Partenariat entre Ebay et Sotheby’s dans un contexte difficile du côté de l’offre des vendeurs

eBay et Sotheby’s ont annoncé dans un communiqué commun diffusé le 14 juillet le partenariat qui les unira à travers une plate-forme en ligne proposant des objets et des œuvres d’art, des antiquités et des objets de collection mis en vente aux enchères. Les spécialités concernées sont notamment celles des estampes, de la photographie et du design du XXe siècle. 

Le luxe sera aussi représenté, à travers le vin, les bijoux et les montres.

Le fort développement de la téléphonie mobile pour les achats en ligne est particulièrement favorable à cette nouvelle stratégie, où les deux protagonistes conjugueront leur savoir-faire et leur réputation, l’un en matière d’expertise d’œuvres et d’objets d’art et de ventes aux enchères, l’autre avec des solutions de paiement intégrées et une audience mondiale de 145 millions d’utilisateurs actifs.

Pour Sotheby’s, il s’agit de l’opportunité d’élargir son impact sur le Web en visant, rien que pour le marché des objets et des œuvres d’art, des antiquités et des objets de collection, le potentiel de 36 millions d’acheteurs avérés pour un volume de vente de 8 milliards de dollars d’eBay.

Cette offre  sur un support distinct présente l’avantage de positionner plus clairement l’opérateur, dont l’image est fortement rattachée au très grand luxe, sur le marché du milieu de gamme. Ce dernier segment  est  très rémunérateur, il demande globalement moins de recherche et concerne un nombre d’acheteurs potentiels très élevé (notamment à l’heure de l’accroissement des classes moyennes supérieures dans un pays comme la Chine).

Les premières opérations sur la plate-forme des deux entreprises, permettant d’enchérir en direct au niveau mondial, concerneront des vacations de Sotheby’s à New York. Le système offrira par la suite la possibilité aux amateurs de participer à des ventes aux enchères de Sotheby’s dans d’autres pays.

À ceux qui pensent que l’image élitiste de Sotheby’s pourrait souffrir d’une alliance avec une marque populaire, il faut dire que les maisons de vente aux enchères de premier plan sont aujourd’hui obligées de trouver de nouveaux relais de croissance. Les prix des œuvres et des objets d’art les plus prestigieux semblent avoir atteint des limites.

Cette focalisation de Sotheby’s sur les prix du milieu de gamme intervient aussi dans une période où l’accès aux meilleures créations du très haut de gamme semble de plus en plus difficile pour l’ensemble des opérateurs du marché de l’art aux enchères.

Dans son numéro du mois de juillet, The Art Newspaper souligne la présence d’œuvres invendues les saisons précédentes dans les grandes ventes de juin de Sotheby’s et Christie’s à Londres, des déconvenues pas forcément signalées dans les catalogues.

Les œuvres très importantes proposées avec une garantie au vendeur sont aussi plus nombreuses (un prix minimum de vente garanti est fixé entre les deux parties, éventuellement avec l’intervention d’un tiers de confiance), ce qui fait dire à certains qu’il ne s’agit plus de ventes aux enchères puisque les lots sont de toute manière assurément vendus avant la vacation.

Autre problème de poids, engendré par la circulation mondiale des informations par Internet, pour les grandes maisons de vente aux enchères anglo-saxonnes : un rare vase chinois a toutes les chances d’être désormais payé aussi cher dans une modeste vente aux enchères d’une ville de province française que dans l’une de leurs prestigieuses vacations new-yorkaises.

Sotheby’s dispose déjà sur le site de sa marque de son propre service en ligne permettant d’enchérir en direct dans ses ventes aux enchères. D’après ses données communiquées pour 2013, les achats en ligne concernent 17 % de son offre totale. Les prix de plus de la moitié des lots acquis par ce moyen sont compris entre 5.000 et 100.000 dollars. Le prix moyen de vente est de 41.753 dollars pour une montre, de 27.575 dollars pour une estampe et de 18.484 dollars pour un livre ou un manuscrit.

Pour un prix tout a fait exceptionnel pour un achat en ligne, Sotheby’s a vendu un exemplaire du rarissime The Birds of America de John James Aubudon pour 3,5 millions de dollars en avril 2014.

La concurrente Christie’s, qui propose notamment des ventes exclusivement en ligne sur son site, a quant a elle facturée 9,6 millions de dollars un October in Cap Cod, une huile sur toile d’Edward Hopper achetée par Internet en novembre 2012. Il s’agit toujours du prix le plus important jamais enregistré pour une œuvre d’art achetée par l’intermédiaire d’Internet. En 2010, chez le même opérateur, un récipient à vin en bronze chinois de la dynastie Shang, avait été facturé 3,3 millions de dollars suite à son achat via Internet.

À de tels niveaux de prix, on imagine que les lots ont été vus physiquement avant d’être achetés en ligne.

eBay dit enregistrer quotidiennement et au niveau mondial quelque 3.500 ventes à des prix supérieurs à 5.000 dollars dans toute ses catégories. Il reste à connaître la proportion de ces acheteurs actifs au-dessus de 5.000 dollars qui seraient prêts à investir dans les lots qui seront proposés par Sotheby’s dans un nombre de catégories plus réduit. Autre question importante : quelle est la proportion de transactions non conduites à leur terme dans ces ventes au-dessus de 5.000 dollars réalisées sur eBay ?

Dans la mesure où cette clientèle d’eBay ne fréquenterait pas les ventes aux enchères, on peut aussi se demander quel genre d’accueil elle réserverait aux montants des commissions facturées à l’acheteur sur le prix final ?

Actuellement, ils sont de 20 ou 25 % chez Sotheby’s, selon le pays et les tranches de prix concernées ici, c’est-à-dire d’un ordre de valeur extrêmement élevé en regard de la commissions récupérée par eBay uniquement auprès du vendeur (75 euros en France pour tout objet vendu au-dessus de 1.000 euros). Sotheby’s, comme toute autre maison de vente aux enchères, facture également une commission au vendeur dans ses ventes publiques (que l’on peut situer plus ou moins autour de 15 % du prix d’adjudication).

En dehors de nouvelles ressources financières potentielles pour eBay, les retombées en termes d’image de ce partenariat avec l’un des opérateurs les plus prestigieux du marché de l’art arrivent à un moment où cette société cherche à se démarquer de la concurrence par une image plus haut de gamme (suppression des annonces gratuites, présentation plus élégantes sur ses plates-formes, recommandation pour la qualité des textes et des photographies auprès des vendeurs).

La plate-forme américaine n’a en réalité pas vraiment le choix en ce qui concerne le marché de la vente en ligne d’œuvres et d’objets d’art, d’antiquités et d’objets de collection et son évolution.

En France, la société de vente en ligne d’objets d’art et d’antiquités Expertissim prend de plus en plus d’importance pour des pièces valant de quelques centaines d’euros jusqu’à 20.000 euros,  alors que pour la marchandise courante une bonne partie de la clientèle d’origine d’eBay a migré depuis un moment vers Leboncoin et ses annonces gratuites.       

De manière générale, la montée en gammes est aujourd’hui inévitable pour les opérateurs œuvrant dans les domaines des objets et des œuvres d’art, des antiquités et des objets de collection. Avec Internet, et la multiplication des vendeurs professionnels et particuliers partout dans le monde, jamais dans l’histoire de ce marché autant de pièces n’auront été échangées à l’échelle mondiale en une quinzaine d’années (eBay est arrivé en France à l’automne 2000).

Les conséquences  de ce phénomène inédit sont aujourd’hui un assèchement de l’offre en pièces de qualité – conservées plus longtemps et plus facilement par les acheteurs – et une forte augmentation des prix de celles qui restent disponibles.

Une autre motivation importante entre probablement en compte dans l’arrivée de Sotheby’s sur un site spécifique où elle sera associée à une marque lui permettant de toucher une nouvelle clientèle : là où il y a des acheteurs nouveaux, il y a aussi des vendeurs potentiels nouveaux.

Pierrick Moritz

PM

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Catégories :Marché de l'art, New York City, The Web

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