la vente Lehman Brothers” peut conférer un attrait supplémentaire aux lots proposés par Christie’s.

New York Mercantile Exchange

Un emblématique New York Mercantile Exchange d’Andreas Gursky, tirage photographique de 1991, sera présenté dans  la vacation d’art contemporain londonienne programmée le 24 octobre chez Christie’s. Un exemplaire de ce multiple avait été payé 77.665 livres en 2002 à Londres, également chez Christie’s.

Pierrick Moritz



Catégories :Histoire sociale, Londres, Marché de l'art, New York City

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4 réponses

  1. C’est une vision des choses.

    Je ne pense pas que la vente Lehman Brothers va susciter de folies spéculatives.

    Au sujet de la vente Hirst, et à travers les articles publiés sur Artwithoutskin, j’ai toujours évoqué une méfiance certaine pour cette opération et ses résultats.

    J’avais publié ceci avant la vente : https://artwithoutskin.com/2008/07/14/foire-aux-hirst-en-septembre-a-londres/

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  2. Je suppose qu’il y aura les trucages habituels, comme lorsque Hirst a vendu ses propres « travaux » en vente publique au-dessus de la tête de ses galeries… qui se sont empressées d’en racheter une partie pour garder la cote, elles avaient du stock de lui or officiellement il y avait des listes d’attente pour acheter ses bidules! Or tout le monde croyait que cette fois il allait se casser la gueule 🙂 Il n’y a aucune raison que le monde de « l’art » n’échappe aux plaies de notre monde actuel: éluder l’impôt, blanchiment d’argent, transferts anonymes, spéculations en toutes sortes… Duchamp est vraiment le prétexte en or pour ce genre de choses 🙂 et comme les acheteurs ont le droit d’anonymat! Mieux que les casinos 🙂

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  3. Encore faut-il que cela fonctionne. Pour cette vente, ce n’est pas gagné.

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  4. Décidément le fétichisme et la spéculation ont encore de beaux jours devant eux :))

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