Engouement tenace pour l’art « premier »

Un engouement tenace animait collectionneurs et marchands lors de la vente d’art africain et océanien proposée par Sotheby’s le 12 décembre à Paris.

Devant la rareté accrue des pièces cultuelles authentiques, d’un haut niveau esthétique et bien documentées, une proportion élevée des estimations a été pulvérisée.

Le prix le plus élevé de la vente, 1,4 million d’euros, est obtenu par une œuvre d’art océanien. Il concerne un impressionnant bouchon de flûte, originaire de l’aire Biwat, bas-Sepik, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, une sculpture figurant un visage et parée d’ornements. La pièce, d’une hauteur de 59 cm, était estimée 450.000/550.000 euros.

Un haut de monolithe Ejagham-Bakor (Nigeria), en basalte sculpté et gravé, représentant une figure tutélaire, d’une hauteur de 145 cm, attendu entre 250.000 et 450.000 euros, a été payé 720.750 euros. Des sculptures de ce type connu, du plus haut intérêt esthétique et historique, sont antérieures au XVe siècle.

624.750 euros ont été engagés sur une figure de reliquaire Kota, initialement collectée par un père missionnaire, dans les années 1930. 130.000/180.000 euros en étaient attendus.

Estimée 250.000/350.000 euros, une figure de reliquaire, Fang-Ntumu, du nord du Gabon, a été facturée 540.750 euros. Cette œuvre provient initialement de la collection René Mendes-France, vers 1930. Son avant-dernier propriétaire l’avait payée 209.600 dollars chez Sotheby’s, à New York, en mai 2003.

Attendue à 40.000/60.000 euros, une tête en terre cuite Akan (Ghana), collectée par Karl-Heinz Krieg et transmise par descendance, a été payée 540.750 euros. De la même provenance, une statue Ashanti (Ghana) a été facturée 102.750 euros pour une estimation de 20.000/30.000 euros

Une superbe coupe anthropomorphe Wongo, République Démocratique du Congo, estimée 25.000/40.000 euros, a été payée 180.750 euros. Il s’agit d’une pièce initialement collectée par Émile Lejeune, entre 1906 et 1914.

Un buste de marionnette Bamana (Mali) a été échangée contre 288.750 euros (estimée 40.000/70.000 euros). Cette sculpture a fait partie de l’exposition L’Art Nègre, Sources, Evolution, Expansion, montrée à Dakar et à Paris (au Grand Palais) en 1966.

Du côté des pièces africaines en ivoire sculpté originaire de la République Démocratique du Congo, un sifflet Pende estimé 15.000/20.000 euros, a été payé 72.750 euros ; deux autres sifflets, estimés 3.000/4.000 euros pièce, ont été payés 34.350 euros pièce ; un pendentif, estimé 6.000/9.000 euros, a été payé 35.500 euros.

Une trentaine de lots sur les 118 présentés n’ont pas trouvé preneur.

La déconvenue majeure concerne une figure de reliquaire Fang (Gabon), pouvant être issue de la collection Paul Guillaume, estimée 250.000/350.000 euros. Cette pièce avait été adjugée 180.000 euros, lors de la vente parisienne Pierre et Claude Vérité, en 2006, par Enchères Rive Gauche. Une statue Dogon (Mali), estimée 200.000/300.000 euros, notamment vendue aux enchères en 1965, lors de la dispersion de la collection André Lefèvre, est le second invendu le plus cher. Le niveau de prix des invendus descend ensuite, à 70.000/100.000 euros, pour une autre statue Dogon, et un masque-crochet Bahinemo, Papouasie Nouvelle-Guiné (collecté par Wayne Heathcote dans le village de Gahom, en 1963/64).

Le chiffre d’affaires de la vente de Sotheby’s s’élève à 7,26 millions d’euros, contre 6 millions pour la vente concurrente de Christie’s, le 11 décembre, toujours à Paris. Les 2,69 millions engagés sur un impressionnant reliquaire Nkundu chez ce dernier opérateur constitue le prix le plus important payé en 2012 pour une œuvre d’art africain vendue aux enchères dans le monde.

Chez Christie’s, la deuxième facture la plus élevée, d’un montant de 481.000 euros, concerne une statuette Tabwa, République Démocratique du Congo, dont 150.000/250.000 euros étaient attendus. Viennent ensuite les 385.000 euros engagés sur une tête de reliquaire Fang, Nlo Byery (estimée 300.000/500.000 euros). Au cours de son histoire, cette sculpture a transité par les collections parisiennes de Charles Ratton, Félix Fénéon et Pierre Berès.

Pour 91 lots présentés, la vente de Christie’s affiche un taux d’invendus de 30 %. Les deux déconvenues majeures concernent des objets papous : un appuie-tête des îles Tami, Papouasie Nouvelle-Guinée, collecté vers 1898-1899, estimé 100.000/150.000 euros, et un élément architectural de la région du lac Sentani, Papouasie occidentale, provenant initialement de la collection André Breton, assorti d’une estimation de 150.000/250.000 euros.

Pierrick Moritz

Les estimations n’incluent pas les frais à la charge de l’acheteur ; les résultats, sauf quand les termes « adjugé » ou « adjudication » sont employés, incluent ces frais.

 

 

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Catégories :Afrique, Arts premiers, Paris

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