Mylène Farmer, la première au Stade de France

036Concert du 11 septembre au Stade de France

Le spectacle ouvre avec une Mylène Farmer et ses danseurs dans des costumes d’écorché (nerfs et muscles à vif), symbole d’un état dont on ne sait s’il tend vers la vie ou la mort, vers la résurrection où l’extinction.  L’univers de la chanteuse, nourri de symboles et probablement de références de hautes volées, se situe dans un monde intermédiaire. Un lieu où la transgression occupe une place, mais sans violence, sous forme de proposition. Les choristes sont habillés de costumes de nonne,  les musiciens de prêtre et, dans les deux cas, les vêtements sont comme déchirés. On se joue ici du carcan, c’est sexy mais sans vulgarité. Pendant tout le spectacle, Mylène Farmer porte une envoûtante tête de mort astucieusement modelée dans ses cheveux, derrière son crâne. Tout, dans ce show impressionnant, est remarquablement équilibré et les coutures de l’exigence sont invisibles.

Mylène Farmer peut se jouer fragile ou impériale, parfaite dans les deux cas. C’est une vraie star, très belle, inaccessible et intemporelle, élégante dans une  robe blanche à traîne dans laquelle une autre serait ridicule. Elle est chanteuse et actrice, connaît les gammes et les registres. Elle pleure sur la scène centrale du Stade de France, au milieu de la foule, autel consacré aux chansons plus intimes de la grande prêteresse. Comme toutes les stars, Mylène Farmer entretient une  relation affective singulière avec son public. Elle excerce l’attraction irrésistible du miroir, on se projette corps et âme, pour se reconnaître à tort ou à raison, en connaissance ou méconnaissance de cause ; ce qui semble me ressembler, c’est probablement moi.     

Ce même public amoureux ne fait plus qu’un, rassemblé en une conscience unique, pour voler au secours de sa bien-aimée quand deux coupures  totales du son interviennent en pleine chanson (au niveau de l’amplitude sonore, il semblerait que les limites de la technique aient été repoussées un peu trop loin). Et là où d’autres auraient été copieusement sifflés, on la tire de l’embarras, on chante à sa place, preuve que le spectacle se joue bien à deux, qu’ils sont ensemble, en communion. L’artiste se laisse aller, accompagner, diriger pour le coup. Preuve qu’elle ne veut pas tout contrôler, de son humanité.  Elle est confuse, désolée. Elle accepte le cadeau.

L’exploit de Mylène Farmer, pour sa première au Stade de France, c’est aussi d’avoir tenu le lien avec son public dans un espace à ciel ouvert démesuré. Un endroit qui n’est pas le mieux pour l’instauration de l’intimité qu’appelle souvent son répertoire. 

Pierrick Moritz



Catégories :Musique

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