D’une vue citadine de Camille Pissarro à Kay Sage, Sotheby’s mise aussi sur la redécouverte

La vente d’art impressionniste, moderne et surréaliste programmée hier soir par Sotheby’s à Londres a rapporté 163,5 millions de livres (197 millions d’euros). Il s’agit du plus important chiffre d’affaires réalisé par l’opérateur pour une vente aux enchères à Londres, toutes spécialités confondues.

La concurrence acharnée entre les plus grands opérateurs mondiaux du marché de l’art aux enchères laisse apparaître des stratégies et des choix propres à chacun. Et  la bataille ne se se gagne par forcément à coups de garanties millionnaires faites aux propriétaires des œuvres les plus prestigieuses, contrats à travers lesquels les biens ont en quelque sorte déjà trouvé preneur avant même d’être soumis au feu des enchères.  Ici, on remarque la mise en avant d’une peinture citadine de Camille Pissarro, assortie d’une estimation au maximum pour une œuvre de l’artiste dont les compositions rurales sont censées être les plus recherchées, ou de la surréaliste américaine Kay Sage (1898 – 1963), dont les œuvres pourtant sublimes n’ont jamais particulièrement affolé les enchères, avec une peinture assortie d’une estimation de 70.000/90.000 livres plutôt inhabituelle dans ce genre de vacation prestigieuse. La stratégie basée sur la communication culturelle est payante : le tableau de Camille Pissarro a été facturé à peu près au double de son estimation moyenne et celui de Kay Sage quasiment 50 fois son estimation haute. Dans les deux cas, il s’agit de records pour des œuvres de ces artistes vendues aux enchères.

Le résultat de la vente est caractérisé par une forte proportion d’œuvres vendues très au-dessus des estimations, à commencer par le lot le plus important du catalogue, Le Boulevard Montmartre, matinée de printemps de Camille Pissarro, une huile sur toile peinte en 1897, estimée 7/10 millions de livres (8,4/12 millions d’euros) et vendue 19,6 millions de livres, soit 23,7 millions d’euros. L’œuvre provient de la collection Max Silberberg, industriel juif allemand contraint de vendre sa collection d’art des XIXe et XXe siècles sous le régime nazi ;   elle a été restituée à sa famille en 2000.  L’œuvre la moins chère du catalogue, Le Passage de Kay Sage (1898 – 1963), une très belle huile sur toile surréaliste datée de 1956, a été facturée 4,3 millions de livres, quand 70.000/90.000 livres en étaient attendus. Kay Sage a été l’épouse d’Yves Tanguy de 1940 jusqu’à la disparition de l’artiste français naturalisé américain à travers ce mariage, en 1955.

L’Homme est en mer de Vincent van Gogh, une huile sur toile peinte à Saint-Rémy en 1889, a été facturée 16,88 millions de livres (20,34 millions d’euros), pour une estimation de 6/8 millions de livres (7,2/9,6 millions d’euros). Il s’agit du prix le plus important payé pour une œuvre de van Gogh vendue aux enchères à Londres depuis 25 ans.

Les œuvres de la collection Jan Krugier, marchand d’art genevois de réputation internationale, disparu en 2008, ont été très disputées. Une grande composition au Minotaure de Pablo Picasso, datée de 1936, combinant gouache, plume, crayon et encre sur papier, assortie d’une estimation de 1,8/2,5 millions de livres, a été facturée 10,4 millions.  Homme traversant une place par un matin de soleil d’Alberto Giacometti, un bronze de 47 cm de hauteur, d’une œuvre de 1950 fondue en 6 exemplaires, celui-ci daté de 1951, estimé 3/5 millions, a été payé 8,5 millions.  Du même artiste, Femme nue debout,  un dessin au crayon daté de 1946, a été facturé 1 million, quand 120.000/180.000 dollars en étaient attendus.  Pour l’estimation la moins chère des œuvres de cette provenance, 120.000/180.000 livres, Deux études pour une danseuse d’Edgar Degas, un fusain rehaussé de blanc sur papier vert, marqué du cachet de l’artiste, a été payé 1,4 million de livres.

Sur 89 œuvres présentées, 9 n’ont pas trouvé preneur faute d’enchères suffisantes, dont 4 estimées au moins 1 million de livres ; la plus chère est La Fille en blanc et le bouquet d’Henri Matisse, une huile sur toile peinte en 1919 et estimée 2,5 /3,5 millions de livres.

Pierrick Moritz

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Catégories :Art moderne, Impressionnisme, Marché de l'art, Surréalisme

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