Cannes : « De rouille et d’os », un diamant à l’état brut

Si la bande annonce vous a découragés d’aller voir De rouille et d’os, c’est probablement parce qu’elle n’est pas vraiment représentative du film, de son immensité. Le meilleur de Jacques Audiard assurément, dont chaque film, excellent, est encore plus abouti que le précédent. Et pourtant Le Prophète, son précédent opus, semblait atteindre une telle plénitude qu’il est extraordinaire de voir à quel point il réussit à repousser encore les limites de son univers pour atteindre l’universel, voire toucher au mystique.

Quand Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland d’Antibes, rencontre Ali, le videur de la boîte de nuit où elle vient d’être mêlée à une bagarre, il est en train de recoller les morceaux d’une vie éclatée. Entre son jeune fils, dont sa sœur se préoccupe plus que lui, et des petits boulots. Puis à la suite d’un accident, c’est sa vie à elle qui éclate, une nouvelle vie sans jambes. Elle s’appuie sur lui, pour sortir de la mer où elle s’est baignée, comme le montre l’affiche du film, puis il s’appuie sur elle pour d’autres raisons.

Les deux personnages principaux sont à l’image du film, à l’état brut, sans fioritures. Maître de l’art de l’ellipse, Jacques Audiard évite les dialogues explicatifs, les scènes redondantes. De rouille et d’os est comme une boisson énergétique. C’est un film sur la puissance, la force qu’on a en soi et qu’on trouve, parce qu’elle est là, quelque part.

A l’aide de plans lumineux et audacieux, Jacques Audiard brouille les pistes, mélange les genres, jusque dans la bande son, passant de la chanteuse pop Katy Perry à de la musique classique. Il joue sa propre partition, à l’image d’autres cinéastes français contemporains, mélangeant habilement cinéma d’auteur et cinéma populaire, sans appartenir à aucun mouvement, n’en déplaise aux nostalgiques de la Nouvelle Vague.

Face à Matthias Schoenaerts, déjà récemment remarqué dans Bullhead, Marion Cotillard prouve à qui en douterait encore l’étendue de son talent. Elle sort littéralement d’elle-même et compose un personnage implacable, déterminé, envoûtant, se plaçant dès le premier jour de la compétition cannoise en pole position pour le prix d’interprétation.

De Rouille et d’Os, de Jacques Audiard  (sélection officielle au festival de Cannes, en compétition).

Paul Bret

Article en rapport :

Un Prophète de Jacques Audiard : un fim miraculeux ; de la pureté en eaux troubles : https://artwithoutskin.com/2009/08/30/un-prophete-de-jacques-audiard-un-film-miraculeux

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Catégories :Cinéma

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