Le logement bon marché fait les capitales artistiques

« Comment tenir en tant qu’artiste dans une ville comme New-York, où il faut tellement d’argent pour vivre ? » s’interroge une jeune créatrice d’aujourd’hui dans le sulfureux film Shortbus de John Cameron Mitchell (sorti en 2005).

Avec la flambée des prix de l’immobilier, New York, Paris et Londres ne se prêtent plus vraiment à la vie de bohème – qui n’est pas forcément un choix pour un artiste travailleur complètement désargenté.

Berlin – où la gentrification gagne quand même du terrain – reste probablement la dernière grande capitale occidentale pour l’expérimentation artistique sans grands moyens.

Paris, Londres et New York sont devenues des vitrines pour l’art et des artistes déjà au moins un peu installés, et de belles endormies face au bouillonnement créatif de Berlin.

Pendant une grande partie du XXe siècle, la possibilité pour l’artiste de pouvoir se loger à moindre coût dans les quartiers populaires de certaines capitales a été l’une des conditions les plus favorables à l’épanouissement sur place de mouvements majeurs de l’histoire de l’art.

À Paris, on pense notamment au Montparnasse des années 1910, à Saint-Germain-des-Prés et au Vème arrondissement de l’après-guerre, et même au Marais jusqu’aux années 1980, époque où trouver un travail d’appoint correctement payé était facile.

Henri Matisse a dit que la difficulté pour un jeune artiste désargenté vivant à Paris au début du XXe siècle n’était pas de se loger, mais de trouver « la pièce » pour manger.

Même constat dans la correspondance de James Joyce à sa mère lors de son premier séjour à Paris. L’écrivain ne se plaint pas de l’absence d’un toit sur la tête, mais dit ne pas avoir mangé pendant plusieurs jours.

Certes, ces logements très bon marché étaient vétustes, sans salle de bains et avec les toilettes sur le palier ou dans la cour de l’immeuble, mais l’artiste débutant avait un lieu pour vivre et travailler.

Des ateliers construits avec le matériel des expositions universelles autour de 1900 à la chambre de bonne sous les toits des années 1980, l’espace de ces logements où l’artiste désargenté s’installait souvent tout juste arrivé dans la capitale n’a cessé de se réduire avec le temps.

Et le passage à la postérité d’artistes restés plus ou moins longtemps fauchés a contribué à la valorisation de l’immobilier des quartiers populaires où ils ont vécu.

PM

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Catégories :Berlin, Histoire sociale

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