Invendus et soldes sur le marché de l’art (mai 2010)

Loin des achats passionnés de chefs-d’œuvre effectués par des milliardaires qui, on s’en doute, ne connaissent pas la crise, un nombre significatif de ventes aux enchères internationales enregistre un pourcentage d’invendus élevé. Observé par Artwithouskin dès le 24 avril, le phénomène s’intensifie au point que les grandes maisons de vente  bradent certains lots.

Au terme d’années florissantes marquées par la spéculation, le marché de l’art est devenu un mastodonte difficilement viable dans pareils volumes de marchandise et que les maisons de vente s’acharnent à vouloir restaurer après les difficultés de 2008 et 2009.

Sur la partition d’une crise économique majeure, les catalogues des maisons de vente sont encore beaucoup trop fournis, les vacations trop nombreuses, les chefs-d’œuvre apparaissent à une fréquence rarement vue, un record et ses superlatifs chassant l’autre, une seule de ces œuvres éblouissantes en déclassant cent par le jeu de la comparaison, et en rajoutant aux doutes des candidats potentiels à un investissement sur le marché de l’art. Autre facteur décourageant pour les acheteurs et vendeurs : une politique de  frais et commissions prohibitifs chez de grandes maisons de ventes anglo-saxonnes.  À pareil régime, rien d’étonnant à ce que, hors œuvres majeures mais pour des estimations conséquentes, les invendus se multiplient dans les vacations internationales.

Photographies  : 64 % d’invendus chez Sotheby’s

Le 20 mai  à Londres, Sotheby’s a vendu 58 des 126 tirages d’une importante vente de photographies. 

En conformité avec la tendance, une importante proportion du maigre 1,15 million de livres de chiffre d’affaires a été assurée par les lots vedettes du catalogue.

Il s’agit notamment de créations d’Irving Pen : un Two liqueurs, New York, 1951, tirage transfert en couleurs avant 1960, annoté par le photographe, avec tampons et numéros, estimé 60.000/80.000 livres et payé 145.250 livres et un Picasso à la Californie, 1957, tirage argentique signé, numéroté, annoté et daté 1968,  payé 121.250 livres sur une estimation de 30.000/40.000 livres.

Un troisième tirage, Frozen Foods With String Beans, New York 1977, tirage transfert en couleurs de 1993, avec tampons, numéros, monogramme du photographe, a été payé 79.250 livres sur une estimation de 40.000/50.000.

Hier, la vacation équivalente de Christie’s à Londres a connu un meilleur destin avec 98 lots vendus sur les 111 que comptait le catalogue. Les œuvres étant moins importantes en valeur que chez sa concurrente et le chiffre d’affaires s’élève à 947.263 livres.

Peinture ancienne à Amsterdam : 37 % d’invendus

La vacation de peinture ancienne proposée le 18 mai à Amsterdam par Sotheby’s s’est achevée avec 48 lots payés sur les 76 présentés, soit 37 % d’invendus et un maigre produit de 1,24 million d’euros.

Parmi les lots qui n’ont pas trouvé preneur figurent une Tour de Babel de l’entourage de Hendrik van Cleve III ( huile sur panneau, 20.000/30.000 euros),  un paysage rocheux animé de personnages de Mathieu Dubuis (huile sur panneau, 20.000/30.000 euros),  une paire de portraits d’un couple de gens “de qualité” par Godfried Schalcken (huiles sur panneau, 50.000/60.000 euros).

Les prix les plus élevés reviennent à  une huile  sur cuivre, représentant un paysage, attribuée à Joseph Van Bredael (estimée 25.000/35.000 euros et payée 114.750 euros) et à une huile sur cuivre, une Bataille de Lepento en 1571 peinte en 1640 par Andries van Eertvelt (payée 176.500 euros sur une estimation de 80.000/120.000 euros).

Peinture, dessins et sculptures américains : 39 % d’invendus chez Sotheby’s

La vente d’œuvres d’art américain orchestrée par Sotheby’s le 19 mai  à New York a vu 68 lots trouver preneur sur 112 présentés, soit un taux d’invendus de 39% pour un chiffre d’affaires de 31,92 millions de dollars.

Les lots les plus chers sont une huile sur toile de Stuart Davis, Café, Place des Vosges, peinte en 1929 et payée 3,44 millions de dollars (estimée 3/5 millions), et deux autres de Georgia O’Keeffe, Inside Clam Shell de 1930 (estimée 3/5 millions) et Black Petunia and White Morning Glory de 1926 (estimée 2/3 millions), respectivement payées 3,44 et 4,11 millions.

Les invendus les plus importants concernent Martin Johnson Heade (800.000/1,2 million de dollars), Mary Cassat (800.000/1,2 million), Edward Willis Redfield (300.000/500.000) et Range Boss Joe Ericson (300.000/500.000).

….et 39,7 % chez Christie’s

Le lendemain, Christie’s, toujours à New York  et pour  la même spécialité, vendait 108 lots sur les 179 que présentait son catalogue, soit 39,7 % d’invendus pour un chiffre d’affaires de 35,12 millions de dollars.Les œuvres étaient nettement plus chères que chez sa concurrente, les déconvenues sont en rapport. Des œuvres de Frederic Remington (The Story of Where the Sun Goes, huile sur toile, 3/5 millions de dollars), Mary Cassatt (1,5/2,5 millions) et Childe Hassam (September Sunlight, huile sur toile, 1,2/1,8 million) sont les lots aux estimations les plus élevées restés sur le carreau.

L’enchère la plus importante est allée à une tempera sur Masonite d’Andrew Wyeth intitulée Off Shore dont l’estimation de 1,2/1,8 million de dollars a été décuplée jusqu’à ce que l’œuvre soit finalement payée 6,34 millions.

La seconde enchère la plus élevée concerne une huile sur bois de Maxfield Parrish, Daybreak, peinte en 1922. Estimée 4/7 millions de dollars, l’œuvre a été payée 5,23 millions.  Malheureusement, le présent vendeur avait engagé 7,63 millions de dollars pour l’acquérir, en mai 2006 chez Christie’s New York.

Une autre œuvre de cet artiste, Sing a Song of Sixpence (1910, estimée 2,5/3,5 millions sans les frais de 12 %) constitue le troisième prix le plus élevé de la vente. Ici, la toile a été laissée sous son estimation basse, avec une facture de 2,21 millions en intégrant les frais.

Mobilier français :  34% d’invendus et des remises

Le bilan de cette vente organisée par Sotheby’s le 20 mai à New York, et qui a rapporté seulement 2 millions de dollars, est caractérisé par 34 % d’invendus (110 lots sur 167 inscrits au catalogue) et des lots bradés sous les estimations basses.

Une commode laquée du XVIIIe siècle a ainsi été cédée à 7.500 dollars avec les frais (25%) quand 10.000/15.000 dollars en étaient attendus sans ces frais.

Pour 31.250 dollars avec les frais (25%), un  amateur s’est offert une bibliothèque d’époque Louis XVI en ébène et bronze qui en affichait 40.000/60.000 dollars (sans les frais) au catalogue.

L’acheteur d’une console en bois doré estimée 7.000/9.000 dollars a économisé un peu plus que les 25% de frais en la payant 6.875 dollars.

Celui d’un salon d’époque Empire en bois doré a économisé 25 % sur l’estimation basse en le payant 10.000 dollars.

Une suite de 12 chaises néoclassiques russes a été remise au plus offrant contre 62.500 dollars avec les frais de 20 % quand 70.000/100.000 dollars sans les frais en étaient espérés.

Design du XXe siècle et sculptures art déco  : 24% de lots invendus.  

Cette vente, orchestrée par Sotheby’s le 19 mai Londres, enregistre un taux d’invendus acceptable avec 138  lots vendus sur les 182 que présentait le catalogue, et 6 lots laissés faiblement sous les estimations.

Des pièces de mobilier de Ron Arad ont notamment été bien vendues : 103.250 livres ont été données pour un New Orleans Armchair  (estimé 60.000/90.0000), création de 1999,  N° 3 de deux éditions limitées de 9 ; 87.650 livres sont allées à un  Blo-Void 1, un fauteuil à bascule, création de 2005, numéro 16/20 (40.000/60.000) ; une chaise Italian Fisch, modèle créé en 1988, un des premiers exemplaires d’une édition de 20, estimée 30.000/50.000 livres, a été payée 87.250 livres.

Marc Newson : record, soldes et invendu

Toujours dans la spécialité du design, un record à été atteint pour une pièce de Marc Newson, le 13 mai chez Philipps de Pury à New York, avec le prototype d’une Lockheed Lounge (1988). Cette pièce réalisée à la main par Newson a été vendue 2,09 millions de dollars sur une estimation de 1/1,5 million.

Un brillant résultat qui ne fait pas pour autant du créateur une valeur absolument sûre puisque, dans la même vente, deux autres de ses réalisations ont connu des destins moins heureux. Une table Event Horizon de 1992 a été soldée à -20 % de l’estimation basse (vendue 242.500 dollars avec les frais sur une estimation de 250.000/350.000 sans les frais) et un Orgone Strech Lounge de 1993 estimé 400.000/600.000 dollars n’a pas trouvé preneur.

Pierrick Moritz

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Catégories :Design, Marché de l'art, Mobilier ancien

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