L’art contemporain comme produit financier contribue aux 853 $millions d’une vente historique

Avec un catalogue de 82 lots dont 20 étaient estimés au moins 20 millions de dollars pièce – et 35 au moins 5 millions -, la pantagruélique vente d’art contemporain proposée par Christie’s le 12 novembre à New York faisait craindre de copieux restes sur fond d’indigestion.

Le marché de l’art s’est finalement montré capable d’absorber la quasi-totalité d’une telle livraison, avec un produit de vente de quelque 853 millions de dollars, la somme la plus élevée jamais enregistrée pour une vente aux enchères.

Une bonne part des œuvres les plus chères faisait ici l’objet d’une garantie au vendeur et pour un nombre jamais vu dans une seule vente – sur les 23 œuvres vendues au moins 10 millions de dollars, 15 bénéficiaient d’une telle garantie.

À travers ce type de contrat, l’opérateur et éventuellement des tiers garantissent dans tous les cas un prix de vente minimum au vendeur, dont le bien est en quelque sorte déjà acquis avant la vacation. Sans cette possibilité, qui élimine la concurrence potentielle des géants du marché de l’art aux enchères, un moins grand nombre d’œuvres de premier plan et/ou réputées « bankables » apparaîtrait dans les ventes publiques. Le montant de cette garantie minimum, qui peut être inférieur à l’estimation, n’est jamais rendu public.

Quand des tiers sont plus ou moins investis dans cette garantie, avec la possibilité de subir une perte ou un bénéfice selon le montant de l’enchère finale, l’œuvre d’art concernée est perçue comme un produit financier aux retombées à court terme.

9 œuvres d’Andy Warhol contribuent pour quelque 200 millions de dollars au produit de vente.

Un Triple Elvis [Ferus Type], daté de 1963, encre sérigraphique et peinture argent sur lin, 208,3 x 175,3 cm, a été vendu 81,9 millions de dollars.

Il s’agit du deuxième prix le plus élevé jamais payé pour une œuvre de l’artiste vendue aux enchères, après les 105,4 millions de dollars déboursés pour acquérir un monumental Silver Car Crash (Double Disaster) – 267,4 x 471,1 cm -,  également de 1963, chez Sotheby’s en novembre 2013.

69,6 millions de dollars ont été engagés sur un Four Marlons, encre sérigraphique sur lin brut, daté de 1966, 205,7 x 165,1 cm.

Ces deux œuvres étaient inédites sur le marché de l’art aux enchères et conservées dans les même collections depuis quelque 35 ans. Les estimations étaient confidentielles.

6 de ces 9 œuvres de Warhol vendues faisaient l’objet d’une garantie au vendeur, dont les 5 ayant obtenus les prix les plus élevés (intégrant les deux précédentes).

Figurant parmi elles, un autoportrait de 1963-64 a été payé quelque 11,3 millions de dollars. Son vendeur l’avait acheté 6,8 millions de dollars en 2011 chez Christie’s.

Toujours pour ces lots faisant l’objet d’une garantie au vendeur, une Small Campell’s Soup Can (Chili Beef) de 1962 a été facturée 7,4 millions, pour un achat par le vendeur à 7,36 millions, en 2012, chez Christie’s.

Estimé 25/35 millions de dollars, un autoportrait – 203 x 203 cm – du même Warhol, réalisé en 1986, qui ne faisait pas l’objet d’une garantie au vendeur, a été retiré de la vente.

Keds de Roy Lichtenstein, une œuvre de 1961, dont l’estimation confidentielle devait figurer parmi les plus élevées du catalogue (au moins 20 millions de dollars), n’a pas trouvé preneur faute d’enchères suffisantes ; sa vente était garantie au vendeur.

Avec un prix de 69,6 millions de dollars, une œuvre crayonnée non titrée de Cy Twombly, datée de 1970, acquise directement auprès de l’artiste par le vendeur et n’ayant jamais fait l’objet d’autres transactions, devient l’œuvre de l’artiste la plus chère jamais vendue aux enchères. Estimé 25/35 millions de dollars, le tableau faisait l’objet d’une garantie de vente.

Le quatrième prix le plus important de la vacation, quelque 45 millions de dollars, va à une Seated Figure de Francis Bacon, un portrait de Pape peint à huile sur toile en 1960 – sans garantie de vente.

14 autres œuvres ont été vendues au moins 15 millions de dollars, dont un Balloon Monkey (Orange) de Jeff Koons, une sculpture monumentale échangée contre quelque 26 millions de dollars (estimée 20/30 millions de dollars).

Du même artiste, Pink Panther, une sculpture en porcelaine représentant une femme blonde torse nu, tenant dans ses bras une panthère rose en peluche sur le modèle de celle du film de Blake Edwards, a été payée quelque 15,84 millions de dollars, pour une estimation de 8/12 millions. Le présent vendeur avait acquis cette œuvre pour 16,88 millions de dollars en mai 2011 chez Sotheby’s, soit avec un  rabais conséquent puisque l’œuvre était estimée à l’époque…. 20/30 millions.

Ces deux créations de Koons ne faisaient pas l’objet d’une garantie de vente.

Des prix records ont été atteints pour des œuvres vendues aux enchères d’Ed Ruscha (30,4 millions de dollars ; pas de garantie au vendeur) , de Martin Kippenberger (22,56 millions ; garantie au vendeur), de Peter Doig (18,08 millions ; garantie au vendeur), d’Arshile Gorky (8,9 millions ; pas de garantie au vendeur), de Georg Baselitz (7,44 millions ; garantie au vendeur), de Yayoi Kusama (7,1 million ; pas de garantie au vendeur) et de Cindy Sherman (6,77 millions pour une création composée de 21 tirages argentiques ; pas de garantie au vendeur).

Pierrick Moritz

Les estimations des œuvres n’incluent pas les frais de vente à la charge du vendeur  (ici de 12 %) ; les résultats incluent ces frais.

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Catégories :Art contemporain, Marché de l'art, New York City

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