Livre – Art contemporain : « Collectionneurs » d’Anne Martin-Fugier. Le budget pour un achat est souvent de quelques milliers d’euros

« Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d’une œuvre d’art qu’elle veuille dire quelque chose alors qu’ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien. »

David Lynch cité par Gilles Fuchs dans Collectionneurs d’Anne Martin-Fugier

Loin des investisseurs millionnaires recherchant exclusivement des œuvres d’art identifiables et échangeables partout dans le monde en moins de deux minutes, et hormis leur notoriété, les 14 amateurs d’art contemporain témoignant dans Collectionneurs d’Anne Martin-Fugier (Actes Sud, 2012) partagent les traits de la majorité des collectionneurs d’art, et notamment en matière de budget. On parle souvent de quelques milliers d’euros pour un achat, monter à 20.000 euros est un gros effort, 100.000 euros est une folie. Et pour les montants les plus élevés, on paie souvent en plusieurs fois.

En tenant compte des dépenses, on cherche le coup de foudre dans les galeries et les salons, sans soucis de garantie sur l’avenir de l’artiste et de son œuvre. Le choix d’un artiste qui serait vite oublié ne sera jamais une perte. Peu regrettent ce genre de situations. On continue à aimer une œuvre dont on maintenant sûr qu’elle ne prendra jamais de valeur. Mais, surtout, le mauvais choix n’existe jamais. C’est toujours un levier, un aiguillage. Une chance, finalement. C’était un passage obligé sur le chemin, en tout cas ; l’indispensable jalon.

On achète quasi exclusivement dans les galeries, dans les salons, ou directement auprès des artistes. On fait appel aux intermédiaires de vente aux enchères pour les quelques acquisitions qui ont pris de la valeur. Il s’agit de générer du cash, car il faut bien se renflouer de temps à autre.

Connaître les galeristes et les artistes est indispensable. On fuit comme la peste ceux qui ignorent, voire méprisent, le client après la vente.

Le but plus ou moins ou conscient est d’aboutir à une création originale, qu’on appellera une collection. Comme toute œuvre d’art, le final sera un autoportrait ; et ici plus spécifiquement une réunion de fragments de soi à des moments donnés.

On peut se soucier de l’avenir de sa collection après sa mort, ou pas du tout. L’essentiel est de vivre le plaisir.

Collectionneurs d’Anne Martin-Fugier, entretiens avec Françoise et Jean-Philippe Billarant, Anne-Marie Charbonneaux, Jean Chatelus, Stéphane Corréard, Antoine de Galbert, Gilles Fuchs, Daniel et Florence Guerlain, Gérard Malavais et François Michel, Micheline Renard, Didier et Marie-Noële Sicard. Actes Sud, 2012, 299 pages, non illustré, 21,7 x 11,5 cm. €23,99.

PM

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Catégories :Analyses (marché de l'art), Art contemporain, Livres

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1 réponse

  1. Discours vertueux par lequel, le (la) passionné(e) est un(e) altruiste du coup de foudre, de la symbiose empathique avec un artiste ou une œuvre ………..Jolie mythologie et vernis de bonne conscience culturelle. Pour fréquenter régulièrement galerie et salon, la face cachée de l’acheteur et celle de Janus : un petit investisseur qui ne croit plus dans les vertus de l’assurance vie pour faire fructifier ses économies. Galeristes et artistes le connaissent bien, qui lui répètent à voix basse « vous savez, c’est complétement défiscalisé » …….

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