Marché de l’art : la pénurie d’œuvres de grande qualité renforce le pouvoir des vendeurs

La traditionnelle vente d’art contemporain du mois de mai de Christies New york a généré une recette historique de 301,68 millions de dollars, avec 62 lots vendus sur 66 présentés.

38,44 millions de dollars ont été engagés sur le premier autoportrait connu d’Andy Warhol, et 25,28 millions sur un petit Three Studies for Self-Portrait de Francis Bacon.

Pour accaparer de pareilles raretés – de surcroît inédites sur le marché de l’art aux enchères – dans un marché de plus en plus concurrentiel, l’opérateur a dû assurer une transaction effective aux vendeurs, quelle que soit l’issue de la vente, en s’engageant et/ou en faisant appel à un tiers de confiance.

Cette garantie de vente dans tous les cas de figure concernait cinq des neuf lots qui ont réalisé les prix les plus élevés de la vacation. Ces cinq œuvres ont produit 95,3 millions de dollars. Cinq autres lots bénéficiant de la même garantie, dont les prix sont situés parmi les 29 les plus élevés de la vente, ont généré 18,65 millions de dollars.

La veille, Sotheby’s a péniblement amassé 128 millions au cours d’une vente qualitativement inférieure dans la même spécialité (et avec un catalogue en ligne sans aucune indications de garantie de vente effective aux vendeurs, contrairement à celui de Christie’s).

Même si, comme son concurrent, Christie’s a dû revoir à la baisse les prix de lots importants, ces pertes ont été compensées par des gains sur des lots vendus au-dessus des estimations. Le chiffre d’affaires correspond à l’estimation haute pré-vente du catalogue

En signant la garantie d’une vente assurée à un prix minimum, les intervenants financiers peuvent réaliser un bénéfice plus ou moins important en cas d’adjudication supérieure à la somme convenue, ou se retrouver en situation de devoir couvrir une perte qui peut aller jusqu’au paiement intégral au vendeur de la somme en question si le lot ne se vend pas.

Dans ce dernier cas, la partie engagée se retrouve propriétaire d’une œuvre.au pedigree altéré par la déconvenue et qui n’est plus vendable aux conditions du catalogue. Le procédé rend les résultats difficiles à interpréter car le prix minimum garanti et confidentiel peut être inférieur à l’estimation officielle.

Untitled No. 17, peint par Mark Rothko en 1961, réunissait tous les atouts pour pulvériser son estimation de 18/22 millions de dollars. Un très beau format de 236,2 x 193 cm, une association de couleurs magnifiques (rose et rouge sur fond jaune d’or) pour de vibrants aplats, et le fait que l’œuvre, directement acquise auprès de l’artiste par le présent vendeur, n’ait jamais été vue sur le marché de l’art, ont conduit un enchérisseur à débourser 32,68 millions de dollars. Ce tableau ne bénéficiait pas d’une garantie de vente. 

Un quadruple autoportrait d’Andy Warhol de 1963-1964, considéré comme le premier de l’artiste, acrylique et encres sérigraphiques sur toile (101,6 cm x 81,3 cm), jamais vu en vente publique et bénéficiant d’un prix minimum garanti au vendeur, a été payé 38,44 millions de dollars sur une estimation de 20/30 millions. Il s’agit d’une très bonne opération pour la maison de vente et/ou le tiers de confiance qui ont soutenu cette œuvre jamais été vue en vente publique.

Avec une vente effective garantie, Three Studies for Self-Portrait de Francis Bacon, un petit triptyque réalisé en 1974 (chaque partie mesurant 35,6 cm x 30,5 cm), assorti d’une estimation confidentielle au moins égale 20 millions de dollars sans les frais (12 %), a été payé 25,28 millions avec ces frais. Cette œuvre n’avait jamais été vue en vente publique.

Sans prix minimum garanti au vendeur, un grand autoportrait d’Andy Warhol de 1986 en rouge et noir, polymère synthétique et encres sérigraphique sur toile (271,2 cm x 270,5 cm), a été abandonné à 27,52 millions de dollars avec les frais (12 %) quand 30 à 40 millions sans les frais en étaient attendus. La réduction consentie par rapport à l’estimation basse est de 6 millions.

Assorti d’une garantie de vente effective, un Untitled (Crouching Nude on Rail), une huile sur toile peinte par Francis Bacon en 1952 (196,9 cm x 137 cm), a été payée 9,6 millions de dollars avec les frais, pour une estimation de 10/15 millions sans ces frais, soit avec un rabais de plusieurs centaine de milliers de dollars par rapport à l’estimation basse.

L’invendu le plus cher de la vacation est un assemblage de Robert Rauschenberg de 1957, une Tower principalement composée de tabourets, d’un balai et d’un parapluie (305 cm de hauteur), dont 12/18 millions de dollars étaient attendus. Aucune garantie de vente ne soutenait cette œuvre jamais vue en vente publique.

Du créateur suisse Urs Fisher, un exemplaire d’un ours en peluche-lampe surdimensionné (7 mètres de hauteur), créé en 2005-2006, a été payé 6,8 millions de dollars sur la base d’une estimation confidentielle qui pourrait être de l’ordre  de 4/6 millions. Jusqu’à présent, les prix en vente publique des œuvres de cet artiste né en 1973 se situait sous la barre du million de dollars. Aucune garantie n’assurait la vente de cette œuvre provenant d’une collection parisienne.

Une Mappa del mondo d’Alighiero e Boetti (115,6 cm x 215,9 cm), brodée en 1988, a été vendue 2,32 millions de dollars au profit d’une œuvre de charité. Après un record de 2,84 millions l’année dernière, il s’agit du second prix le plus élevé payé pour une œuvre de l’artiste en vente publique.

Parmi les œuvres les mieux vendues figurent encore et notamment : Woman and Child de Willem de Kooning, payé 6,57 millions de dollars (est.3,5/5,5 millions), The Clove, un stabile d’Alexander Calder, payé 3,89 millions (est.2/3 millions), Job Analisis de Jean-Michel Basquiat, payé 3,44 millions (est. 2,5/3,5 millions), et Raven II, une sculpture en métal de David Smith, réalisée en 1955, payée 1,98 million (est. 1/1,5 million). Hormis pour celui du Basquiat, les vendeurs de ces œuvres ne bénéficiaient pas d’une garantie de vente.

Pierrick Moritz

Sauf précisions, les estimations sont données sans les frais à la charge de l’acheteur. Sur la place de New York, ils sont de 25 % jusqu’à 50.000 dollars, 20 % au-dessus de cette dernière somme et jusqu’à 1 million de dollars, 12 % au-delà. Les résultats incluent ces frais

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Catégories :Art contemporain, Art moderne, Arts décoratifs, Londres, Marché de l'art, New York City, Paris

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