Le commerce de l’art mexicain préhispanique à l’honneur en vente publique et en horreurs au Mexique

Les prix des plus beaux objets d’art préhispaniques mexicains s’envolent sur le marché de l’art ; mauvaise publicité pour le Mexique et la protection de ses ressources archéologiques dont le pillage sert notamment au financement d’une des criminalités les plus violentes du monde.

Alors que Sotheby’s annonce la présence d’objets d’art préhispanique mexicain parmi de l’art premiers africain et océanien dans une vente programmée au mois de  mai à New York, l’étude Binoche et Gicquelo propose une importante vacation d’art préhispanique le 21 mars à Paris. Ces derniers objets proviennent de plusieurs collections privées.

Outre des pièces originaires du Pérou, du Guatemala, du Costa Rica, du Chili et de Bolivie, celles du Mexique occupent une place prépondérante avec quelque 80 lots sur les 158 inscrits au catalogue, la majorité des plus chers figurant dans cette sélection mexicaine.

Un Chaman debout (H. 127,3 cm), culture Totonaque-Veracruz, 550-900 après J.- C., en céramique beige clair légèrement oxydée avec des traces de peinture rouge, est estimé 250.000/300.000 euros et un Acrobate (H. 39 cm) de la culture Tlatilco, Mexico, 1150-550 avant J.-C., 200.000/250.000 euros.

Un pectoral anthropomorphe olmèque (H. 22,5 cm), de la région de Veracruz, 1150-550 avant J.-C, en serpentine vert clair tachetée de noir à surface brillante finement polie, est assorti d’une estimation de 200.000/220.000 euros.

150.000/180.000 euros sont attendus d’une figurine assise olmèque de type “baby face” (H.31,5 cm), Mexique Central, 1150-550 avant J.- C., en céramique brun rosé à engobe blanc crème dont la surface est vernissée. Une hypothèse de spécialistes mexicains propose que ces représentations seraient celles d’enfants trisomiques, qui auraient pu être considérés comme des êtres sacrés chez les Olmèques.

En mars 2011, lors de la dispersion de la collection d’art préhispanique de l’industriel suisse Henri Law, la même étude parisienne avait vendu une grande sculpture maya en stuc polychrome sur noyau de pierre pour la somme record de quelque 3 millions d’euros. D’une hauteur de 156,5 cm, datée de la période classique (550 à 950 après J.-C.), l’œuvre est peut-être originaire d’une région située entre le Sud du Yucatan et le Nord du Belize et du Guatemala.

Cette enchère établissait un record pour un objet archéologique maya, loin devant les 1,57 million de dollars payés à New York en novembre 2004 pour une plaque de ceinture cérémonielle en jade gravé d’une scène d’intronisation, datée de 400-500 après J.-C.

Après la vente, l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique (INAH) et le Ministère des Affaires étrangères mexicain avait publié un communiqué conjoint affirmant que la sculpture était un faux, et parmi d’autres objets du catalogue dont elle estimait que 67 sur les 215 présentés n’étaient pas authentiques. Le Mexique comptait également demander la restitution des pièces authentiques du catalogue et l’INAH faisait part d’une plainte déposée auprès des autorités compétentes de son pays dès le 21 janvier. Le ministère mexicain des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de sa représentation diplomatique en France, indiquait avoir signalé la situation aux autorités françaises avant la vacation.

Parmi les enchères les plus élevées de cette vente – où 95 lots n’avaient pas trouvé preneur – une figure olmèque en serpentine avait été adjugée 720.000 euros, une urne-autel de la culture de Veracruz représentant un dieu fantastique 330.000 euros, un joug de jeu de pelote de la même origine 260.000 euros, et un grand masque funéraire Teotihuacan en serpentine 180.000 euros.

Le mois suivant, des analyses scientifiques menées par le MSMAP de Pessac soutenaient l’authenticité de la statue maya incriminée.

La consultation des catalogues en ligne d’objets préhispaniques des grandes ventes publiques internationales de ces dernières années, à Paris ou New York,  montre assez souvent, et quelle que soit la valeur des objets, que les plus anciennes références de provenance datées, quand elles existent, sont situées dans les années 1970.

Une loi adoptée par le Mexique en 1972 déclare que tous les objets préhispaniques sont la “propriété imprescriptible de la Nation” ; à compter de son entrée en vigueur, toute sortie de pièces archéologiques du pays non accompagnée d’une licence d’exportation du gouvernement entre dans le cadre de la criminalité.

Plus que d’évidentes suppositions, les faits montrent que des objets préhispaniques sont bien sortis illégalement du Mexique après 1972, et notamment par la frontière avec les États-Unis.

En 1974, le FBI a arrêté une bande de 5 Texans qui se livrait au trafic d’antiquités préhispaniques par livraisons régulières.

Les individus avaient été contactés à San Antonio par un informateur du FBI (rejoint plus tard par un agent du FBI) prétendant représenter une organisation internationale avec des connexions mafieuses qui cherchait à acheter aux États-Unis des objets préhispaniques volés pour la revente à l’étranger. Les trafiquants indiquèrent qu’ils disposaient bien de ce genre de “marchandises”, et même qu’ils étaient en attente d’une cargaison d’objets préhispaniques transportée par camion à travers le Mexique jusqu’à la ville-frontière de Calexico en Californie.

Un jour ou deux plus tard,  le faux acheteur était informé que l’expédition était retardée en raison d’une panne du camion au Mexique ; un véhicule de remplacement partait pour le Mexique afin de charger la livraison à destination de Calexico. En attendant le nouvel arrivage, l’agent du FBI négociait la vente des antiquités préhispaniques disponibles chez les trafiquants pour permettre de justifier leur arrestation.

Cette affaire a été rapportée par l’Ifar (International Foundation for Art Research).

Le Mexique revendique plusieurs lois antérieures à celle de 1972 qui protègent son patrimoine archéologique, les plus anciennes datant de 1827 et 1897. Si les pilleurs peuvent éventuellement jouer sur les ambigüités de ces lois plus anciennes pour alléger – modérément – les charges en cas de jugement dans les pays étrangers, ils risquent des peines de prison extrêmement lourdes au Mexique.

Si les objets issus de pillages de sites et illégalement sortis du territoire sont de fait inconnus du gouvernement mexicain, le pays demeure l’autorité naturelle pour reconnaître officiellement le territoire d’origine des objets préhispaniques mexicains présentés à l’étranger et, par là, leur authenticité. Il s’agit d’une épée de Damoclès suspendue au-dessus du marché de l’art. Comme pour la majorité du trafic d’œuvres d’art volées, il s’agit souvent de pièces de qualité moyenne, plus facile à trouver et aussi à écouler.

Sans remettre en question l’authenticité des objets des ventes publiques précédemment cités – ni le fait qu’ils aient été sortis légalement du pays d’origine – il faut bien dire que les faux pullulent sur le marché des objets d’art préhispaniques.

En 2008, en Bavière, le Mexique avait fait mettre sous scellés 252 objets préhispaniques à l’authenticité suspecte sur les 1.029 l’intéressant (dans la mesure où ils proviendraient supposément du territoire mexicain) de la collection Leonardo Patterson.

L’ensemble avait été saisi en Allemagne, après être resté 10 ans en Espagne, et en vertu d’une loi qui classe patrimoine national toute collection de ce type demeurant pendant ce délai sur son territoire et qui en interdit l’exportation sans licence.

Une demande de restitution, à laquelle s’était jointe le Pérou et le Guatemala, et portant sur les objets authentiques, avait été formulée.

En 2010, dans un communiqué de son ambassade en France, le gouvernement mexicain exprimait sa préoccupation concernant le pillage croissant de ses biens culturels. Et il rappelait qu’un pourcentage important des biens archéologiques provenant de l’actuel territoire mexicain sont des faux.

Une autre raison de la pression exercée par le Mexique sur le marché de l’art est que la publicité faite autour des prix très élevés payés pour certaines antiquités préhispaniques encourage tout un trafic local dont le produit peut servir à financer d’autres activités illégales dans un pays où la grande criminalité est l’une des plus violentes du monde.

Sur le site de Chichén Itzá, péninsule du Yucatán, Mexique. Photo PM

Pierrick Moritz

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Catégories :Marché de l'art, Mexique

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