L’exceptionnelle bibliothèque de Stéphane Mallarmé dispersée chez Sotheby’s

Actualisé le 13/10/2015 à 15 heures 49.  

Article actualisé grâce informations livrées par Bertrand Marchal lors de sa conférence Le coup de dés de Mallarmé : les tribulations d’une édition du 12 octobre chez Sotheby’s.

Bertrand Marchal est professeur à la Sorbonne et grand spécialiste de Mallarmé. 

La Religion de Mallarmé (José Corti, 1988) et Lire le symbolisme (Dunod, 1993) figurent parmi ses nombreuses publications. Il a également dirigé la nouvelle édition (1993) des œuvres complètes de Mallarmé à La Pléiade.

Bertrand Marchal travaille actuellement sur une édition de la correspondance de Mallarmé (à paraître chez Gallimard).  

Le « cri » de Stéphane Mallarmé en vente chez Sotheby’s

Sotheby’s dispersera un important ensemble issu de la  bibliothèque de Stéphane Mallarmé (1842-1898) – enrichie avec une grande cohérence par ses héritiers successifs – le 15 octobre à Paris.

Il s’agit d’un fonds de 283 documents parfaitement préservés et jamais montrés au public : poèmes de jeunesse, manuscrits, livres avec envois, photographies,…

Des correspondances témoignent du travail et des relations de Mallarmé avec, entre autres, Paul Verlaine, André Gide, Paul Valery ou Édouard Manet.

Les œuvres majeures de Mallarmé figurent dans cet ensemble exceptionnel, certaines sur grands papiers, beaucoup avec envoi autographe.

Des manuscrits et imprimés relatifs à la construction de son chef-d’œuvre moderniste Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, un des premiers poèmes typographiques de la littérature française, constituent le « clou » de cette réunion.

Il s’agit de différents états témoignant de la création de cette œuvre unique dans l’histoire de la littérature.

Unique car le constat de l’impuissance de la littérature qu’est Un Coup de dés… se vérifie aussi à travers l’histoire en forme de calvaire d’une œuvre inachevée et jamais publiée dans la forme voulue par l’auteur.

Ces deux caractéristiques, comme les insurmontables difficultés rencontrées par les premiers éditeurs pour sa fabrication (indications approximatives de l’auteur qui ne maîtrisait pas le langage typographique ; phrases devant traverser la double page et résultat disjoint à la sortie de l’impression,…) ne jouent pas contre l’œuvre, elles en font partie.

Objet et œuvre d’art, Un coup de dés…ne relève pas de l’art conceptuel, c’est-à-dire du commentaire structuré. Cest un cri.

La première publication d’Un coup de dés… est réalisée dans la revue internationale Cosmopolis en mai 1897, à la suite de la sollicitation de son directeur.

Le texte a été reçu avec inquiétude en raison de son « étrangeté typographique », expression polie possiblement choisie pour ne pas dire qu’il était incompréhensible, mais tout à fait acceptable en regard des difficultés d’impression d’une telle création avec les moyens de l’époque.

Défendu par le directeur de CosmopolisUn coup de dés… est finalement publié avec une note d’introduction destinée à rassurer des lecteurs habitués à des textes construits de manière traditionnelle – comme ceux de Nietzsche, figurant dans ce même numéro de Cosmopolis.

Cette première publication d’Un coup de dés…passera complètement inaperçue.

Quelques mois avant la sortie du poème dans Cosmopolis, Ambroise Vollard, marchand d’art et éditeur de livre d’art de luxe, proposa à Mallarmé de publier Un coup de dés….. Quatre illustrations seraient commandées à Odilon Redon, pour une impression confiée à l’entreprise Firmin-Didot.

Pour ce projet, Mallarmé réalise lui-même la mise en page exacte du texte, comme il voulait le voir imprimé.

Cette maquette autographe, « un objet entièrement réalisé à la main par Mallarmé » selon une définition de Bertrand Marchal, fait partie du catalogue de Sotheby’s (estimation : 500.000/800.000 euros).

Un ensemble de six jeux d’épreuves des cinq tirages successifs – du premier au cinquième – sur six supposés pour l’édition définitive par Vollard, datés de juillet à novembre 1897, est estimé 100.000/150.000 euros.

Quand Mallarmé meurt, en 1898, le projet n’est pas achevé. On l’abandonne.

Deux ans plus tard, Vollard repense à Un coup de dés… Mais l’impression telle que voulue par Mallarmé n’est pas retrouvée. Il renonce définitivement.

La BNF conserve trois lithographies originales de Redon prévues pour cette édition.

Le texte sera finalement publié en 1914 par la NRF, mais dans une version qui ne respecte pas la forme voulue par Mallarmé.

Le poète voulait un volume de 24 pages, avec la page de titre comme couverture ; l’édition NRF de 1914 en comporte 36 (couverture, pages de garde et préface ajoutées).

Mallarmé

Page manuscrite pour Un Coup de dés n’abolira jamais le hasard. Crédit photo : Sotheby’s.

L’Après-midi d’un faune, de 1876, imprimé sur papier Japon et illustré par quatre dessins d’Édouard Manet, cadeau du poète à sa fille Geneviève, alors qu’elle avait douze ans, est attendu autour de 30.000/50.000 euros.

La traduction par Mallarmé et illustrée par Édouard Manet du Corbeau d’Edgar Allan Poe,  sans doute l’exemplaire le plus complet connu avec les illustrations sur Hollande, Chine ou Japon, complet de sa rare couverture et accompagné d’une encore plus rare affiche de libraire, est estimée 80.000/120.000 euros.

Cette collection donne à voir une facette moins connue Mallarmé, à travers la collection complète de la revue La Dernière Mode, gazette du monde et de la famille, datée de 1874, corrigée de la main du poète.

Mallarmé en était le rédacteur unique et signait ses articles sous divers pseudonymes, comme  Marguerite de Ponty, Miss Satin, Ix, « Le Chef de bouche de chez Brébant » ou « Une dame créole ».

La seule contribution littéraire que Mallarmé signa de son nom est la traduction de Mariana de Tennyson.

L’estimation de cette rareté est de 40.000/60.000 euros.

Un album ayant appartenu à Méry Laurent, grand amour de Stéphane Mallarmé, modèle d’Édouard Manet et inspiratrice pour Marcel Proust et Émile Zola, contient des vers, dessins et divers autographes des nombreuses personnalités qui fréquentaient son salon parisien.

Le poète écrivit dans l’album de son égérie pas moins de 89 poèmes, répertoriés pour la plupart dans Vers de circonstance.

Ce lot est estimé 50.000/80.000 euros.

40.000/60.000 euros sont attendus d’un portrait de Stéphane Mallarmé et Auguste Renoir réunis devant l’objectif d’Edgar Degas.

Un galet, ramassé à Honfleur durant l’été 1894, sur lequel le poète a écrit « Tant mieux si la mer affame la parfaite bonne femme SM » est estimé 5.000/8.000 euros.

PM

De la bibliothèque Stéphane Mallarmé, vente le jeudi 15 octobre à 10 heures 30 et 14 heures 30, chez Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré 75008 Paris.

Exposition publique au même endroit : samedi 10 octobre, lundi 12 octobre, mardi 13 octobre et mercredi 14 octobre de 10 heures à 18 heures.  

Le 14/10/2015

LE CRI DE L’UN ET DE L’AUTRE

Stéphane Mallarmé et Edvard Munch

stéphanemallarmé par MunchEdvard Munch : Stéphane Mallarmé, estampe, 1897 (œuvre sans rapport avec la vente de Sotheby’s). Edvard Munch rencontre Mallarmé lors d’un voyage à Paris en 1896-1897. Il devient un invité régulier de la réunion proposée chaque mardi par le poète.

PM

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Catégories :Livres, Paris

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2 réponses

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