Performances de Sotheby’s en baisse au premier semestre

Actualisé le 10 août 2012. 10 heures 30.

Sotheby’s a annoncé hier un bénéfice de 85,4 millions de dollars pour le second trimestre 2012, en baisse de 33 % par rapport à la période équivalente de l’année dernière, pour un chiffre d’affaires de 303,9 millions, en repli de 18 % ici.

Le bénéfice pour le premier semestre 2012 est de 74,8 millions de dollars, affichant un repli de 42 % par rapport à la période équivalente de 2011, pour un chiffre d’affaires de 408,9 millions de dollars, en baisse de 16 %.

Cette dégradation était déjà en route lors de l’annonce des résultats du premier trimestre 2012, en mai dernier.

Selon l’opérateur, ces résultats sont notamment dus à une baisse sensible du volume des ventes de propriétaires uniques pour ce premier semestre, en diminution de 55 % par rapport à la période équivalente de 2011. Cet élément de réponse pourrait s’inscrire dans la logique de sélection de plus en plus drastique opérée par les maisons de ventes aux enchères pour tenter de limiter les invendus dans un marché « de crise » où, quel que soit le niveau de prix, la valeur sûre prévaut sur le « coup de cœur ».

Aucune œuvre d’une valeur au moins égale à 12 millions de dollars n’est restée sur le carreau

Chez Sotheby’s, comme chez Christie’s, et contrairement à la période équivalente des années précédentes, aucune œuvre d’art dont l’estimation était au moins égale à 12 millions de dollars n’est restée sur le carreau au premier semestre 2012.

Au premier semestre 2011, on en comptait deux, de Claude Monet et proposées chez Christie’s : des Nymphéas estimés 17/24 millions de livres (Londres, 21 juillet) et des Iris mauves estimés 15/25 millions de dollars (New York, 4 mai). Pour la période équivalente de 2010, on trouve le même chiffre, avec d’autres Nymphéas de Monet à 30/40 millions de livres (Christie’s, Londres, 23 juin) et une Fertilité d’Edvard Munch à 25/35 millions de dollars (Christie’s, New York, 4 mai). Au premier semestre 2009, on comptait 3 invendus dont l’estimation était égale à au moins 12 millions de dollars :  Instruments de musique sur un guéridon, composition cubiste de Pablo Picasso (estimée 25/30 millions d’euros. Christie’s, Paris, 23 février, vente Saint Laurent/Bergé) ; du même Picasso, un portrait de sa fille Marina, peint en 1938 (16/22 millions de dollars. Sotheby’s New York, 5 mai) ; une paire de portraits de Frans Hals (15/20 millions de dollars. Sotheby’s New York, 29-30 janvier).

Au premier semestre 2008, on en comptait 4 de cet acabit : un Figure Turning peint par Francis Bacon en 1962 (estimé 10/15 millions de livres. Sotheby’s Londres, 1er juillet) ; une Route aux confins de Paris peinte durant l’été 1887 par Vincent van Gogh (13/16 millions de dollars. Christie’s New York, 6 mai), une Partie de campagne de Fernand Léger (12/18 millions de dollars. Sotheby’, New York, 7 mai 2008), une Anita en almée de Kees van Dongen (12/16 millions de dollars. Christie’s, New York, 6 mai).

Pour ce premier semestre 2012, l’œuvre d’art la plus chère restée sur le carreau est une Peinture de Joan Miró de 1933, estimée 7/10 millions de livres et présentée par Sotheby’s à Londres le 8 février.

Retraits d’œuvres importantes

Le même mois, Christie’s avait retiré au dernier moment un Rothko de qualité moyenne d’une importante vente. L’œuvre était estimée autour de 10 millions de livres. En juin dernier, toujours à Londres, le même opérateur annonçait le retrait d’une Baigneuse de Pierre-Auguste Renoir estimée 12/18 millions de livres, en raison d’une transaction privée intervenue juste avant la vente aux enchères publiques. Le vendeur, qui avait quand même payée ce tableau 21 millions de dollars chez Sotheby’s en 2007, a préféré tenir que courir, règle d’or dans un environnement économique incertain. De son côté, la maison de vente ne prend pas le risque de mauvaise publicité pour un tableau majeur invendu ou abandonné sous son estimation, un tapage particulièrement malvenu auprès des vendeurs potentiels d’œuvres de cette importance.

Ventes à l’arrache

Si les dernières grandes ventes d’art londoniennes de juin, chez Christie’s et Sotheby’s, ont été émaillées d’enchères mirobolantes, elles sont aussi caractérisées par un nombre d’œuvres vendues « à l’arrache » (sous l’estimation basse ou à son niveau) suffisamment important pour constituer une tendance.

Réduction des frais de fonctionnement de Sotheby’s

Sotheby’s signale que ses moins bons résultats sont en partie compensés par une réduction de ses frais de fonctionnement de 13,6 millions de dollars, soit 3 % pour le premier semestre. Ce qui ramène au problème de la réduction de ses effectifs, et de son conflit avec l’Union des manutentionnaires d’art de New York qui a trouvé sa résolution avec un paiement d’indemnités de départ volontaire qui impacte ses résultats.

Grève et perturbations

Fin 2011, plusieurs manifestations de soutien aux manutentionnaires en grève (43 personnes mises à pied), et notamment avec des membres d’Occupy Wall Street, ont été organisées lors des grandes ventes new-yorkaises de l’opérateur (dont une vacation d’art contemporain au montant historique de 316 millions de dollars), les clients et spectateurs de la vente étant accueillis sous les quolibets. Sotheby’s, qui a pratiqué un plan de licenciement en 2009 à la suite de difficultés, puis renoué avec les bénéfices, était accusé par les syndicats de vouloir remplacer ses manutentionnaires par du personnel intérimaire, non qualifié et non syndiqué (ce qui ne serait pas particulièrement rassurant pour la clientèle ; il ne s’agit pas ici de manipuler des pommes de terre). Une manifestation de soutien aux manutentionnaires de Sotheby’s avait également eu lieu à Toronto et une autre à Genève, autour de ventes de l’opérateur.

La compagne du maire de New York rate une occasion de se taire

En décembre dernier, lors d’une intervention spontanée des grévistes au cours d’un conseil d’administration de Sotheby’s, la puissante Diana Taylor, membre de ce conseil d’administration (entre autres…), n’avait rien trouvé de mieux à répondre aux protestataires qu’elle démissionnerait si Sotheby’s cédait à leurs revendications. La scène a été filmée et mise en ligne sur YouTube. Devant l’indécence des chiffres alignés par les ventes de Sotheby’s dans une telle période de crise économique, la réponse de Taylor était particulièrement déplacée. Sa prise de position radicale prend aussi un tour politique, puisqu’elle est la compagne du maire Républicain milliardaire de New York, Michael Bloomberg.

Les Américains ne supportent pas l’injustice

Culturellement parlant, et même si certains traitements sociaux ou pénaux peuvent laisser penser le contraire aux Européens, les Américains ne supportent pas l’injustice (dernièrement, une vieille dame, couverte d’insultes par les adolescents qu’elle chaperonnait lors d’un voyage en bus, a reçu des centaines de milliers de dollars de dons de la part d’Américains révoltés). Les manutentionnaires de Sotheby’s n’ont jamais démérité tandis que la société affichait des bénéfices. Ce type de mouvement social est soutenu par beaucoup d’Américains, notamment à New York et Hollywood, où les vendeurs potentiels et amateurs d’art sont nombreux et, éventuellement,…. Démocrates.

Une grève à 2,4 millions de dollars en 3 mois ; Sotheby’s perd l’organisation d’évènements

Selon un article de mars 2012, publié par le site du puissant syndicat de travailleurs américains Teamsters, l’attitude de Sotheby’s dans ce conflit aurait nuit à ses actionnaires. Dans un dépôt auprès des autorités financières, l’opérateur aurait révélé avoir supporté un coût supplémentaire de 2,4 millions de dollars liés aux trois premiers mois de grève des manutentionnaires.Toujours selon cet article, le  mouvement aurait provoqué l’annulation d’évènements prévus à l’origine pour être tenus par Sotheby’s, notamment avec un groupe affilié au Oberlin College (prestigieuse université d’arts libéraux de l’Ohio).

Baisse des revenus à Hong Kong

Les revenus de Sotheby’s ont également baissé en Asie, lors de sa série de ventes aux enchères de printemps à Hong Kong. Cette saison, le chiffre d’affaires a été de 316 millions de dollars américains contre 449 millions au printemps 2011. Pour le même type d’opération sur cette place asiatique, le chiffre d’affaires de sa rivale Christie’s est également en déclin : 351,7 millions de dollars américains contre 515 millions de dollars au printemps 2011.

Résultats et communication : à la sauce la plus arrangeante

De son côté, Christie’s, société non cotée en bourse (non soumise à la publication de ses résultats), a précédemment annoncé un chiffre d’affaires mondial de 2,2 milliards de livres/3,5 milliards de dollars pour ses ventes d’art publiques et privées du premier semestre 2012.  Il s’agit d’un montant historique, en hausse de 13 % en livres et de 11 % en dollars, par rapport aux chiffres de 2011 pour la période équivalente.

L’impressionnant écart entre les données de  Christie’s et celles de Sotheby’s tient au fait  que les chiffres du premier opérateur correspondent au montant total des adjudications avec les commissions et frais quand ceux du second ne comprennent principalement que les commissions et frais perçus (pour 387,5 millions de dollars au premier semestre 2012, auxquels s’ajoutent des revenus financiers, des redevances sur des licences,…). Si l’on sait que le volume des ventes a été moins important chez Sotheby’s et que le chiffre d’affaires total s’en ressent, on ne connaît pas les bénéfices de Christie’s. D’autre part, les invendus, plus nombreux plus le volume proposé est important, qui peuvent être revendus par l’intermédiaire de l’opérateur dans le cadre d’une transaction privée, génèrent du chiffre d’affaires, et parfois des bénéfices, à travers les frais des services facturés aux vendeurs (publicités, expertises, transports,…).

Second semestre incertain

Dans son communiqué, Sotheby’s revient sur une partie de son programme à partir de la rentrée, notamment avec une vente de 400 céramiques et d’œuvres d’art chinois pour une estimation globale de 15/22 millions de dollars. Comme pour les autres secteurs économiques, personne ne peut dire de quoi seront faits les derniers mois de 2012.

Pierrick Moritz

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Catégories :Marché de l'art

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