New York – Ventes aux enchères de peintures et de dessins anciens et du XIXe siècle : un premier bilan tout en contrastes

Note : dans ce compte rendu, les résultats sont donnés avec les frais à la charge de l’acheteur. Les estimations n’incluent pas ces mêmes frais.

Les prix de la peinture ancienne vendue aux enchères poursuivent leur progression, malgré des taux d’invendus souvent plus élevés que pour l’art impressionniste, moderne, d’après-guerre et contemporain. Ce marché spécifique est aussi boosté par l’intérêt de la clientèle asiatique. En juillet, à Londres, chez Christie’s, un Asiatique a acquis une œuvre de Rembrandt pour 8,4 millions de livres.

Les arts graphiques anciens dans leur ensemble bénéficient de cette montée des prix. À excellence égale, ces œuvres antérieures à l’impressionnisme demeurent dans l’ensemble plus abordables que celles des époques suivantes. La peinture ancienne, spécialité où les cas d’attribution en suspens sont nombreux, attire certains acheteurs pour ses possibilités de valorisation par la recherche.

Le premier bilan des prestigieuses vacations de peintures et de dessins anciens et du XIXe siècle orchestrées par Sotheby’s et Christie’s cette semaine à New York, bien entamées et notamment avec le passage de lots majeurs, est néanmoins contrasté.

Des œuvres exceptionnelles n’ont pas trouvé preneur, faute d’enchères suffisantes. Pour les plus chères, il s’agit d’un portrait de jeune homme par Agnolo Bronzino, estimé 12/18 millions USD (Christie’s), et d’une œuvre de Francisco José de Goya, un portrait de son petit-fils attendu autour de 6/8 millions (Sotheby’s).

Chez Sotheby’s, les œuvres les plus chères figuraient dans la première partie d’une opération en trois sessions. Quelque 47 % des lots n’ont pas trouvé preneur. Ce taux d’invendus conséquent, susceptible d’être dilué dans les résultats des deux autres sessions – 90 lots ; uniquement des sculptures et des objets d’art anciens – concerne plutôt des lots estimés autour de quelques dizaines de milliers de dollars, majoritaires dans le catalogue.

Pour les déconvenues majeures chez Sotheby’s, et après le tableau de Goya estimé 6/8 millions USD, on trouve une grande scène de la mythologie gréco-romaine par Pietro Testa (1612 -1650) à 3/5 millions, un grand paysage par Giovanni Paolo Panini (1691-1765) à 2/3 millions, un Bacchus et Ariadne  et Vénus et Adonis, deux huiles sur toile formant pendant, par Jacopo Amigoni (1682-1752) à 2/3 millions,  une nature morte de l’école romaine, datée du début du XVIIème siècle, à 2/3 millions, une Arachné de Bernardo Strozzi (1581-1644) à 1/1,5 million, un portrait d’ecclésiastique par Giovanni Francesco Barbieri dit le Guercino (1591-1666) à 1/1,5 million.

Le lot le plus important du catalogue, un Suzanne et les vieillards, peint à l’huile sur toile par Pompeo Batoni en 1751, a été payé 11,39 millions USD (estimé 6/9 millions). 4,5 millions ont été déboursés pour Heidelberg sous un arc-en-ciel, une aquarelle sur crayon de Joseph Mallord William Turner (estimée 4/6 millions). La Déesse Aurore triomphant sur la nuit, une grande composition de Jean-Honoré Fragonard, a été échangée contre 3,8 millions (estimée 1,8/2,5 millions). Une scène portuaire méditerranéenne du XVIIIIe siècle par Claude-Joseph Vernet a été payée 2,5 millions (estimée 2/3 millions).

Si quelques œuvres ont été payées sous l’estimation, une trentaine d’autres ont été adjugées au-dessus des attentes – et dans des proportions souvent sensibles.

Un portrait de jeune fille, attribué à un suiveur de Peter Paul Rubens – vendu par le Metropolitan Museum of Art au profit de son fonds d’acquisitions -, peint sur panneau (35,6 x 26 cm), a été payé 626.500 USD, pour une estimation de 20.000/30.000 USD. Le modèle pourrait être Clara Serena Rubens, la petite fille du peintre flamand.

On remarque un intérêt pour des petits formats à sujet religieux de la Renaissance. Un Christ bénissant du XVème siècle de Hans Memling, peint à l’huile sur un petit panneau de chêne (34,4 x 31,7 cm), resté par descendance dans la famille du vendeur depuis 1874, a été facturé quelque 4 millions USD (estimée 1/1,5 million), une scène avec Sainte Ursule, peinte au XVème siècle par « le maître de la légende de Sainte Barbara », sur un panneau de 38 x 27 cm, est partie à 3 millions (estimée 1,5/2,5 millions), une Vierge priant, autre huile de petit format, peinte par Quentin Metsys (1466-1530), a été échangée contre 1 million (estimée 300.000/400.000 USD).

Les estimations d’œuvres des XVIIIe et XIXe siècles ont également été pulvérisées, comme une petite nature morte de fleurs peinte par Gérard van Spaendonck (1756-1822), propriété d’un descendant de la duchesse de Berry, facturée 1,65 million USD, pour une estimation de 400.000/600.000 USD, et un autoportrait au pastel sur papier par Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), facturé 350.500 USD, pour une estimation de 60.000/80.000 USD.

Lors d’une vente sur le thème de la Renaissance, proposée par Christie’s le 30 janvier, un Portrait d’un jeune homme avec un livre d’Agnolo Bronzino, estimé 12/18 millions USD, n’a pas trouvé preneur. Même déconvenue pour une Vierge à l’Enfant tenant une grenade de Sandro Botticellidont 3/5 millions étaient attendus.

Une Vierge à l’Enfant par Baccio della Porta dit Fra Bartolommeo (1472-1517), peinte à l’huile sur panneau rond, a été payée quelque 13 millions (estimée 10/15 millions).De Sandro Botticelli, une Vierge et l’Enfant avec le jeune Saint Jean-Baptiste, surnommée la « Madone des Rockefeller » pour avoir séjourné dans cette famille entre 1931 et 1981, a été facturée 10,4 millions USD. Cette œuvre, peinte à l’huile, à la tempera et à l’or sur panneau (46,3 x 36,8 cm), était estimée 5/7 millions.

Peint par Scipione Pulzone, dit Le Gaetano (1544-1598), un Portrait de Jacopo Boncompagni, posant de trois-quarts en armure, une huile sur toile mesurant 121,9 x 99 cm, a pulvérisé son estimation de 1/1,5 million USD, pour une facture de quelque 7,6 millions.

Au cours de ventes de dessins anciens – affichant des taux d’invendus autour de 30 % -, des prix particulièrement élevés ont été enregistrés chez les deux opérateurs, avec plusieurs records mondiaux pour des œuvres vendues aux enchères.

Chez Sotheby’s, le 30 janvier, un dessin de William Blake, représentant des fantômes s’agitant avant le Jugement dernier, a été facturé 722.500 USD (estimée 400.000/600.000 USD), un prix loin de constituer un record pour une œuvre de cet artiste d’une modernité déconcertante. Une allégorie d’une Élévation d’un cardinal, encre, lavis et mine de plomb et sanguine sur 6 feuilles de papier jointes, de Benedetto Luti, a été payée 302.500 USD (estimée 100.000/150.000 USD).

Les prix les plus élevés pour les œuvres sur papier ont été enregistrés chez Christie’s.

Estimé 500.000/700.000 USD, un paysage de Claude Gellée, dit Claude Lorrain, réalisé à l’encre, au crayon et au lavis sur papier, a été facturé 6,13 millions. Il s’agit d’un record mondial pour une œuvre de l’artiste vendue aux enchères.  

Des prix record ont été enregistrés pour des œuvres sur papier de Thomas Gainsborough et Jean-Auguste-Dominique Ingres vendues aux enchères : 2,4 millions USD pour un Portrait de Caroline, quatrième duchesse de Marlborough, réalisé au pastel par Gainsborough, et 1,9 million pour un portrait de la Comtesse Charles d’Agoult par Ingres. Ces œuvres étaient respectivement estimées 400.000/600.000 USD et 1,5/2,5 millions.

Ces résultats confirment la montée en puissance des œuvres sur papier d’excellence sur le marché de l’art, toutes époques confondues. Dans cette spécialité, les adjudications d’un niveau comparable à celles d’huiles sur toile de premier plan sont plus nombreuses.

Dans la même vacation, une étude double face réalisée par Jean-Louis-André-Théodore Géricault pour Le Radeau de La Méduse, estimée 300.000/400.000 USD, a été payée 662.500 USD.

Les résultats des deux sessions de la vente de peinture ancienne de Christie’s du 31 janvier affichent des taux d’invendus de 27% et 38 %.

Une Brodeuse de Jean-Baptiste-Siméon Chardin, a été payée 4 millions USD (estimée 3/5 millions) ; 3,4 millions ont été engagés sur une Annonciation d’Annibale Carracci (estimée 1,5/2,5 millions). Il s’agit de records mondiaux pour des œuvres de ces artistes vendues aux enchères.

Le 29 janvier, une vente de Christie’s concernant la dispersion de 62 gravures d’Albrecht Dürer a enregistré des prix figurant désormais parmi les plus élevés pour des gravures de l’artiste vendues aux enchères, et avec un record mondial avec les 866.500 USD engagés sur un Rhinocéros, une gravure sur bois avec texte typographique, datée de 1515. L’œuvre était estimée 100.000/150.000 USD. Une gravure montrant saint Eustache, datée de 1501, a été facturée 722.500 USD, pour une estimation confidentielle – considérée comme la plus élevée du catalogue. Pour le troisième prix le plus élevé, 662.500 USD ont été engagés sur un Adam et Ève, daté de 1504, estimé 300.000/500.000 USD. La recette de quelque 6 millions USD correspond à 80 % de la valeur globale du catalogue. Quinze lots n’ont pas trouvé preneur dont, pour les deux plus importants, un Chevalier, mort et diable, daté de 1513 (estimé 500.000/700.000 USD), et un Némésis, daté vers 1501 (estimé 200.000/300.000 USD).

Le même jour, chez Sotheby’s, au cours d’une vacation dont les œuvres provenaient de la succession du collectionneur et marchand d’art Giancarlo Baroni, un portrait d’une demoiselle d’honneur réalisé au pastel sur toile par Eva Gonzalès, en 1879, a été facturé 2,5 millions USD, pour une estimation de 400.000/600.000 USD. Il s’agit du prix le plus élevé jamais payé pour une œuvre de cette artiste vendue aux enchères.

Une Vierge présentant l’Enfant sur un parapet par l’atelier d’Andrea del Verrocchio (XVe siècle), peinte à la tempera sur panneau, estimée 80.000/120.000 USD, a été payée 842.500 USD, et une Femme au chapeau jaune avec son chien (la marquise Casati) de Giovanni Boldini, une huile sur toile peinte en 1931, estimée 200.000/300.000 USD, a été payée 866.500 USD.

Vendue sous l’estimation,une Mise au Tombeau du Christ par le Greco, réalisée à la tempera et à l’huile sur panneau de bois (36,5 x 28 cm), a été payée 900.000 USD, pour une estimation de 1/1,5 million.

Pierrick Moritz

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Catégories :Marché de l'art, New York City, Peinture ancienne

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