Art déco : le très grand succès de la dispersion de la collection Félix Marcilhac

La dispersion de la collection d’art décoratif principalement daté de l’époque de l’art déco de l’expert et spécialiste français Félix Marcilhac les 11 et 12 mars chez Sotheby’s à Paris a généré une recette très élevée de 24,72 millions d’euros, avec 299 lots vendus sur 313 présentés. Si les estimations étaient parfois attractives, les lots ont globalement été payés très au-dessus des attentes logiques, avec des records mondiaux pour certains créateurs. Ce succès s’inscrit dans un contexte mondial d’envolée sensible des prix pour la rareté et la qualité sur le marché de l’art, toutes spécialités confondues et sur toutes les gammes de prix, survenu il y a quelques années. Comme le montrent probablement les 44.700 euros engagés sur un petit vase d’Henri Navarre payé 2.000 euros quatre ans plus tôt, et sans vouloir attenter à la qualité d’un jugement esthétique qui a fait ses preuves, le seul contexte d’une telle vente évènement contribue à faire monter les prix.

3,68 millions d’euros, la facture la plus importante, va à un petit meuble cabinet de Jean-Michel Frank, une pièce unique créée vers 1935 dont la structure en bronze patiné retient de petites plaques de gypse patiné. Estimé 400.000/600.000 euros, ce meuble digne des collections d’un musée prestigieux a pu être mis en vente à l’issue d »un règlement amiable entre son propriétaire et les héritiers de Jean-Michel Frank. Il s’agit du prix le plus important jamais payé pour une œuvre de Jean-Michel Frank vendue aux enchères.

Du même créateur, une paire de fauteuils en bois gainé de galuchat, retapissé en Alcantara pour le tissu de la garniture, datée vers 1928, estimée 250.000/300.000 euros, a été payée 745.500 euros. Le collectionneur l’avait acquise en 1980 dans une vente aux enchères lyonnaise.

Estimé 150.000/250.000 euros, un fauteuil « Nautile « de Paul Iribe, une création de 1913 en noyer principalement sculpté d’un élégant motif en spirale de chaque côté de l’assise, a été facturé 781.500 euros. Il s’agit d’un record mondial pour une création de Paul Iribe vendue aux enchères.

Dans un tout autre genre de meubles, une console moderniste de Pierre Legrain, dont la structure en métal perforé nickelé est équipée d’une entretoise et d’un plateau en verre, une réalisation vers 1924, a été vendue 613.500 euros quand 100.000/120.000 euros en étaient attendus. Ce meuble appartenant initialement au vicomte et à la vicomtesse de Noailles a fait partie de l’exposition consacrée au mouvement Union des Artistes Modernes, programmée en 1997 au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Il s’agit du prix le plus important jamais payé pour une œuvre de Pierre Legrain vendue aux enchères.

Les nombreuses sculptures du catalogue se sont globalement très bien vendues. Le deuxième lot le plus cher de la vente est la sculpture Tête de Gustave Miklos, pièce unique datée de 1928, en bronze à patine brune nuancée vert, reposant sur une gaine à un gradin en palissandre, vendue 811.500 euros, pour une estimation 200.000/250.000 euros. Le plâtre original de cette sculpture fait partie des collections du musée de Brou de Bourg-en-Bresse, dans lesquelles il est entré par un don de l’épouse de Miklos. Du même artiste, L’Homme et son destin, bronze patiné noir unique, daté de 1929, a été payé 457.500 euros (estimé 250.000/350.000 euros) ; La jeune fille à la fleur, bronze à patine brune, autre pièce unique, datée de 1926, a été facturée 421.500 euros (estimée 150.000/250.000 euros). Estimée 20.000/30.000 euros, une grande Panthère couchée d’Édouard-Marcel Sandoz, un bronze à patine verte, fondu en 1997 pour un modèle créé en 1930, a été facturée 217.500 euros. Il s’agit d’un don de la famille de l’artiste au collectionneur.

Du côté de la verrerie, et pour les enchères les plus importantes, La Passiflore, un vase en marqueterie  de verre d’époque Art nouveau d’Émile Gallé, créé en 1900, gravé de vers tirés du poème Harmonie du soir des Fleurs du mal de Baudelaire, d’une hauteur de 20 cm, a été facturé 169.500 euros (estimé 60.000/80.000 euros) ; Flacon carré, la nuit de Maurice Marinot, une pièce de 1930 en verre transparent partiellement bullé à décor interne violet bleu et vert, coiffée d’un bouchon et d’une hauteur de 12,5 cm, a été échangé contre 109.500 euros (estimé 6.000/8.000 euros) ; un vase en verre bullé de deux couleurs par Henri Navarre, une réalisation vers 1930, d’une hauteur de 12,7 cm, a été facturé 44.700 euros (estimé 3.000/5.000 euros). Ce vase  avait été acquis pour 2.000 euros au cours d’une vente aux enchères programmée en mars 2010 par l’étude parisienne Camard.

14 lots sur les 313 présentés n’ont pas trouvé preneur, dont 4 assortis d’une estimation au moins égale à 120.000 euros, quand 51 ont été vendus à au moins ce niveau. Les deux déconvenues majeures concernent Figure et son ombre, une haute sculpture en bois laqué et coquille d’œuf réalisée vers 1926-1928 par Gustave Miklos et Jean Dunand, estimée 300.000/350.000 euros, et un grand bureau moderniste en zinc poli créé par Michel Dufet en 1928, dont 200.000/250.000 euros étaient attendus. Assortis d’une estimation de 120.000/150.000 euros pièce, une armoire en sycomore et galuchat de Jean-Michel Frank et un buste de femme en bronze à patine à la poussière d’or de Gustave Miklos n’ont également pas trouvé preneur. Les estimations basses des autres invendus sont comprises entre 600 euros et 25.000 euros.

Pierrick Moritz

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Catégories :Art déco, Arts décoratifs, Marché de l'art, Paris

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