Sotheby’s, leader du marché de l’art en France, ou l’excellence des accords esthétiques

Avec un produit de 213 millions d’euros pour ses ventes aux enchères en France en 2014, en hausse de 13 % par rapport à 2013, Sotheby’s conforte sa place de première maison de vente aux enchères de l’hexagone. L’opérateur sait trouver les solutions au phénomène sensible de collectionneurs actifs dans plusieurs disciplines – la fameuse « transversalité » dont on n’a pas fini d’entendre parler dans le marché de l’art. Ce type d’acheteurs est demandeur de combinaisons et de liens entre ses acquisitions.

Répondre aux attentes de cet acheteur explorateur implique une cohérence dans et entre toutes les spécialités phares, un esprit commun ou complémentaire. Il s’agit d’un difficile travail de recherche d’une globalité harmonieuse dans une somme de particularités. Une exceptionnelle statue Fang Mabea, un cabinet en gypse par Jean-Michel Frank et un Portrait de Paul Alexandre d’Amedeo Modigliani, par exemple, cohabiteraient sans heurter : c’est l’une des combinaisons possibles parmi les œuvres les plus chères vendues dans des vacations thématiques différentes par Sotheby’s en France cette année.

De manière générale, ce phénomène de transversalité pourrait amener un plus grand décloisonnement de l’offre dans sa forme sur le marché de l’art aux enchères, où des œuvres de très grande qualité et relevant de spécialités différentes seraient incluses dans un même catalogue. Et attention aux idées reçues. Marguerite de Sabran, directrice du département d’Arts d’Afrique, d’Océanie et des Amériques de Sotheby’s France, raconte que ses acheteurs ne sont pas tous également collectionneurs d’art moderne ou contemporain. Certains s’intéressent à des domaines qui en sont très éloignés.

Pour l’année 2014, cette spécialité des « arts premiers » a produit 25,9 millions d’euros chez Sotheby’s, faisant de l’opérateur le leader en France de la discipline. Il enregistre un record mondial pour une œuvre de l’Île de Pâques vendue aux enchères : 1,88 million d’euros engagés pour un rapa, genre à deux pales aux extrémités séparées par un long « cou », dont la pale supérieure suggère un visage humain, un accessoire utilisé pour des danses cérémonielles (d’après certaines descriptions européennes du XIXe siècle). Le prix le plus élevé jamais payé pour une statue Fang en France a également été enregistré chez Sotheby’s cette année : 4,3 millions d’euros pour la statue Fang Mabea, originaire du Cameroun.

Statue Fang Mabea

Datée au plus tard du milieu du XIXe siècle, la statue Fang Mabea vendue 4,3 millions d’euros par Sotheby’s à Paris en 2014, d’une hauteur de 67 cm, a été successivement située chez Félix Fénéon (1861-1944) et Jacques Kerchache (1942-2001). Les deux éminents spécialistes de l’art d’Afrique en firent l’icône de leur collection respective. Ce chef-d’œuvre de la statuaire africaine avait été choisi pour illustrer la couverture de L’Art Africain (Kerchache, Paudrat, Stéphan, éditions Mazenod, 1988), ouvrage de référence dans ce domaine. Crédit photo : Art Digital Studio / Sotheby’s France.

À New York, l’autre place forte avec Paris pour les ventes d’art d’Afrique et d’Océanie, Sotheby’s a battu cette année le record pour une œuvre d’art premier vendue aux enchères, avec les quelque 12 millions de dollars (9,6 millions d’euros) engagés pour acquérir une statue féminine Senoufo, originaire de Côte-d’Ivoire ou du Burkina Faso. Le précédent prix record dans la discipline concerne les 5,9 millions d’euros engagés à Drouot, en juin 2006, sur un masque Fang du Gabon de la collection Vérité. La statue féminine Sénoufo faisait partie de la dispersion de 164 d’œuvres « d’art premier », principalement originaires d’Afrique, de la collection Myron Kunin (1928-2013). Il s’agit du plus important ensemble du genre jamais vendu sur le marché américain. La vacation a rapporté quelque 41,6 millions de dollars, un record pour une vente aux enchères dans la spécialité.

Une des performances les plus remarquables de Sotheby’s en France est enregistrée dans le domaine de l’art contemporain, avec un produit de vente de 51,1 millions d’euros lui permettant également de revendiquer le titre de leader en France pour la spécialité. Stefano Moreni, directeur du département, a souligné le fait que certaines œuvres ont probablement atteint en France des prix supérieurs à ceux qui auraient été enregistrés à Londres ou à New York, compte tenu des spécificités du marché sur ces places-là. D’après le spécialiste, c’est probablement le cas pour Ladies and Gentleman (Wilhemina Ross) d’Andy Warhol, une œuvre de 1975, payée quelque 2,4 millions d’euros le 3 décembre à Paris. C’est une question de valorisation de l’œuvre dans un contexte donné.

Si le volume des ventes d’art contemporain de Sotheby’s à Paris reste très inférieur à ceux de Londres ou de New York, le prix moyen d’une œuvre – 750.000 euros – est à peu près équivalent.  Ides of March de Cy Twombly a enregistré  un record pour une œuvre de l’artiste américain vendu en France, à quelque 2,8 millions d’euros. Le prix le plus important de l’année pour le département concerne une grande composition de Nicolas de Staël, payée 4,2 millions d’euros. Un record mondial a été enregistré pour une œuvre de Kazuo Shigara vendue aux enchères, avec 3,9 millions d’euros investis dans un Gekidou suru aka daté de 1969.

Sotheby’s a repris cette année la première place sur le marché français de l’art d’Asie, où les prix pour les pièces les plus exceptionnelles, et notamment d’art chinois, continuent leur progression, notamment  en raison de leur raréfaction. Les deux prix les plus importants enregistrés chez l’opérateur concernent deux bronzes dorés bouddhiques. Une statuette représentant la déesse Shyama Tara, originaire de Mongolie, datée de la fin du XVIIème siècle, a été payée 3,45 millions d’euros, un record pour une œuvre d’art bouddhique vendue en France. 745.500 euros ont été engagés sur une statue tibétaine de Bouddha, datée du XVème siècle.

statuesotheby's

Cette exceptionnelle statuette en bronze doré représentant la déesse bouddhique Shyama Tara. Originaire de Mongolie, de l’atelier de Zanabazar, et datée de la fin du XVIIème siècle, elle a été payée 3,45 millions d’euros lors d’une vente aux enchères d’art d’Asie proposée par Sotheby’s le 11 décembre à Paris. Cette œuvre de 30,7 centimètres de hauteur était estimée 200.000/300.000 euros.

L’opérateur a dispersé 37 collections privées à Paris en 2014 et annonce que la vente de ce type d’ensembles restera une priorité pour 2015. Les collections privées représentent environ le tiers de son produit de vente pour 2014. Sotheby’s a également vendu d’importantes collections étrangères cette année à Paris, comme les collections Frum (art océanien) et Man Ray (peintures, photographies,….), œuvrant au renforcement du statut international de Paris sur le marché de l’art. 33 % des lots vendus par l’opérateur à Paris proviennent de l’étranger, avec les plus forts apports de Suisse (10 %) et des États-Unis (7 %). En nombre de lots achetés, 68 % des acheteurs sont étrangers.

La vente de la collection de l’expert et spécialiste français Félix Marcilhac, la plus importante collection vendue par Sotheby’s cette année, a généré quelque 25 millions d’euros, avec 299 lots vendus sur 313 présentés. Des records de prix ont notamment enregistrés pour des créations de Jean-Michel Franck, Paul Iribe et Pierre Legrain. 3,68 millions d’euros, le prix le plus élevé, concerne à un petit meuble cabinet de Jean-Michel Frank, une pièce unique créée vers 1935 dont la structure en bronze patiné retient de petites plaques de gypse patiné. Du même créateur, une paire de fauteuils en bois gainé de galuchat, retapissé en Alcantara pour le tissu de la garniture, datée vers 1928, estimée 250.000/300.000 euros, a été payée 745.500 euros. Un fauteuil « Nautile « de Paul Iribe, une création de 1913 en noyer principalement sculpté d’un élégant motif en spirale de chaque côté de l’assise, a été facturé 781.500 euros. Une Tête de Gustave Miklos, pièce unique datée de 1928, en bronze à patine brune nuancée vert, reposant sur une gaine à un gradin en palissandre, a été vendue 811.500 euros.

La maison de vente a su rendre son intimidante marque plus accessible à travers la communication culturelle, et notamment les expositions thématiques ouvertes à tous et gratuites, comme cet Hommage à Pierre Staudenmeyer, les grands céramistes français d’après-guerre et contemporains proposé début 2014.

Ruelland

Présentation très « morandinienne » de créations des Ruelland au sein de l’exposition Hommage à Pierre Staudenmeyer, les grands céramistes français d’après-guerre et contemporains, proposée par Sotheby’s à Paris au mois de février dernier.

Les expositions publiques de Sotheby’s précédant les vacations, proposées comme un évènement en soi, une occasion unique d’admirer des créations qu’on ne reverra probablement plus ailleurs, attirent de plus en plus de visiteurs. Plus de 5.000 personnes sont ainsi venues voir celle consacrée à la vente Marcilhac. Cette carte de la proximité avec un public élargi est un atout pour la future plate-forme Internet Sotheby’s/eBay, principalement dédiée à des pièces d’entrée de gamme. Un peu plus de 8% de l’ensemble des acheteurs ont utilisé Internet pour leurs acquisitions chez Sotheby’s France en 2014, un chiffre qui a quasiment doublé en deux ans. Si la plupart des enchérisseurs sur ce canal visent encore des lots aux prix relativement modestes, dix œuvres d’une valeur supérieure à 100.000 euros ont été acquises par ce moyen chez Sotheby’s France en 2014, soit quasiment au double du prix moyen des lots vendus par l’opérateur en France (53.000 euros).

Du côté des ventes privées, Sotheby’s a annoncé une quarantaine de vente de ce type réalisée à Paris en 2014. Pour cette partie très confidentielle de son activité, l’opérateur a fait quelques révélations cette année, en accord avec les acheteurs. Le musée du Louvre a acquis deux rares pots-à-oille de Nicolas Besnier, orfèvre de Louis XV (de 1714 à 1753), pour 5,5 millions d’euros. Le Getty Museum de Los Angeles lui a acheté un Antinoüs, une statue en bronze du sculpteur florentin Pietro Tacca (1577-1640), pour une somme non communiquée.

Amedeo Modigliani : "Portrait de Paul Alexandre"

Le 4 juin, à Paris, Sotheby’s a vendu ce Portrait de Paul Alexandre par Amedeo Modigliani, peint vers 1911-1912, pour quelque 13,5 millions d’euros. Il s’agit d’un prix record pour un tableau de l’artiste vendu aux enchères en France et du prix le plus élevé pour une œuvre d’art vendue aux enchères en France en 2014. Ce portrait est l’un des cinq que fit Modigliani de son mécène, deux d’entre eux étant actuellement conservés au Musée des Beaux-Arts de Rouen. La représentation physique s’efface derrière le profond sentiment de tristesse et de désarroi, dégagé par le regard et la position des mains, dans ce portrait d’une grande force réalisé juste après le décès de la mère de Paul Alexandre. Photo : Sotheby’s.

Pierrick Moritz

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Catégories :Analyses (marché de l'art), Marché de l'art, Paris

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