Une statue maya vendue 3 millions d’euros à Drouot serait fausse

 L’Institut National d’Antropologie et d’Histoire du Mexique (INAH) et le Ministère des Affaires étrangères mexicain ont publié un communiqué conjoint affirmant que la grande sculpture maya vendue lundi dernier à Drouot par l’étude Binoche et Giquello pour la somme record de quelque 3 millions d’euros avec les frais est un faux.

Nouveau scandale pour le marché de l’art : l’INAH, autorité absolue dans le domaine des antiquités préhispaniques mexicaines, a déclaré hier que la statue de divinité maya payée quelque 3 millions d’euros à l’étude Binoche-Giquello est un faux, et parmi d’autres objets du catalogue de sa vente d’art précolombien de lundi dernier à Drouot. Le Mexique compte demander la restitution des pièces authentiques de cette vacation.

67 lots du catalogue seraient des faux

Selon le communiqué, l’étude du catalogue de cette dispersion de la collection d’art préhispanique de l’industriel suisse Henri Law a révélé que 67 objets sur les 215 présentés sont de fabrication récente.

Parmi les enchères les plus élevées de la vacation, une figure olmèque en serpentine a été adjugée 720. 000 euros, une urne-autel de la Culture de Vera Cruz représentant un dieu fantastique 330.000 euros, un joug de jeu de pelote de la même origine 260.000 euros, et un grand masque funéraire Teotihuacan en serpentine 180.000 euros.

 En outre, 95 lots n’ont pas trouvé preneur.

Conditions exceptionnelles

La notice du catalogue présente la statue incriminée comme une sculpture en stuc polychrome sur noyau de pierre d’une grande divinité  maya – dont l’éventuel trône aurait disparu – et pouvant provenir d’une région située entre le Sud du Yucatan et le Nord du Belize et du Guatemala, dans un territoire où les fouilles scientifiques ne font que débuter, et la date de la période classique (550 à 950 après J.-C.). 

Elle précise également que le caractère périssable du stuc laisse supposer que l’œuvre ne nous est parvenue que grâce à des conditions exceptionnelles, qui permirent en outre la conservation de sa polychromie.  

Biennale des Antiquaires et références bibliographiques  

Toujours selon le catalogue, et pour la plus ancienne référence indiquée, cette statue d’une hauteur de 156,5 cm a été présentée par la galerie Mermoz en 1986 dans le cadre de la XIIIe Biennale des Antiquaires à Paris, avant de partir pour une galerie de Los Angeles, puis pour Anvers, et enfin de revenir à Paris. 

L’objet est répertorié dans des ouvrages comme The Maya chez Taschen et a notamment été reproduit en couverture du numéro de la revue LŒil de septembre 1993.

Une sculpture d’un genre inconnu, un vieillissement artificiel  

Dans son argumentaire, l’INAH indique que, selon l’expertise de ses archéologues, la sculpture n’entre pas dans le corpus des caractéristiques formelles et stylistiques de la statuaire des cultures anciennes du Mexique.

L’institut ajoute que, si la figure tente de reconstituer les traits propres à des représentations préhispaniques élaborées dans la zone maya du sud-est du Mexique, sa hauteur, sa posture avec les jambes fléchies et les lanières des chaussures ne sont pas caractéristiques de cette culture particulière.

Toujours selon les archéologues, les signes d’érosion ont été créés artificiellement pour vieillir l’objet.  

Le problème signalé avant la vente et demande de restitution

L’INAH précise également que, averti de la vente de l’étude Binoche et Giquello, il a déposé plainte auprès des autorités compétentes de son pays dès le 21 janvier.

Le ministère mexicain des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de sa représentation diplomatique en France, a signalé la situation aux autorités françaises avant la vacation. L’institut et ce ministère entendent recourir à des moyens diplomatiques, mais aussi légaux, pour récupérer les pièces d’intérêt patrimonial pour leur pays.

L’art préhispanique mexicain interdit de sortie de territoire depuis 1827

Le Mexique interdit la sortie de pièces préhispaniques de son territoire depuis 1827. 

L’année dernière, dans un communiqué de son ambassade en France, son gouvernement avait exprimé sa préoccupation concernant le pillage croissant de ses biens culturels. Il rappelait qu’un pourcentage important des biens archéologiques provenant de l’actuel territoire mexicain sont des faux.

Collection saisie à la demande du Mexique

En 2008, en Bavière, le Mexique avait fait mettre sous scellés 252 objets précolombiens à l’authenticité suspecte sur les 1.029 l’intéressant (dans la mesure où ils proviendraient supposément du territoire mexicain) de la collection Leonardo Patterson.

L’ensemble avait été saisi en Allemagne, après être resté 10 ans sur le sol espagnol, et en vertu d’une loi qui classe patrimoine national toute collection de ce type demeurant pendant ce délai sur son territoire et qui en interdit l’exportation sans licence.

Une demande de restitution, à laquelle s’était jointe le Pérou et le Guatemala, et portant sur les objets authentiques, avait été formulée.

Annulation de la vente

Contredire les expertises de l’INAH pour l’art préhispanique mexicain revient à remettre en question celles du Musée du Caire pour les antiquités égyptiennes.

Son avis sur cette sculpture peut conduire à l’annulation de la vente, si l’acheteur le souhaite. Dans ce cas, il est remboursé et le vendeur récupère son bien. En France, l’authenticité d’un objet vendu par un commissaire-priseur est garantie pendant 10 ans.

Une fausse clef de la Kaaba vendue à Londres en 2008

Un cas d’annulation de vente pour une enchère record a été vu en 2009. Il concernait une clé présentée comme provenant de la Kaaba à la Mecque et datant du XIIe siècle. Payée 9,2 millions de livres chez Sotheby’s en 2008, elle avait finalement été considérée comme un faux par des experts.

Dans The International Herald Tribune, Souren Melikian, chercheur de réputation internationale dans le domaine de  l’Histoire culturelle du monde islamique, avait notamment souligné des incohérences dans la traduction et la formulation de l’inscription en caractères coufiques sur l’objet.

Article en rapport : https://artwithoutskin.com/2010/05/04/le-mexique-preoccupe-par-le-pillage-de-ses-biens-culturels

Pierrick Moritz

Cet article original est la propriété de son auteur. Sa republication et  son exploitation commerciale, directe ou non, sans autorisation de l’auteur sont interdites. De courts extraits peuvent être repris en citant la source. Contact : pierrick.moritz@noos.fr

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Catégories :Arts premiers, Mexique, Paris

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