Marché de l’art : des prix records au marteau et des invendus à la pelle

Les résultats des deux ventes d’art premier africain et océanien, qui se sont déroulées cet après-midi chez Christie’s Paris, sont idéalement représentatifs de l’activité du marché de l’art occidental en vente publique : une vacation prestigieuse où tout se vend et une autre où les lots sont beaucoup moins importants en valeur et qui affiche un taux d’invendus record. Le phénomène, observé dès le printemps dernier par Artwithoutskin, s’est accentué au second semestre chez les deux premiers acteurs du marché de l’art que sont Christie’s et Sotheby’s, comme chez leurs confrères, et même pour des ventes importantes avec des lots de grande qualité.    

Les six prestigieuses pièces d’art africain issues de la collection Isidore Kahane, dispersées aujourd’hui chez Christie’s Paris, ont été vendues pour quelque 3 millions d’euros.

Un masque baoulé Anglo Ba (Côte d’Ivoire), payé 983.400 euros sur une estimation de 400.000/600.000 euros, est le seul lot à avoir dépassé la fourchette de son estimation.

Les deux autres prix les plus importants sont les 901.000 euros donnés pour une grande divinité Baga D’Ma-Yamban (République de Guinée), qui était estimée 800.000/1,2 million d’euros, et les 625.000 euros payés pour un gardien de reliquaire Fang Eyema Bieri (Gabon), dont 500.000/700.000 euros étaient attendus.

Cette première vente était suivie par la dispersion de 80 lots d’art premier, principalement africain et océanien et beaucoup moins importants en valeur, dont 36 n’ont pas trouvé preneur. Le chiffre d’affaires de cette vacation s’élève modestement à 939.250 euros avec les frais.

Le prix le plus élevé va à une massue améridienne Tlingit/Tsimshian, Côte Nord Ouest, Canada (Colombie britannique)/Alaska, payée 151.000 euros sur une estimation de 25.000/35.000 euros.

Une figure de reliquaire Kota (Gabon), estimée 35.000/50.000 euros, a été payée 103.000 euros, et une statue Yombe (République Démocratique du Congo) 99.400 euros pour une estimation de 15.000/25.000 euros.

Ces performances sont balayées par un taux d’invendus de 45 %, dont fait partie une maternité Yombé Phemba (République Démocratique du Congo) estimée 60.000/90.000 euros.

À côté d’enchères astronomiques pour des œuvres prestigieuses, des taux d’invendus considérables marquent de nombreuses vacations des deux grands opérateurs du marché de l’art que sont Sotheby’s et Christie’s. Et le phénomène est valable pour d’autres maisons de ventes.

Hier à Londres, les deux ventes d’art russe (peinture, principalement moderne) proposées par Sotheby’s à Londres ont respectivement enregistrées 45 % et 41 % d’invendus.

Heureusement pour le chiffre d’affaires, une vue de Venise d’Alexei Petrovich Bogoliubov, peinte en 1867 et estimée 400.000/600.000 livres, a été payée 881.250 livres et une peinture africaniste de 1926 par Alexander Evgenievich Yakovlev, estimée 800.000/1 million de livres, est partie à 937.250 livres.

La veille, toujours à Londres, Christie’s avait enregistré 30 % d’invendus dans sa  vente d’art russe qui, outre des peintures, présentaient notamment des icônes et des objets d’art. Un mieux, mais qui représente tout de même 138 lots d’un catalogue qui en comptait 460.

Une  nature morte peinte en 1934 par Petr Konchalovsky, estimée 350.00/450.000 livres, et une Petite fille au chat par Marie Vassilieff, estimée 300.00/500.000  livres, n’ont pas trouvé preneur.

À Milan, le 24 novembre dernier, Sotheby’s voyait 34 % des 65 lots de sa prestigieuse vente d’art moderne et contemporain italien rester sur le carreau.

Ici, un Piccola Estate, réalisé par Afro en 1962 et estimé 400.000/500.000 euros, était payé 480.750 euros et, record de la soirée, 672.750 euros étaient donnés pour une nature morte de Giorgio Morandini de 1954. Elle était estimée 450.000/650.000 euros.

Mais, et entre autres, une Rittrato dell’avvocato Zironda peinte en 1906 par Umberto Boccioni, Le Troisième jour, œuvre réalisée par Alberto Savinio en 1929, et, de Mario Sironi, une Composizione con figura e cavaliere, ne devaient pas trouver preneur.

Ces tableaux étaient respectivement estimés 450.000/650.000 euros, 380.000/480.000 euros et 250.000/350.000 euros.

Le même jour, dans la même ville, et pour la même spécialité, une toute aussi  importante vacation de Christie’s a généré un taux d’invendus de 33 %. Ce qui, pour la même maison de ventes, est toujours mieux que le résultat de la dispersion de la collection d’art décoratif du XXe siècle du marchand Sean Berg, le 17 novembre à Londres, où plus de 50 % des lots n’avait pas trouvé preneur.

Pierrick Moritz

Cette analyse originale est la propriété de son auteur. Sa republication et  son exploitation commerciale, directe ou non, sans autorisation de l’auteur sont interdites. De courts extraits peuvent être repris en citant la source. Contact : pierrick.moritz@noos.fr

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Catégories :Londres, Marché de l'art, Paris

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