Art nouveau, dispersion d’une partie de la collection d’un musée japonais à Paris : 1,2 million d’euros pour une rambarde par René Lalique

Orchestrée par Sotheby’s samedi à Paris, la dispersion d’une exceptionnelle sélection d’objets très principalement d’époque Art nouveau du Louis C. Tiffany Garden Museum, qui a fermé ses portes au Japon en 2007 en vue d’une nouvelle installation jamais réalisée *, a généré quelque 6,6 millions d’euros. Le catalogue a globalement été très bien vendu, en premier lieu grâce à des estimations pulvérisées pour des raretés de Lalique, dont une balustrade facturée 1,2 million d’euros. Ces objets ressortent considérablement valorisés par rapport à leur prix d’acquisition.

Si seulement 15 lots sur 134 présentés n’ont pas trouvé preneur, dont 11 assortis d’estimations basses allant jusqu’à 15.000 euros, on constate que, à l’instar des deux lots les plus chers du catalogue restés sur le carreau le mobilier art nouveau le moins « aérien » trouve toujours aussi difficilement preneur, même pour des modèles rares assortis de signatures prestigieuses, Pour une estimation de 500.000/700.000 euros pièce, un piano réalisé par Louis Majorelle en collaboration avec Victor Prouvé a été facturé 300.750 euros et un imposant dressoir par Émile Gallé n’a pas trouvé preneur.

L’enchère la plus importante va à une balustrade représentant une femme ailée, une sculpture en bronze patiné réalisée à la cire perdue par René Lalique en 1900 et présentée à l’Exposition universelle de Paris la même année. L’objet est facturé 1,2 million d’euros pour une estimation de 200.000/300.000 euros. D’une hauteur de 99,5 cm, cette balustrade avait été acquise pour 134.500 dollars en 1998 chez Christie’s à New York. Dans cette vente de 1998, une seconde balustrade apparentée à ce modèle, la femme ailée différente et l’ensemble plus large, également présentée par Lalique à l’Exposition universelle de 1900, avait été payée 101.500 dollars.

Du même Lalique, une montre de poche « Papillon et chauves-souris » en or émaillé et incrusté avec des cabochons de pierre de lune, la bélière figurant un serpent, vers 1899-1900, achetée pour 207.500 dollars en 2002 chez Christie’s, a été échangée contre 696.750 euros.

Toujours pour René Lalique, d’une série de bijoux très bien vendue, une broche « Papillon » amovible, vers 1895, en émail, or, argent, diamants et rubis, le travail de l’émail remarquable, a été payée 300.750 euros pour une estimation de 60.000/80.000 euros. Cette broche, provenant initialement de la collection de la fille de René Lalique, Suzanne, avait été payée 97.250 livres chez Christie’s à Londres en 2000.

Parmi les prix les plus importants, un rare vase « parlant » d’Émile Gallé, gravé d’un vers de Verlaine, en verre multicouche et marqueterie de verre, le col à trois pointes pincées à chaud, signé et daté « Gallé Expos. 1900 », d’une hauteur de 41,2 cm, a été payé 192.500 euros pour une estimation de 80.000/120.000 euros.

Collaboration de Louis Majorelle et Daum Frères, une paire d’appliques à trois bras de lumière en bronze, partant d’une plaque en faïence iridescente à décor de monnaie-du-pape enchâssée dans une bordure de bronze, dont chacun représente la tige d’une fleur cache-ampoule en verre dichroïque multicouche gravé et martelé, a été facturée 198.500 euros pour une estimation de 15.000/20.000 euros.

Du côté du mobilier Art nouveau, un bureau « aux orchidées » par Louis Majorelle, une création de 1903, en acajou et bronze doré, flanqué de deux bras de lumière terminés par des abats-jour en verre par Daum, a été facturé 330.750 euros pour une estimation de 250.000/350.000 euros.

Du même Majorelle, en collaboration avec Victor Prouvé, un piano, en acajou sculpté et mouluré et marqueterie de bois fruitiers dont pour un côté représentant « La Mort du cygne », quintessence lourde de l’art nouveau pour une pièce réalisée en 1903, a été abandonné à 300.750 euros pour une estimation de 500.000/700.000 euros. Un dressoir par Émile Gallé, en orme sculpté et marqueterie de bois fruitiers, présenté au salon du Champs de Mars de Paris en 1893, tout aussi trop emblématique de l’art nouveau que le précédent piano en plus de s’étaler sur des dimensions conséquentes, assorti de la même estimation, n’a pas trouvé preneur. Du même Gallé, une étroite armoire « Africa »  en bois des îles ajouré et sculpté (90.000/120.000 euros) et  un ensemble de 10 chaises de salle à manger en orme (80.000/120.000 euros), les dossiers marquetés, n’ont pas été vendues.

Cette collection intégrait également quelques pièces d’époque art déco, dont un écran de cheminée en fer forgé par Edgar Brandt intitulé « La Forêt », une réalisation de 1920 facturée 60.750 euros pour une estimation de 30.000/50.000 euros.

Pierrick Moritz

* La collection du Louis C. Tiffany Garden Museum est arrivée sur le marché de l’art occidental par craintes des tremblements de terre au Japon

La collection du Louis C. Tiffany Garden Museum, constituée à partir de 1992 et enrichie pendant presque 20 ans par l’homme d’affaires japonais Takeo Horiuchi, conseillé par l’expert Alastair Duncan,  s’intéressait à des créations importante de l’Art nouveau, avec un intérêt tout particulier pour la production du verrier Louis Comfort Tiffany.

Le musée consacré à cette collection a été inauguré en 1994 à Nagoya, ville natale d’Horiuchi, avant d’être déplacé dans la ville touristique de Matsue en 2001, en raison des risques de tremblements de terre dans la région de Nagoya. En 2007, le nouveau musée, moins fréquenté que prévu, ferme ses portes, en vue de présenter la collection dans un nouveau lieu, au pied du Mont Fuji.

Suite au tremblement de terre et au tsunami qui ont dévasté le Japon en mai 2011,  et aux prévisions peu engageantes des sismologues,  le projet en cours est abandonné et la mise en vente de la collection est décidée.

Sotheby’s présentait à Paris 134 pièces de la collection plus aptes à se vendre sur cette grande place européenne du marché de l’art, même si le marché pour les créations les plus en vue de ce catalogue parisien reste mondial. Les verreries Tiffany du musée japonais, intéressant plus spécifiquement le marché américain, ont été dispersées par la maison de vente californienne Michaan’s Auctions en novembre dernier. Selon ce même opérateur, qui a formé un partenariat pour assurer le financement de l’acquisition de la collection, sa vente et celle de Sotheby’s sont le résultat direct de 35 années de collaboration et d’amitié avec l’expert Alastair Duncan.

PM

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Catégories :Art nouveau, Marché de l'art, Paris

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