À l’ombre de prix record, des taux d’invendus autour de 30 % dans des ventes aux enchères d’art premier

Les résultats des ventes aux enchères majeures d’art d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Nord de ce mois de juin à Paris témoignent de prix maintenus à de très hauts niveaux pour les pièces exceptionnelles. Elles sont le plus souvent accompagnées d’un pedigree attestant d’un passage au moins dans une collection prestigieuse. Mais ce type de références ne suffit pas toujours.  Les prix progressent fortement pour certains styles d’Afrique. Les taux d’invendus ne sont pas négligeables.

Chez Sotheby’s, le 18 juin, 4,35 millions d’euros engagés pour acquérir une exceptionnelle statue Fang Mabea (Cameroun) ont marqué un record mondial pour une statue Fang vendue aux enchères. Considérée comme un chef-d’œuvre, cette statue a successivement résidée chez Félix Fénéon (1861-1944) et Jacques Kerchache (1942-2001). Son image fait la couverture de L’Art africain (Kerchache, Paudrat, Stéphan, éditions Mazenod, 1988), un ouvrage de référence dans la spécialitéAvec une estimation de 2,5/3,5 millions d’euros pour une œuvre aussi célèbre, ce prix très élevé pour une œuvre d’art africain vendue aux enchères était un peu attendu.

Les autres prix les plus élevés de ces vacations ont été établis sur la base d’estimations finalement pulvérisées.

Chez Tajan,  le 11 juin, un  masque de danse du peuple Gouro (Côte-d’Ivoire), d’une hauteur de 57,3 cm, estimé 100.000/150.000 euros, a été facturé 1,37 million d’euros. Ce prix constitue un record mondial pour un masque Gouro vendu aux enchères.Localisée successivement dans les collections d’André Breton et de Charles Ratton, puis perdue de vue pendant 80 ans, cette œuvre représentant un visage surmonté d’un couple enlacé résidait en fait dans une collection privée depuis 1931. Outre deux photographies des années 1920 la montrant chez André Breton, on la trouve reproduite dans Negro Anthology de Nancy Cunard, publié en 1934 (le cliché daté vers 1931-1934). Cette œuvre est rapprochée du style du « maître de Bouaflé » (du nom d’un village, mais dont le choix est arbitraire). Cette appellation regroupe des portraits sculptés Gouro présentant des analogies frappantes, comme des yeux très étirés.

Le 19 juin, chez Christie’s, au cours d’une vacation d’art d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Nord, un masque Dan, Côte d’ivoire, d’une hauteur de 23 cm, a été facturé 721.500 euros, pour une estimation de 40.000/60.000 euros. L’œuvre était à l’origine située dans la collection Paul Guillaume (1891-1934) et n’avait pas changé de mains depuis son acquisition en 1965, dans une vente aux enchères parisienne d’Ader-Rheims.Il s’agit d’un record mondial pour une œuvre d’art Dan vendue aux enchères.

Le même jour, dans une autre vacation de Christie’s consacrée à la dispersion d’œuvres d’art africain issues de la collection de Rudolf et Léonore Blum, plusieurs œuvres ont été vendues très au-dessus de leur estimation.

Pour les prix les plus élevés, un appui-tête Luba Shankadi par le « Maître de la coiffure en cascade », originaire de la République Démocratique du Congo, d’une hauteur de 17 cm, a été facturé 661.500 euros, pour une estimation de 200.000/300.000 euros. L’œuvre, collectée par un administrateur belge en 1907, est passée en vente publique une seule fois dans son histoire, en 1995 chez Sotheby’s.

Assortie de la même estimation, une maternité Sénoufo, Pombibele, Côte d’Ivoire, d’une hauteur de 59 cm, a été vendue pour 529.500 euros. Cette pièce provient initialement de la collection René Salanon.

Attendu à 50.000/70.000 euros, un aquamanile figurant un léopard, Royaume de Bénin, Nigeria, d’une hauteur de 42,2 cm, a été payé 505.500 euros. Cette œuvre avait été acquise par Charles Ratton en 1968, au cours d’une vente aux enchères londonienne de Sotheby’s, où elle apparaissait pour la première fois en vente publique. Elle a ensuite changé de mains, jusqu’à arriver en 1985 dans la collection de Rudolf et Léonore Blum.

Derrière des prix très importants, les résultats des ventes de Sotheby’s et Christie’s affichent, faute d’enchères suffisantes, des taux d’invendus de quelque 30 %.

Dans les deux ventes de Christie’s, 119 lots sur 175 présentés ont trouvé preneur.

Les invendus les plus importants de la dispersion d’œuvres de la collection Blum sont une tête commémorative Sapi, Mahen Yafé, originaire de Sierra Léone (70.000/90.000 euros) et une statue Dogon, Tintam, Mali, d’une hauteur de 72 cm, une œuvre collectée avant 1930 (50.000/70.000 euros).

Pour l’autre vacation du même opérateur, il s’agit d’une statuette représentant un homme-lézard, Moai Tangaha Moko, Île de Pâques (200.000/300.000 euros), d’un berceau sioux, originaire du Minnesota (même estimation que le précédent) et d’une statue d’ancêtre Hemba, République Démocratique du Congo, d’une hauteur de 51 cm (estimation 150.000/180.000 euros).

Chez Sotheby’s, sur 77 lots présentés, 24 n’ont pas été vendus.

Ici, les invendus aux estimations les plus élevées sont un masque Yauré, originaire de la Côte d’Ivoire, d’une hauteur de 32 cm (350.000/450.000 euros), un masque-crochet, peuples Bahinemo, Monts Hunstein, Papouasie Nouvelle-Guinée, d’une hauteur de 75 cm (150.000/250.000 euros) et une figure de reliquaire, Fang, Cameroun, d’une hauteur de 40 cm (150.000/200.000 euros).

Pierrick Moritz

 

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Catégories :Art d'Afrique, Art d'Océanie, Arts premiers, Paris

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