Richard Avedon au Jeu de Paume

Objectif Avedon

Cette rétrospective offre un panorama sur les 58 ans de travail photographique du charismatique Richard Avedon. Les 250 tirages exposés sont représentatifs de l’ensemble de son Œuvre, de ses débuts comme photographe de mode à ses portraits d’inconnus ou de célébrités. La somme révèle un Avedon plus en quête de lui-même que des autres.  

Richard Avedon a introduit le mouvement dans la photo de mode, une démarche loin d’être évidente d’un point de vue commercial, tant les gestes et les postures déforment les vêtements. La proposition d’Avedon n’est pas de vendre le produit lui-même, mais une image, un rêve, une attitude. 

Ces photographies-là n’ont pas vieilli, ce qui n’est pas le cas des films publicitaires d’Avedon.

À défaut de lui trouver un génie universel, on peut voir Richard Avedon pratiquant son art comme une thérapie dont le but est de se définir lui-même, plutôt que de s’intéresser aux autres. Rien de très nouveau dans cette possibilité d’un individu centré sur lui-même. 

Son travail photographique rend par moment l’impression d’être un moyen de règler des comptes avec ces illustres modèles, ou de les conduire là où il a décidé qu’ils devaient être.

Sur l’un des tirages présentés, l’expression de méchanceté des Windsor a été provoquée artificiellement par le photographe qui, à tord ou à raison, ne semblait pas beaucoup les apprécier*. Les Windsor adoraient les chiens, Avedon leur annonce la mort d’un chien et “shoote”, d’où les visages en fait plus horrifiés qu’horribles des modèles.

Pour la célèbre photo de Marilyn Monroe au regard vide, l’actrice a dansé et joué la comédie durant des heures avant que cette image ne soit fixée*. Le cliché vient conforter la légende de la star déprimée, alors qu’elle peut très bien correspondre à l’état d’épuisement d’une femme qui vient de se donner complètement. 

On perçoit également qu’Avedon ne révèle rien de particulier de personnalités qui semblent le surpasser devant l’objectif. La plus impressionnante de toutes étant celle du carrément solaire Willem de Kooning, et idem pour Samuel Beckett, Francis Bacon, Anna Magnani, ou une Coco Chanel finalement très au-dessus du genre qu’elle a inventé.

Comme pour Annie Leibovitz et ses photographies de Susan Sontag, on éprouve une impression de malaise devant les photographies qu’Avedon a réalisé de son père malade, en train de disparaître du monde, puis mort. Ce ne sont pas tant les images de  fin de vie et de  mort qui dérangent, mais le fait de se voir infliger un genre de thérapie personnelle qui n’a rien à voir avec la création.  

La réalisation, entre 1979 et 1984, de portraits de sans-abris, ouvriers et employés de l’Ouest américain, est souvent citée comme l’une des entreprises les plus originales du photographe. Ces inconnus figurent en noir et blanc sur des tirages de grand format et sur fond blanc. Comme les célébrités qu’il a l’habitude de photographier. 

Pierrick Moritz

*Voir la projection du film sur Richard Avedon proposée dans les murs de l’exposition.

Exposition Richard Avedon, photographies 1946-2004, jusqu’au 27 septembre 2007 au Jeu de Paume. 1, Place de la Concorde. 75008 Paris. Métro : Concorde. Fermé le lundi sauf le 22 septembre.



Catégories :Expositions, Paris, Photographie

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