Décor d’une céramique occidentale inspiré par la Chine : quand « dans l’esprit chinois » n’est pas l’esprit chinois

Aujourd’hui, nous voyons comment des motifs chargés de sens dans les créations de culture chinoise peuvent être repris de manière purement décorative dans la céramique occidentale, c’est-à-dire en ayant perdu leur puissante dimension symbolique.

Porcelaine de Limoges,  décor inspiré par la chine
Pot à lait d’un service à thé et à café en porcelaine de Limoges, vers 1950, décor d’inspiration chinoise, appliqué par transfert. Des motifs ayant une dimension symbolique dans la culture chinoise, grue (non visible sur l’illustration), papillons, rocher, nuage, et deux chauves-souris en bleu et jaune (sur la droite), et dans des imitations des formes traditionnelles chinoises, sont jetés pêle-mêle autour d’un arbre en fleur.

Porcelaine chinoise, peinture aux cinq chauves-souris.  Cinq bonheurs chinois - WuFu
On retrouve le motif de la chauve-souris sur ce modèle de peinture sur porcelaine typique de la culture chinoise. La composition présente cinq chauves-souris en rouge réparties entre des nuages en bleu sur le pourtour de la pièce. Le terme chinois correspondant à chauve-souris (蝙蝠 ; bianfu– 1) comprend le caractère 畐 (fu), que l’on retrouve également dans le mot bonheur (幸福 ; xingfu). Dans cette représentation les cinq chauves-souris correspondent aux Cinq bonheurs (五福 ; wufu – 2) de la pensée chinoise, qualités célestes : amour, prospérité, conduite vertueuse, bonne santé/ atteindre un âge honorable, et mort naturelle – certaines peuvent être attribuées au confucianisme et au taoïsme.

La forme des nuages entre lesquels évoluent les chauves-souris rappelle celle du champignon lingzi, symbole de longue vie. Le chiffre cinq (五 ; wu), induisant pouvoir, harmonie et bon augure, évoque les cinq éléments/étapes (五行 ; wuxing) qui composent l’univers, et qui dominent tour à tour sur terre (la planète) au fil des saisons. L’élément terre (la matière qui compose le sol), qui en fait partie, est associé au centre, à la fois pivot et direction, et au chiffre 5.

1- ici, la translitération en hanyu pinyin ne précise pas les tons.
2- On trouve la plus ancienne définition des « Cinq Bonheurs » chinois dans le chapitre Hong Fan (La Grande Règle), du Shujing (Classique des Documents), référence de l’école confucianiste, dont l’origine des plus anciens textes pourraient remonter aux débuts de la dynastie de Zhou (1046-256 avant notre ère), et reconstitué sous les Han occidentaux (206 avant notre ère – 8 après) : « […] Le premier est la longévité, le deuxième l’opulence, le troisième la santé du corps et la paix de l’âme, le quatrième l’amour de la vertu, le cinquième une vie complète (c.-à-d., avec la conservation de tous les membres, une vie qui n’est abrégée ni par aucune faute ni par aucun accident) ». Source : Chou King, Les Annales de la Chine, par Séraphin Couvreur, Editions YOU-FENG, Libraire Éditeur, 1999, p. 209. 




Catégories :Céramique, Chine

Tags:, ,

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.