Le Batman de Christopher Nolan sauve les riches

Le dernier Batman version cinématographique, réalisé par Christopher Nolan, confond richesse, raison, justice et ordre dans un curieux arrière-goût, après celui d’un grand spectacle populaire très efficace.

Le super-héros, symbole de l’Amérique, œuvrant pour le bien, martyrisé, blessé, mais qui se relève toujours, est aussi un milliardaire de naissance dépouillé par les méchants. Juste envers moins bien doté que lui, en l’occurrence cette voleuse de bijoux féline qui n’habite pas dans un 5.00 mètres carrés luxueusement meublé, il ne manque pas de complimenter la créature sur le bon goût de son modeste appartement (ça l’étonne ?). Une autre, qui n’est pas non plus née avec une cuillère en argent dans la bouche, mais devenue milliardaire, met son argent au service du mal (il ne faut pas donner des perles aux cochons ?). Si la voleuse de bijoux n’est pas mauvaise bougresse, on relèvera, au passage, que les femmes du film ne sont pas très bien loties : elles volent donc, elles mentent ; déjà prostituée de service, une autre dévalise ses clients.

Ce Batman offre avant tout une vision d’un monde en crise où riches et pauvres sont opposés ; les premiers en victimes, les seconds en crétins dès lors qu’ils menacent la situation des premiers. Il défend les gens du haut de la pompe pyramidale. Sans cet ordre-là, c’est le chaos.

La stratégie de prise du pouvoir par l’abaissement du niveau de conscience des masses par la haine contre des boucs émissaires étant une méthode connue en période de crise économique grave – Vote pour moi et tu auras le droit d’obéir, ce n’est pas tant l’idée du peuple en révolte présenté comme une meute de suiveurs ramenés à l’état reptilien qui peut choquer dans le film, mais l’allusion évidente à un mouvement contestataire comme Occupy Wall Street et sa caricature. Ici, la révolution et ses « terroristes » seraient le fruit de frustrations et de jalousies ; une revanche sociale au prétexte d’avoir été exploité par les « élites ».

Au rayon « philosophie » du film, ne pas avoir peur de la mort fait échouer, explique en substance un vieux sage, à celui qui veut sortir du trou (le trou de la misère ?). Cette réflexion peut prendre une curieuse résonance quand on propose un rapport logique entre volonté de richesse, volonté d’éternité et peur de la mort  : si tu n’as pas la volonté de richesse – tu n’as pas la volonté d’éternité, tu n’as pas peur de la mort, tu es voué à l’échec.

Dans le film de Nolan, le simple fait d’être riche vaut condamnation à mort par un tribunal révolutionnaire où le juge est un personnage d’opérette.

A posteriori,  la scène où l’un des terroristes venus braquer des données au New York Stock Exchange s’entend dire par un trader paniqué « Mais il n’y a pas d’argent à voler ici. » et répond « Alors qu’est-ce que tu fais là ? » dissone, ou peut amener un avis plus nuancé, pour un film dont la « morale » pèse plus du côté des Républicains américains.

Pierrick Moritz

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Catégories :Cinéma

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