Des Aborigènes s’invitent dans une vente aux enchères pour protester contre des photos jugées dégradantes

Imprégnées de racisme, de dérision, de condescendance, de mépris et de recherche du spectaculaire – mais aussi de visions paradisiaques et idéalisées -, les nombreuses archives anciennes témoignant du regard occidental sur les cultures étrangères sont aujourd’hui de précieux témoignages sur les peurs, les préjugés, le sentiment de supériorité et les fantasmes de ceux qui les ont produites.

Les populations dont les ancêtres ont ainsi été dépeints sont naturellement choquées quand ce type de documents fait aujourd’hui l’objet d’une apparition publique.

À ce titre, un article publié sur le site d’ABC relate l’intervention de deux membres du Tasmanian Aboriginal Centre, situé à Hobart, dans une vente aux enchères organisée par Sotheby’s le 29 juillet à Melbourne.

Leur but était de poursuivre une protestation contre la mise en vente de trois photographies de studio datées du XIXe siècle représentant des Aborigènes de Tasmanie, des clichés jugés dégradants, et plus particulièrement au sujet du titre de l’un d’entre eux, daté de 1864. : The Last of the Tasmanian Natives (Les derniers autochtones tasmaniens).

En plus d’un titre – donné dès l’origine par l’auteur, Henry Frith – qui induit que les Aborigènes d’origine tasmanienne n’auraient pas survécu à la colonisation – ce qui est faux -, les quatre modèles sont affublés de costumes victoriens, un travestissement occidental assez classique pour l’époque et ce genre de photographies, mais qui vient ici lourdement appuyer sur l’aspect culturel d’une soi-disant disparition des Aborigènes de Tasmanie.

aborigèneAustraliePour ceux qui douteraient de l’influence jusqu’à aujourd’hui d’un tel titre pour une photographie mondialement connue, il suffit de se rendre sur la page Wikipédia concernant les Aborigènes de Tasmanie. On y retrouve le fameux cliché, légendé d’un texte consternant (voir reproduction, à gauche).

Après l’autorisation d’une prise de parole, les deux protestataires ont été invités à quitter la salle, la vente a repris son cours et la photographie incriminée a été adjugée 3.000 dollars australiens (estimée 1.200/1.800 dollars).

Ce regard occidental, et notamment du XIXe siècle, sur les cultures étrangères continue aujourd’hui encore à en livrer une vision faussée.

Les auteurs d’anciens inventaires de peintures rupestres de certaines régions d’Afrique ont par exemple volontairement omis – par soucis des convenances et censure religieuse – de citer des représentations à caractère sexuel. Ces informations, et malgré le travail acharné de certains, sont encore loin d’avoir été complètement remises à jour. PM

Lire l’article d’ABC sur le sujet : http://www.abc.net.au/news/2014-07-30/aboriginal-protesters-evicted-by-sutheby27s/5636678

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Catégories :Art d'Océanie, Australie, Marché de l'art, Photographie

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