En voulant des têtes, la Chine risque de les perdre de vue

Les mesures de rétorsions annoncées par la Chine envers Christie’s, à la suite de l’adjudication à Paris de deux bronzes animaliers du XVIIIe siècle provenant de la fontaine zodiacale du Palais d’été de Beijing, risquent d’opacifier le marché des transactions d’objets d’art chinois impériaux sortis de son territoire. L’offre des ventes aux enchères publiques, notamment sur la place de Hong Kong, a désormais de fortes chances de se déplacer vers des transactions privées loin de la Chine et dont personne ne saura rien.

Selon le site d’information Xinhua, en représailles à la vente par Christie’s mercredi soir à Paris, lors de la dispersion Saint Laurent-Bergé, des deux têtes animalières qui ornaient  la fontaine zodiacale du Palais d’été de  Beijing – emportées par les forces anglo-françaises en 1860, peu avant la fin de la deuxième guerre de l’opium – et dont la Chine réclamait la restitution, l’Administration d’Etat du patrimoire culturel du pays a émis hier une circulaire visant à limiter et à contrôler l’activité de la maison de vente sur son territoire en insistant particulièrement sur le contrôle des entrées et sorties des antiquités chinoises, les instructions concernent également les agents et les salariés de Christie’s dont les bureaux se trouvent à Shangaï et Pékin.

La décision de la Chine, bien décidée à récupérer par voie judiciaire ou pressions sur les maisons de vente les  trésors patrimoniaux qu’elle rachetait jusqu’à présent, risque de bouleverser les données d’une offre notamment basée à Hong Kong pour des objets sortis le plus souvent du pays il y a plus de cent ans par des Européens. La visiblité sur la circulation de ces œuvres d’art impériales qui ont quitté la Chine dans des époques troubles (ou pas) risque desormais de s’opacifier, déplaçant la marchandise des ventes publiques vers des transactions privées et confidentielles, empêchant également la diffusion d’informations sur les nouvelles découvertes (1). 

Jusqu’à présent, les ventes publiques de tels objets s’étaient déroulées parfois très près de la vue des autorités chinoises. En octobre 2007, à Hong Kong (région administrative spéciale de la Chine bénéficiant notamment d’une relative autonomie), Sotheby’s organisait sans que personne n’y trouve rien à redire une vente à l’intitulé pourtant explicite : Yuan Ming Yuan The Garden of Absolute Clarity and Imperial Peking, The Last Days. La vacation devait rapporter la coquette somme de 29 millions d’euros.

Un sceau impérial en jade blanc, datant de 1796 s’était notamment vendu pour l’équivalent de 4,24 millions d’euros et un album d’impressions de sceaux de l’empereur Qianlong (r. 1735-1796) avec peintures, calligraphies et des inscriptions impériales avaient été payé  l’équivalent de 3,57 millions d’euros. Ces deux œuvres d’art provenaient initialement de collections françaises : le sceau impérial faisait partie de la collection du  Général de Gercey (envoyé à Beijing en 1900 où la France faisait partie de l’Alliance des Huits Nations chargées d’abattre la Révolte des Boxers) et l’album de celle du Président Paul Doumer (gouverneur de l’Indochine de 1897 à 1902).

Pierrick Moritz

(1) En avril 2008,  un particulier vient soumettre une petite sculpture dans son coffret d’origine dont il ne sait rien au commissaire-priseur de l’hôtel des ventes Saint-Georges de Toulouse. L’examen va révéler que l’objet, demeuré pendant des décennies dans sa famille, est un cachet impérial chinois portant le sceau de l’empereur Kangxi (1662-1772). Le mois suivant, un enchérisseur chinois déboursera 5,47 millions d’euros pour l’acquérir.

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Catégories :Art asiatique, Art chinois, Chine, Marché de l'art, Sculptures

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