Art d’Afrique et d’Océanie : qualités esthétiques + références prestigieuses = formule magique

La vente d’art africain et océanien proposée hier à Paris par Sotheby’s enregistre un chiffre d’affaires de 8,4 millions d’euros, avec un taux d’invendus conséquent (40%, 55 lots sur 135 présentés) dont le manque à gagner est compensé par des prix très au-dessus des estimations. C’est presque 3 fois plus d’argent que le résultat d’une vacation parisienne dans la spécialité orchestrée la veille par Christie’s (2,96 millions), pour un taux d’invendus de 37 % (46 lots sur 123 présentés).

Dans un secteur, celui des arts premiers, où les prix n’ont jamais été aussi élevés pour la rareté, avec des niveaux historiques pour l’art océanien, les estimations des pièces esthétiquement fortes et suivies de références aussi rassurantes que prestigieuses du catalogue de Sotheby’s ont été pulvérisées, comme en témoignent  les 780.750 euros engagés sur  une coupe anthropomorphe Kuba Lele, République Démocratique du Congo, dont 50.000/70.000 euros étaient attendus.

Cet objet a appartenu au célèbre marchand et collectionneur français Charles Ratton, comme le lot-phare de la vacation, une figure de reliquaire Fang du Gabon facturée 1,63 million d’euros pour une estimation de 400.000/600.000 euros. Cette sculpture de 43,5 cm de hauteur se trouvait chez Charles Ratton dans les années 1930.

La veille, pour sa vente dans la spécialité, le catalogue de Christie’s mettait également en avant une figure de reliquaire Fang du Gabon (H.49 cm) dont elle espérait 500.000/600.000 euros. La pièce n’a pas trouvé preneur.

En dehors de critères esthétiques que les sensibilités apprécient différemment, les indications de  provenance rendues publiques sur le catalogue en ligne n’étaient pas détaillées, le vendeur étant un collectionneur particulier, sans plus d’informations.

Pour un autre écart impressionnant entre estimation et prix final, une louche anthropomorphe Bété/Guro, Côte d’Ivoire, H. 31 cm, collectée entre 1911 et 1913, termine sa course à 156.750 euros pour une estimation de 12.000/18.000 euros. 

Pour la même localisation géographique, provenant de la même collection et pour une période de collecte identique, un masque de 34 cm de hauteur est facturé 384.750 euros pour une estimation de 250.000/400.000 euros.

Un masque papillon de 246 cm de longueur, Bwa, Burkina Faso, collecté à la fin des années 1950, a pulvérisé son estimation de 150.000/250.000 euros pour être facturé 624.750 euros.

Un puissant masque Guéré, Côte d’ivoire, d’une hauteur de 36 cm, a généré 576.750 euros pour une estimation de 120.000/180.000 euros. Cette pièce a été collectée en Côte d’Ivoire au début des années 1970 et provient de la collection Nathalie Chaboche et Guy Porré.

Parmi d’autres estimations pulvérisées, une statuette Songye, République Démocratique du Congo, d’une hauteur de 12 cm, sera payée 180.750 euros quand 20.000/30.000 euros en étaient attendus.

324.750 euros ont été engagés sur une statue féminine Tiv du Nigeria, hauteur 57 cm, estimée 120.000/180.000 euros. Cette pièce avait été payée 150.000 euros en juin 2010 chez Pierre Bergé & Associés, lors de la dispersion de la collection Anne et Jacques Kerchache.

Une statue d’ancêtre, Hemba septentrionaux, République Démocratique du Congo, d’une hauteur de 64,5 cm, collectée sur place par Pierre Dartevelle en 1972-1973 et ayant fait partie de la collection Jacques Kerchache, est facturée 492.750 euros pour une estimation de 250.000/350.000 euros.

Du côté de l’art océanien, et pour les deux prix les plus importants, une statue d’ancêtre Uli, nord de la Nouvelle-Irlande, d’une hauteur de 127,5 cm, est facturée 204.750 euros (estimée 180.000/150.000 euros), c’est-à-dire environ 2,5 fois plus cher que le prix payé par le présent vendeur pour l’acquérir chez Christie’s, à Paris, en juin 2003 ; 216.250 euros vont à une statue masculine de l’Île de Pâques en bois sculpté, d’une hauteur de 18,5 cm, estimée 100.000/150.000 euros.

Les quatre  invendus les plus chers de la vacation de Sotheby’s sont une maternité Oshe Shango, Yoruba, région d’Oro, Nigeria (estimée 200.000/300.000 euros, acquise dans les années 1970 et provenant d’une collection belge), une figure de reliquaire Kota du Gabon (estimée 150.000/250.000 euros) et, pour une estimation de 100.000/150.000 euro pièce, une statue Dan, région de Danané, Côte d’Ivoire, et un masque Fang, Gabon ou sud du Cameroun.

Pierrick Moritz

Les estimations sont données sans les frais à la charge de l’acheteur. Chez Sotheby’s, sur la place de Paris, ils sont de 20 % au-dessus de 15.000 euros et jusqu’à 800.000 euros ; de 12 % au-delà. Les résultats incluent ces frais.  

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Catégories :Afrique, Art d'Afrique, Art d'Océanie, Arts premiers, Marché de l'art, Paris

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