Un marché de l’art moins sûr qu’il n’y paraît

Avec quelque 341 millions de dollars générés par ses ventes d’art contemporain, dont 42,62 millions obtenus la veille pour un Ohhh…Alright… de Roy Lichtenstein, Christie’s a clôturé hier la série des grandes vacations new-yorkaises à la suite de Sotheby’s.

Les ventes d’art moderne et contemporain des deux opérateurs sur la place américaine ont généré 1,14 milliard de dollars, un montant astronomique dans un marché de l’art bouleversé par un nouvel ordre économique mondial dont les milliardaires sont capables d’engager des fortunes dans des œuvres parfois inattendues.

Le 4 novembre chez Sotheby’s, toujours à New York et dans le cadre d’une vacation de peinture du XIXe siècle étrangère à celles d’art moderne et contemporain, 36 millions de dollars ont été payés pour un Moïse sauvé des eaux peint par Lawrence Alma-Tadema en 1904, une œuvre dont l’ambition se limite à la  représentation minutieuse et idéalisée de l’épisode biblique. La cote de cet artiste n’avait jamais dépassé 3 millions de dollars (pour ce même tableau en 1995, et qui était estimé 3/5 millions dans cette vente).

Pour l’ensemble de ces ventes d’art moderne et contemporain new-yorkaises, Christie’s prend 611,67 millions de dollars sur le chiffre d’affaires de 1,14 milliard réalisé en comptabilisant celles de son concurrent Sotheby’s, dont 341 millions pour l’art contemporain contre quelque 271 millions produits chez Sotheby’s. Les deux maisons de ventes ont fait à peu près jeu égal pour l’art moderne.

L’avantage de Christie’s, qui a conservé son titre de première maison de ventes aux enchères au monde en 2009, est important car l’écart avec sa principale concurrente est devenu extrêmement ténu.  

Pour les 9 premiers mois de 2010, Sotheby’s a communiqué avoir généré  un bénéfice net de 64,7 millions de dollars contre une perte nette de 80,1 millions sur la période correspondante de 2009. Sur le seul troisième trimestre, l’entreprise a  réduit ses pertes de 67% à 57,8 millions. Elle souligne que les recettes des enchères du troisième trimestre ne représentent que 7 à 10 % de son chiffre d’affaires annuels.

En même temps que se déroulaient ces importantes ventes d’art moderne et contemporain, où certains lots n’auraient pas trouvé preneur si les estimations n’avaient pas été sérieusement revues à la baisse, d’autres vacations de Sotheby’s et Christie’s continuaient à produire des taux d’invendus élévés.

Le 9 novembre, dans une vente de céramique chinoise qui  se tenait à Londres, Christie’s a enregistré 43 % d’invendus. Le même jour,  Sotheby’s en voyait défiler 39 % dans sa vente parisienne de mobilier français.

Pierrick Moritz



Catégories :Marché de l'art, New York City, Paris

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3 réponses

  1. Merci pour votre reponse tres reflechie que je partage en beaucoup de points. Est ce le documentaire de Ben Lewis sur ARTE, tres amusant?

    Je suis moins sure de vous suivre dans le vieux meme du « sauver les emplois » qui legitime toutes attrocites.Savoir ne pas participer est un devoir etique humain que j ai assume moi meme et que je n epargne a personne.Ayant grandie dans une famille faisant partie de la boeheme artistique qui a marque l epoque, j ai un degout profond quand j entend que par exemple certaines oeuvres dadaistes sont dans les mains d un monsieur « tres riche » donc …who cares!.C est seulement un exemple parmis d autres connaissant l envers du miroir a alouettes, ce n est pas naif mais epidermique.

    Pretendre que la creativite humaine mene tout droit a sa « valeur » exploitable. evite de reconnaitre son aspect de communication entre nous tous.

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  2. Comme vous, je ne suis pas naïf.

    Dans certains cas, et plus particulièrement pour une certaine partie de l’art contemporain, bien entendu qu’il peut s’agir de spéculation, que certaines cotes peuvent être entretenues artificiellement (Qui achète ? On ne le sait pas.).

    On peut aussi imaginer que ces ventes très médiatisées peuvent représenter l’opportunité de réaliser la promotion de certains artistes contemporains à moindre coût. Une campagne de presse internationale pour une œuvre rachetée quelques millions de dollars, c’est donné.

    Je pense que le fait qu’un Modigliani puisse valoir aujourd’hui plusieurs dizaines de millions, est tout à fait crédible. Pour certains noms de l’art contemporain anglo-saxon, dont les œuvres vaudraient dix fois plus plus que celles d’artistes comme Alexander Calder, David Smith, Joseph Cornell, ou Pierre Soulages, je suis beaucoup plus sceptique.

    Il est important de parler du marché de l’art parce qu’il s’agit d’une économie dont dépendent les salaires d’au moins plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le monde (avec des retombées indirectes sur d’autres secteurs) et que les chiffres délirants de ces ventes confirment une fois de plus que, oui, effectivement, nous vivons bien dans un monde qui marche sur la tête.

    Sur le sujet, vous pouvez aussi lire ce document là, certes très à charge, mais néanmoins instructif : http://blogs.arte.tv/artcontemporainartsvisuels/frontUser.do?method=getPost&postId=97333&blogName=artcontemporainartsvisuels

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  3. « ont genere »….pourquoi cela me fait penser a touts ces pauvres incultes sur cette planete qui devrons travailler pour encore moins que rien pour financer par leurs efforts collectifs la bulle speculative et le gout incertain de certains.

    L art dans tout cela….le papier d emballage!

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