Trop d’art sur le marché de l’art

Un catalogue d’art impressionniste et moderne exceptionnel et un résultat décevant hier soir chez Sotheby’s à Londres : l’action a plongé de 8,35 % à New york

Les résultats de l’importante vacation d’art impressionniste et moderne proposée  hier soir à Londres chez Sotheby’s confirment l’état de déstabilisation d’un marché de l’art animé de convulsions aussi extrêmes qu’imprévisibles.

La vente a généré l’équivalent de quelque 136 millions d’euros.

Ce montant, qui peut faire tourner les têtes, correspond à peu près à l’estimation basse avec les frais de l’ensemble du catalogue de 51 lots.

La déception a fait plonger le titre Sotheby’s de 8,35 % hier à New York.

Pour les résultats les plus importants on trouve, en tête, l’autoportrait d’Édouard Manet intitulé Portrait de Manet à la palette (Manet à la Palette).

Il  a été payé l’équivalent de 27 millions d’euros avec les frais (12%), conformément à son estimation basse de 24/36 millions sans les frais.

Arbres à Collioure d’André Derain, sublime peinture fauve issue du “coffre Vollard” et estimée 11/17 millions d »euros, a finalement été payée l’équivalent de 19,6 millions.

De Henri Matisse, Une Odalisque jouant aux dames, pourtant inédite en vente publique, a été payée 14,25 millions d’euros, soit au ras de son estimation basse.

Un dessin du même artiste a quant à lui suscité un véritable engouement avec un prix de 7 millions quand 1,8/3 millions en étaient attendus.

Dans la séquence des estimations largement dépassées, Le Déjeuner, radiateur de Pierre Bonnard, peint vers 1930, a été payé l’équivalent de 7,62 millions d’euros.

Un Bouquet de pivoines d’Édouard Manet a été échangé contre l’équivalent de 9,26 millions d’euros.

Le plus mauvais aspect de la vente concerne les 31 % du catalogue restés sur la carreau.

Pour les lots les plus importants, une Femme au chat assise dans un fauteuil, huile sur toile de 1964 de Pablo Picasso,  inédite en vente publique (estimée l’équivalent de 5/7 millions d’euros) et un très beau Jardin à Vétheuil de Claude Monet peint dès 1881 (4,8/7 millions) n’ont pas trouvé preneur.

Entre brillantes réussites et fiascos (toutes les maisons de ventes sont concernées par le phénomène), certains acteurs du marché de l’art semblent prendre les devants.

La décision de Christie’s et du vendeur de la collection Isabella Blow d’annuler la vente aux enchères prévue au mois de septembre au profit d’une transaction privée avec un unique acheteur pourrait correspondre à une prise en compte de cette instabilité.

Officiellement, il s’agit de ne pas disperser la collection.

Comme la concurrence, Christie’s a essuyé de sérieux revers ces derniers mois.

Ce soir, la maison de ventes va disperser des œuvres d’une qualité jamais vue sur le marché de l’art depuis trente ans.

Rien de moins qu’un Picasso de la période dite “bleue” et des Nymphéas de Monet en tête de gondole, et pour une estimation de 36/49 millions d’euros pièce.

S’il existe des personnes assez riches pour se les offrir, ces œuvres pourraient atteindre des niveaux inédits dans une vente publique, principalement pour le Picasso qui pourrait battre un record absolu situé très au-dessus de son estimation.

En attendant, et tant que le diagnostic relève de l’indigestion, les maisons de ventes peuvent encore revoir à la baisse une offre que le marché est très visiblement incapable d’absorber.

Pierrick Moritz

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Catégories :Marché de l'art

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4 réponses

  1. Ancienne élève de Michel Laclotte, vos propos sont un écho à ses commentaires, lorsque envoyé aux ventes, il disposait de moyens ridicules pour assurer des acquisitions.
    Il me semble que l’on peut toujours veiller à ce que la sauvegarde « traçable », lors des incontournables dispersions , puisse un jour servir la transmission des valeurs artistiques, à l’avenir, sans pour autant négliger le rôle du marché de l’art.
    Je souhaiterai qu’il soit affranchi de la simple spéculation, celle qui oeuvre sans lien réel avec la valeur intrinsèque des oeuvres, des artistes et des périodes.
    Par ailleurs, je tiens à vous dire merci pour votre commentaire, très sensé !!!

  2. Les dispersion de collections posent effectivement un certain nombre de questions, notamment éthiques, mais il est rare qu’un seul acheteur puisse ou veule tout acheter.

    L’esprit ou la sensibilité du collectionneur (ou de l’artiste) peut être complètement perdu lors de telles « atomisations”.

    Elles interviennent souvent après le décès du collectionneur ou de l’artiste, et pour payer les droits de succession.

    Sur la question des acquisitions, un historien d’art (dont je ne me souviens plus du nom) a fait justement remarquer que les Institutions françaises n’ont jamais été très visionnaires dans l’histoire moderne et contemporaine.

    Elles ont notamment raté l’impressionnisme à la fin du XIXe siècle et l’art contemporain américain d’après-guerre.

    Elles ont aussi manqué des artistes comme Françis Bacon, dont peu d’œuvres sont présentes dans les musées français.

    Aujourd’hui, elles n’ont souvent pas les budgets colossaux nécessaires pour acheter des œuvres devenues hors de portée financière.

    Heureusement pour elles, il existe les dations.

    Bien-sûr elles font ce qu’elles peuvent avec ce qu’elles ont.

  3. Rien de plus agressif et irréversible que la dispersion d’une collection…Un présent et un avenir, aussi incertains l’un que l’autre, poussent à des comportements d’excès et d’insuffisance concomitants de la part des collectionneurs.
    Face à cette confusion dans les actes, une initiative s’impose , qui serait la bienvenue, de la part des professionnels des ventes, afin qu’elle soit axée sur l’orientation du marché vers le discernement, la vision et le respect des collections longuement constituées. N’oublions pas que les collections publiques acheteuses, sont de l’autre côté du maillet.

Rétroliens

  1. Les décevants résultats de la vente d’art moderne de Christie’s à Londres | Art Without Skin, l'art sans la peau

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