Rétrospective Kazimir Malevitch à la Tate Modern : portrait complet d’un dissident de l’avant-garde

L’exceptionnelle rétrospective consacrée à l’œuvre de Kazimir Malevitch (1879-1935) proposée jusqu’au 26 octobre à la Tate Modern dresse le portrait d’un artiste visionnaire dont l’œuvre radicale accompagne les bouleversements non moins abrupts de la Russie du début du XXe siècle jusqu’aux années 1930.

Cette réunion exhaustive, regroupant  peintures – dont les plus emblématiques -, œuvres sur papier, maquettes et documents, a été rendue possible grâce à une collaboration de fond entre la Tate Modern et le Stedelijk Museum et la fondation Khardzhiev, tous deux situés à Amsterdam, les gestionnaires de la collection Costakis à Thessalonique et de nombreux prêts venus du monde entier.

Entre Carré noir sur fond blanc (peint vers 1915) et des maquettes d’architecture suprématiste préfigurant les formes des grandes villes internationales du XXIe siècle, Kazimir Malevitch reste l’un des créateurs les plus influents de l’histoire moderne et contemporaine.

Malevitch fuit les rassemblements de l’avant-garde européenne dès 1911, préférant un groupe fondé par Mikhaïl Larionov et Natalia Gontcharova pour marquer la distance avec cette affiliation-là.

Comme chez ce prodigieux couple d’artistes  –  qui paya très cher son indépendance face à l’élite de l’art moderne européen, et  jusqu’à la fin de sa vie -, on retrouve chez le Malevitch du début des années 1910 des interprétations de l’iconographie populaire et religieuse russe.

Malevitch, né à Kiev, Russie, en 1879, a voyagé pour la première fois à Moscou en 1904, où il voit du Picasso  – donc des œuvres de jeunesse et de la période bleue – et du Matisse, qui a exposé pour la première fois en 1901 à Paris. Mais il est marqué par des créateurs des générations précédentes comme Monet et Cézanne. Si un autoportrait expressionniste aux couleurs fortes, daté de 1908-1910, peut évoquer certaines œuvres de van Gogh ou de Munch, il demeure suffisamment singulier pour ramener ces comparaisons au second plan.

Quand d’autres se sont attardés dans le cubisme –  Picasso y aurait peut-être laissé sa réputation sans les conseils avisés de Rosenberg – ou le surréalisme – sous la directive du « pape » Breton qui a fini par transformer un mouvement spontané en ministère -,  ou quand  la « synthèse  » des derniers Kandinsky transpire l’essoufflement créatif, Malevitch a su tourner suffisamment tôt les pages des genres, sur lesquelles il a inscrit une empreinte unique.

Dans le cubo-futurisme, un genre combinant le dynamisme lié au futurisme et la géométrie du cubisme, Malevitch a développé un style souvent plus radical que celui de la source italienne du mouvement.

En Russie, le futurisme est également un langage littéraire et musical. En 1913, Malevitch collabore avec le violoniste Mikhail Matyushin et le poète Aleksei Kruchenykh, pour un manifeste appelant à la dissolution du langage et au rejet de  la pensée rationnelle

Dans les années 1930, Malevitch retourne à la figuration, et non sans raisons.

Sur certaines de ses toiles de cette période, les paysans russes ne sont plus que des pantins dont les visages sont réduits à des masques blancs sans aucune ouverture.

C’est de cette relation entre son art et l’histoire de son pays que serait possiblement né des années plus tôt Carré noir sur fond blanc, et le passage radical à l’abstraction, quand il recouvrit d’un rectangle noir une toile figurative sur le sujet de la guerre qu’il avait peinte après la déclaration des hostilités de l’Allemagne à la Russie en 1914.

Si, d’après les spécialistes,  il est à peu près certain que Carré noir sur fond blanc a été réalisé en 1915, Malevitch a toujours daté cette œuvre de  l’année 1913, et affirmé qu’elle trouvait sa source dans une composition antérieure  nommée ….Victoire sur le soleil. 

Dans les années 1930, le réalisme socialiste est une doctrine culturelle officielle en Union Soviétique, où Malevitch – arrêté en 1930 et détenu pendant deux mois pour une accusation d’espionnage à son retour d’Allemagne –  est fustigé depuis déjà quelques années pour son œuvre et ses théories sur l’art. Le Carré noir sur fond blanc est alors rangé dans les réserves. Il attendra les années 1980 avant d’en sortir.

Kazimir Malevitch meurt en 1935. Le jour de ses funérailles, une procession de pleureuses portait des drapeaux ornés d’un carré noir.

Pierrick Moritz

Malevich rétrospective Tate Modern Malevich, rétrospective proposée du 16 juillet au 26 octobre 2014 à la Tate Modern (dans l’Eyal Ofer galleries, au niveau 3), Bankside, Londres SE1 9TG. Admissions de 10 heures à 18 heures du dimanche au jeudi (vente des tickets pour les expositions temporaires comme celle-ci arrêtée à 17 heures 15) ; de 10 heures à 22 heures du vendredi au samedi (vente des tickets jusqu’à 21 heures 15). Prix du ticket d’entrée pour un adulte : 14,50 £ avec donation, 13,10 £ sans donation.

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Catégories :Art moderne, Expositions, Londres

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