Les valeurs de la mode vintage aux enchères

Le développement sur l’Internet des sites de vente ouverts aux particuliers et consacrés aux vêtements et accessoires de mode de luxe d’occasion est venu directement concurrencer les ventes aux enchères dans la spécialité. La principale conséquence de cette offre pléthorique et non régulée est l’effondrement des prix pour les vêtements les plus largement diffusés, relevant principalement du prêt-à-porter. Ces prix peuvent descendre jusqu’à 10 % du prix payé lors de l’achat en neuf pour des pièces en très bon état et dont la valeur initiale pouvait atteindre plusieurs milliers d’euros.

Le fléau du marché du prêt-à-porter de luxe d’occasion est la contrefaçon, qui a littéralement explosé à l’échelle planétaire dès le début des années 1980. Et les acheteurs sont généralement moins méfiants quand il s’agit d’acheter une pièce de marque d’occasion.

Réalisée avec des matériaux de moindre qualité et dans l’empressement, la contrefaçon a généralement très mal résisté aux effets de l’usage et du temps – on peut soupçonner de très médiocres et vertigineuses chaussures de contrefaçon de grandes marques occidentales vues en Asie d’avoir une durée d’utilisation inférieure à deux heures, avec le risque potentiel d’écourter l’existence même de celles qui les portent, selon la mécanique implacable qui veut qu’un corps perché à 20 centimètres au niveau du talon tombe à la renverse quand la base haut perchée se brise subitement. Les inventions de modèles n’ayant jamais figuré dans les catalogues des marques visées sont aussi rapidement décelées.

Il existe des copies anciennes de vêtements haute couture, comme de robes Christian Dior dès la fin des années 1940 (réalisations soignées par la meilleure couturière de la famille ou du quartier).

La difficulté pour identifier une copie de vêtement d’un grand créateur est renforcée quand une authentique étiquette d’époque (possiblement récupérée sur une authentique création abîmée) a été ajoutée. Seules les grandes maisons de couture sont capables d’identifier leurs créations des époques passées, et notamment grâce à leurs archives (dessins, bons de commande, mensurations des clientes,…)

Les prix les plus élevés, pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros, voire beaucoup plus, concernent des vêtements relevant le plus souvent de la haute couture et pour des noms comme Worth, Paul Poiret, Madeleine Vionnet, Jeanne Lanvin, Madame Grès, Chanel, Elsa Schiaparelli, Nina Ricci, Balenciaga, Christian Dior, Givenchy, Yves Saint Laurent ou Paco Rabanne.

Du côté des accessoires de mode de luxe d’occasion, Hermès pour ses fameux sacs et Saint-Laurent et Chanel pour les bijoux fantaisie assurent une grande partie des prix les plus élevés.

Les prix les plus élevés enregistrés sur le marché pour des vêtements et accessoires de mode concernent des pièces portées par des actrices et qui ont été vendues aux enchères, ainsi que des créations de la légendaire Elsa Schiaparelli.

Le nom de Marilyn Monroe arrive en tête, avec les 5,6 millions de dollars payés en 2011 pour acquérir la robe blanche de Sept ans de réflexion (celle que la star laisse s’envoler au-dessus d’une bouche d’aération du métro new-yorkais). Cinq ans plus tard, la robe portée par Marilyn pour la cérémonie d’anniversaire du président Kennedy en 1962 était échangée contre 4,8 millions de dollars.

En 2011, chez Christie’s New York, l’estimation d’une garde-robe d’Elizabeth Taylor avait été pulvérisée en atteignant 2,6 millions de dollars pour 65 vêtements et accessoires présentés et vendus. Estimé 4.000-6.000 dollars, un ensemble haute couture griffé Christian Dior (robe de soirée et sac assorti), printemps-été 1968, avait été échangé contre 362.500 dollars. 128.500 dollars avaient été engagés sur une veste Versace datée de 1992, une pièce brodée de portraits de l’actrice dans ses rôles les plus célèbres (estimation : 15.000-20.000 dollars). En 2013, la robe portée par Elizabeth Taylor à l’occasion de son premier mariage (1950) avait été payée quelque 122.000 livres chez Christie’s Londres.

En 2017, chez Christie’s Londres, un trench coat Burberry (daté du début des années 1980) ayant appartenu à Audrey Hepburn, était payé 68.750 livres. Dans la même vente aux enchères, consacrée à la dispersion d’effets personnels de l’actrice, une robe de cocktail en satin noir griffée Givenchy Couture, datée de 1968, avait été payée 60.000 livres.

En juillet 2009, à Drouot, au cours d’une vente haute couture orchestrée par l’étude Millon Cornette de Saint Cyr, une veste courte en lin gris par Elsa Schiaparelli, dessinée par Jean Cocteau, avec des broderies réalisées par la maison Lesage, collection haute couture automne 1937 estimée 12.000 euros-15.000 €, avait été adjugée 174.995 euros frais compris.

Pierrick Moritz

Ouvrage recommandé sur le sujet des contrefaçons et des copies de produits de luxe

Faux ou vrais, les grandes marques et leurs copies par Didier Brodbeck et Jean-François Mongibeaux. Une véritable enquête extrêmement bien documentée, tant pour le texte que pour l’image. Vous y apprendrez, entre autres, que le célèbre Kelly d’Hermès a fait l’objet de copies professionnelles, tout comme certains modèles de Ferrari et de Rolls-Royce. Editions Hors collection, 1993, 93 pages illustrées. Format : 29,5 cm x 21 cm environ.  

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Actualisation (article du 29 mai 2019)

Forte progression du secteur « Mode et Vintage » en 2018 sur Interenchères

Dans le cadre de son assemblée générale annuelle, Interenchères, premier site consacré aux ventes aux enchères sur le territoire français (meubles et objets d’art, véhicules et matériel professionnel), réunissait une centaine de commissaires-priseurs venus de toute la France le 28 mai à Paris. Les grandes tendances concernant son activité à la croissance exponentielle ont été révélées au cours d’une conférence de presse.

La plus forte progression (+ 45% par rapport à 2017) concerne le secteur « Mode et Vintage » (maroquinerie, haute couture, vêtements et accessoires de grandes marques) avec une recette globale de 976.000 euros. Principaux attraits pour les acheteurs : des pièces à prix avantageux, garanties authentiques (la contrefaçon étant le fléau du secteur) et conservant une valeur certaine à la revente. C’est avant tout un signe de rajeunissement du public, en prise directe avec les nouvelles habitudes de consommation. Actuellement, 32 % des nouveaux enchérisseurs ont moins de 40 ans (15 % sont étudiants). 70 % d’entre eux achètent exclusivement en live. Dans le même temps, les commissaires-priseurs remarquent une moindre présence physique des acheteurs en salle.

Le panier moyen pour la spécialité est de 170 euros, contre 314 euros pour les bijoux, spécialité où l’on dépense le plus (8,8 millions d’adjudications en 2018). Mais des prix élevés sont enregistrés, comme ces 8.060 euros engagés sur une robe de cocktail Christian Dior, prêt-à-porter 1953 (les robes anciennes Christian Dior sont très recherchées). Les malles anciennes Louis Vuitton sont toujours aussi convoitées (des prix autour de 15.000 euros), tout comme le modèle de sac à main Kelly de chez Hermès (de 600 euros jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros). Rolex et « diamant » figurent en tête du classement des recherches sur Interenchères.

PM



Catégories :Mode, Textiles

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