La dispersion aux enchères de 29 pièces d’art traditionnel chinois issues du Fujita Museum par Christie’s New York, le 15 mars, a généré quelque 263 millions de dollars. Ce résultat dépasse allègrement ceux récemment obtenus à Londres pour chacune des grandes ventes en soirée d’art impressionniste, moderne et contemporain occidental de Christie’s et de Sotheby’s, et constitue ainsi un moment historique pour le marché de l’art aux enchères mondialisé. La comparaison est rendue possible par le faible nombre de lots proposées dans cette vente d’art traditionnel chinois, également caractérisée par une importante proportion d’estimations décuplées, et jusqu’à des niveaux record. De manière générale, les prix historiquement élevés du marché de l’art de haut niveau internationalisé forcent l’arbitrage chez les investisseurs, les collectionneurs et les multi-collectionneurs fortunés, la concurrence entre les grandes spécialités du marché de l’art s’en trouvant sensiblement renforcée.
Estimée 1,2-1,8 million de dollars, Six Dragons par Chen Rong (XIIIe siècle), encre sur papier sur rouleau en largeur (34,3 x 440,4 cm), accompagnée d’une calligraphie (35,1 x 82,78 cm), a été payée 48,96 millions. L’œuvre porte plusieurs dizaines de sceaux, dont quatorze de l’empereur Qianlong (r. 1736-1795). Il s’agit du prix le plus élevé jamais obtenu pour une peinture chinoise vendue aux enchères hors d’Asie. Saules et oies par Zhao Lingrang (fin XIe -début XIIe), encre et couleurs sur soie sur rouleau en largeur (32,6 x 93,1 cm), une œuvre marquée de dizaines de colophons et de sceaux de collectionneurs (dont de l’empereur Qianlong), estimée 750.000-950.000 dollars, a été payée 27,12 millions. Les deux œuvres figurent dans le Shiqu Baoji, réunion de catalogues réalisé sous Qianlong, répertoriant les peintures et les calligraphies des collections impériales de la dynastie Qing.

Couverture du catalogue de cette vente historique par Christie’s, sur laquelle figure Six Dragons par Chen Rong, une œuvre intemporelle adjugée 48,96 millions de dollars avec les frais.
Avec une estimation globale de 21-30 millions de dollars, quatre bronzes archaïques datés de la fin de la dynastie Shang (vers 1600-vers 1050 avant notre ère), l’âge d’or pour le genre, totalisent 125,28 millions, dont 37,20 millions, le second prix le plus élevé de la vacation, payés pour acquérir un récipient en bronze rituel fang zun (littéralement : vase carré), destiné à contenir le vin, XIIIe-XIe siècles avant notre ère, estimé 6-8 millions. Chacune des sommes engagées pour ces quatre pièces (37,20 millions ; 33,84 millions ; 27,12 millions ; à nouveau 27,12 millions) dépasse très sensiblement le précédent prix record de 9 millions pour un bronze archaïque chinois vendu aux enchères (Christie’s, 2001). La référence concerne un récipient rituel dit fang lei (vase destiné à recevoir les boissons fermentées, et à quatre faces), daté entre la fin de la dynastie Shang et le début des Zhou de l’Ouest (vers 1050-771 avant notre ère), dont le couvercle manquait. Une transaction privée concernant cette pièce a été réalisée par Christie’s en mars 2014, au profit d’un groupe de collectionneurs privés de la province chinoise du Hunan, décidé à en faire cadeau au Musée provincial du Hunan, qui possède son couvercle. Le prix de vente n’a pas été révélé.
Pierrick Moritz
Catégories :Analyses (marché de l'art), Art chinois, New York City
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