53 % d’invendus pour la collection d’art précolombien Barbier-Mueller dispersée à Paris

La dispersion de la collection d’art précolombien Barbier-Mueller, proposée vendredi et samedi derniers à Paris par Sotheby’s, est un échec. 53 % de ces objets qui meublaient les vitrines d’un musée privé spécialement créé au Palau Nadal de Barcelone n’ont pas trouvé preneur.

Le chiffre d’affaires de 10,29 millions d’euros ne représente que 65,2 % de celui escompté par l’opérateur. Pour 147 lots adjugés sur 313 présentés, la somme des prix des cinq plus chers représente 50 % du chiffre d’affaires.

Les deux lots les plus importants du catalogue, originaires du Mexique, ont été adjugés au niveau de leur estimation basse. Il s’agit  d’une Vénus callipyge de la culture Chupicuaro, autour de 400 avant J.-C., payée 2 millions d’euros, et d’un canard à l’envol en céramique de la culture Tarasque (1200-1521 après J.-C.) sur lequel 1,6 million d’euros a été engagé. Pour la plus ancienne référence de provenance, ces deux pièces figuraient dans la collection montréalaise Guy Joussemet au début des années 1960.

Seule estimation dépassée de manière spectaculaire : les 150.000/200.000 euros attendus pour une grande divinité du Costa Rica, datée de 1000/1550 après J.-C. ; finalement facturée 721.500 euros. Cette sculpture, acquise auprès du marchand et collectionneur Joseph Brummer vers 1920, provient de la collection Josef Mueller.

Le marché de l’art précolombien est compliqué et difficile pour deux raisons principales : la présence notoire d’un grand nombre de faux, y compris du XIXe siècle, et le fait que la propriété de telles pièces archéologiques peut être contestée par les pays d’origine en regard des conventions internationales. Cette observation ne remet pas en cause l’authenticité des objets de la collection d’art précolombien Barbier-Mueller, ni le fait qu’ils ont été sortis légalement des pays d’origine, mais explique, malgré toutes les garanties apportées par les grands opérateurs internationaux du marché, la grande prudence des amateurs potentiels.

Suivant le Code international de déontologie pour les négociants en biens culturels de l’UNESCO, les marchands professionnels doivent s’abstenir de participer à toute transaction de pièces archéologiques lorsqu’il existe des motifs raisonnables de penser que celles-ci ont été aliénées illicitement de leur lieu d’origine.

Le Mexique, le Pérou et le Guatemala ont particulièrement accentué la pression sur le marché de l’art ces dernières années. En 2010, le gouvernement mexicain avait exprimé sa préoccupation concernant le pillage croissant de ses biens culturels, rappelant au public et aux professionnels du marché de l’art que le Mexique interdit l’exportation de pièces authentiques depuis 1827. Beaucoup plus récente, une loi adoptée en 1972 déclare que tous les objets préhispaniques sont la “propriété imprescriptible de la Nation” ; à compter de son entrée en vigueur, toute sortie de pièces archéologiques du pays non accompagnée d’une licence d’exportation du gouvernement entre dans le cadre de la criminalité.

Les faits montrent que des objets préhispaniques sont bien sortis illégalement du Mexique après 1972, et notamment par la frontière avec les États-Unis. En 1974, le FBI a arrêté une bande de cinq Texans qui se livrait au trafic d’antiquités préhispaniques par livraisons régulières. Cette affaire a été rapportée par l’Ifar (International Foundation for Art Research). Comme pour la majorité du trafic d’œuvres d’art volées, les objets archéologiques précolombiens issus de pillage sont de qualité moyenne, plus facile à trouver et surtout à écouler.

Si une pièce d’archéologie préhispanique issue d’un pillage sort illégalement de son territoire d’origine, ce dernier reste une autorité indéniable pour valider le territoire d’origine, c’est-à-dire l’authenticité, de n’importe quel objet archéologique apparaissant dans le circuit officiel du marché de l’art. S’il existe des experts compétents en dehors de ces pays, il s’agit d’une épée de Damoclès propre à freiner le commerce.

Une autre raison de la pression exercée par un pays comme le Mexique sur le marché de l’art est que la publicité faite autour des prix très élevés payés pour certaines antiquités préhispaniques encourage tout un trafic local dont le produit peut servir à financer d’autres activités illégales dans un pays où la grande criminalité est l’une des plus violentes du monde.

Pour en revenir à la collection d’art précolombien du musée Barbier-Mueller, il faut rappeler que, malgré la présence de quelques très belles pièces, elle n’a jamais eu la réputation d’être exceptionnelle d’un point de vue esthétique.

Article en rapport : La collection d’art précolombien Barbier-Mueller m’avait déçu : https://artwithoutskin.com/2012/09/19/la-collection-dart-precolombien-barbier-mueller-mavait-decu

Pierrick Moritz

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Catégories :Archéologie, Arts premiers, Mexique, Paris

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