« Dans la maison » de François Ozon : des pages contrôlées et accidents de la sécurité routinière

Dans la Maison, le dernier film de François Ozon librement adapté d’une pièce de théâtre de Juan Mayorga et actuellement visible dans les salles, raconte la relation trouble entre un élève et son professeur de français, par l’intermédiaire de rédactions et sur fond de voyeurisme et de manipulation.

Désespéré devant l’état de mort clinique, voire de pourrissement avancé, de l’intérêt d’élèves de seconde pour la littérature, un professeur de français retrouve le goût d’enseigner à travers une relation exclusive avec l’un d’entre eux. Ce dernier a répondu avec talent au sujet Racontez votre Week-end, idée déjà possiblement voyeuriste sous couvert de mieux connaître de nouveaux élèves. Doués pour les calculs (en tous genres), le jeune garçon pauvre raconte son amitié avec un camarade socialement mieux loti, durant des cours de mathématique dispensés à domicile. Au prétexte de l’écriture, il va s’incruster dans l’existence de sa famille ; une vie tellement lisse qu’elle aurait besoin de rebondissements aptes à captiver le lecteur de ses comptes rendus.

Quand on a le minimum vital, ou plus, pour assurer sa subsistance, qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien, on s’invente une vie ; on coche des cases dans le grand catalogue des possibilités sociales et des postures,  sur la base de ce que l’on imagine de soi-même ; plus dure peut être la chute à l’âge où se lèvera le voile. Le professeur de français a laissé derrière lui ses rêves d’écrivain et sa compagne, galeriste désespérée, ne parvient pas à mettre la main sur des produits commerciaux. Le tandem trouve un nouveau souffle à travers les textes du jeune auteur. De ce couple jusqu’à la mère de famille de la fiction d’en face, engloutie dans l’ennui jusqu’aux lombaires – et qui se rêve décoratrice d’intérieur en changeant ses rideaux, aucun des adultes de l’histoire ne mène une existence accomplie. Le jeune intrus « téléguidant » pimente leur existence et influence les trajectoires. Depuis leur point de vue, le professeur et la galériste voient la scène et la distribution ; spectateurs, pensent-ils.

Le film d’Ozon permet une réflexion sur la création ; à travers le modèle de grands auteurs, les idées spontanées de l’art contemporain, aussitôt mises en matière et envisagées comme des marchandises, et l’attirance d’une femme sans culture artistique pour des œuvres de Paul Klee, dont elle ressent la spiritualité. Le professeur de français inculque la mécanique de la fiction à l’écrivain en herbe : penser aux lecteurs, rebondissements indispensables, travailler le style, références littéraires. Comment un auteur, empêtré dans de telles considérations techniques et comparaisons, trouverait-il des fulgurances, ferait-il corps avec son œuvre? Ce sont les marques des grands créateurs, avec le travail acharné.

Dans la maison est un film réjouissant, drôle et inquiétant, avec des références à Hitchcock distanciées. Ozon offre un cinéma dont l’identité et l’esthétique sont singulières. Il maîtrise l’art de laisser poindre les non-dits avec différents niveaux de perspective. Habité par son rôle, Fabrice Luchini est bluffant.

Pierrick Moritz

Dans la maison, film de François ozon. Dans les salles depuis le 10 octobre. Avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas,  Emmanuelle Seigner. Et dans un rôle « double » : la fabuleuse Yolande Moreau, coiffée comme jamais.   

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Catégories :Cinéma

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