Engouement modéré au début des grandes ventes aux enchères d’art de New York

Les investisseurs les plus riches conserveraient-ils leurs liquidités devant la récession annoncée si la question du « gouffre/falaise/mur fiscal(e) » (fiscal cliff, les traductions varient) américain n’est pas résolue avant le 1er janvier ? Si Républicains et Démocrates n’ont aucun intérêt à mettre l’économie de leur pays en vrac, la lenteur de résolution du dossier, à moins de deux mois de l’échéance, peut conduire à une forme d’attentisme, dont le marché de l’art de haut vol, avec des estimations au plus fort, pourrait souffrir, et notamment les importantes vente aux enchères d’art moderne et contemporain programmées depuis hier et jusqu’à la semaine prochaine à New York.

Hier, à New York, la première des plus importantes vacations en soirée respectives de Sotheby’s et Christie’s, programmées jusqu’au 14 novembre,  était une vente d’art impressionniste et moderne montée par Christie’s. Malgré deux enchères exceptionnelles et quelques œuvres bien vendues, l’état d’esprit des acheteurs était à la modération. Le chiffre d’affaires de 204,8 millions de dollars avec les frais est inférieur à l’estimation basse d’un catalogue dont 214/335 millions sans ces frais étaient espérés par l’opérateur.  

Estimations basses et invendus

Une proportion non négligeable d’œuvres a été vendue plus ou moins au niveau des estimations basses et 21 lots sur les 69 présentés n’ont pas trouvé preneur, dont de très importants. 30 œuvres étaient estimées au moins 2 millions de dollars pièce sans les frais (12 %). Au final, 22 auront été échangés à ce tarif avec les frais.

Prix records pour Monet et Kandinsky

L’enchère la plus importante, 43,76 millions de dollars, est allée à des Nymphéas peints par Claude Monet en 1905.

Deuxième lot le plus important en valeur, affichant 20/30 millions de dollars sans les frais (12 %), une étude complète de Wassily Kandinsky, réalisée en 1909 pour le huitième et dernier tableau d’une de ses séries d’Improvisations, a été appréciée un peu au-dessus de son estimation basse, avec une facture de quelque 23 millions de dollars avec les frais. 

Il s’agit du prix le plus important payé en vente publique pour une œuvre de l’artiste depuis les 20,9 millions de dollars engagés sur une Fugue datée de 1914, chez Sotheby’s, en 1990.

L’œuvre définitive en rapport avec l’étude vendue hier soir chez Christie’s fait partie de la collection Herbert Rothschild.

Du même Kandinsky, Bindung, une huile sur toile de 1932 dont 2,5/3,5 millions étaient attendus, n’a pas trouvé preneur.

Plus de 26 millions de dollars pour une œuvre de Miró et une autre de Picasso

Estimée 12/18 millions de dollars sans les frais (12%),  Peinture (Femme, Journal, Chien), une huile sur toile peinte par Joan Miró en 1925, a également été facturée légèrement au-dessus de son estimation basse, soit 13,7 millions avec les frais.

Très bien vendu, un buste de femme, peint à l’huile sur toile par Pablo Picasso en 1937, réalise 13 millions de dollars quand 8/12 millions en étaient attendus.

Du même Picasso, une Femme au chien, peinte à Mougins en 1962, a été payée 6,34 millions de dollars sur une estimation de 5/7 millions et une Tête de femme, réalisée en 1952, a produit 5,2 millions, dans la fourchette d’une estimation de 4/6 millions.

Toujours de Picasso, un Buste de femme, peint à l’huile sur toile en 1929, n’a pas trouvé preneur. 3/5 millions de dollars en étaient attendus.

Sculpture : un Coq de Pablo Picasso estimé 10/15 millions invendu

L’invendu le plus important de la vente concerne la discipline de la sculpture, il s’agit d’un Coq de Pablo Picasso, un grand bronze à patine brune, conçu dans en 1932 et fondu à 6 exemplaires (ici, le numéro 4) dans les années 1950. L’œuvre, mesurant 64,8 cm de hauteur, était estimée 10/15 millions de dollars.

Une Muse, sculpture en plâtre réalisée en 1912 par Constantin Brancusi, d’une hauteur de 47,5 cm, a été facturée 11,4 millions de dollars pour une estimation de 10/15 millions.

Une Jambe d’Alberto Giacometti, autre sculpture dont on pouvait penser qu’elle susciterait plus d’intérêt, une œuvre de 218 cm de hauteur à patine brune et verte, créée en 1947 pour une fonte de 1958, exemplaire 3 d’un tirage de 6, a été payée 11,2 millions de dollars pour une estimation égale à la précédente.

Du même artiste, une Tête sur tige en bronze à patine brun sombre, créée en 1947 et fondue en 1952, d’une hauteur de 52,7 cm, a été payée 6,8 millions  de dollars avec les frais (12%), soit au niveau d’une estimation basse de 6 millions sans les frais.

Toujours de Giacometti, une Tête sans crâne, en bronze peint, exemplaire 2 de 6, 43,5 cm de hauteur, conçue en 1957-1958 et fondue en 1962, a été beaucoup mieux accueillie, générant quelque 5,6 millions pour une estimation de 2/4 millions.

Estimé 5/7 millions de dollars, un Diego au manteau du même Giacometti, bronze à patine brune de 38,1 cm de hauteur, conçu en 1954 et fondu en 1959, n’a pas trouvé preneur. Même déconvenue pour une sculpture de Jacques Lipchitz, une Serveuse  espagnole dont 1 million minimum était attendu.

Estimation basse pour un portrait d’homme par Tamara de Lempicka

Portrait du marquis d’Afflito, une œuvre en largeur peinte par Tamara de Lempicka en 1925, estimé 4/6 millions de dollars sans les frais (12%), a été facturé 4,5 millions avec les frais.

Deux œuvres de Lyonel Feiniger ne trouvent pas preneur

Estimé 6/8 millions de dollars, un Raddampfer III, peint par Lyonel Feiniger en 1928, n’a pas trouvé preneur comme, du même artiste, un Trompetenbläser im Dorf, une œuvre de 1915 dont 4 à 6 millions étaient attendus.

Ce dernier tableau a fait partie de l’exposition Lyonel Feininger, At the Edge of the World, montée par le Whitney Museum of American Art et le Musée des beaux-arts de Montréal, et visible à New York puis Montréal en juin 2011-mai 2012.

Un pastel de Degas à 7/10 millions de dollars reste sur le carreau

Un pastel d’Edgar Degas, intitulé Deux danseuses aux corsages jaunes, avec le timbre de la signature, réalisé vers 1902, figure également en tête de gondole des invendus. 7/10 millions de dollars en étaient attendus.

….. un important tableau de Chagall également

Une nature morte de Marc Chagall, peinte en 1910-1914, dont 6/8 millions de dollars étaient attendus, a connu le même sort.

Impressionnisme ; une œuvre de Gustave Caillebotte vendue au bénéfice des Apprentis d’Auteuil

Introduite par la maison de vente aux enchères française Piasa au bénéfice des Apprentis d’Auteuil, une Place Saint-Augustin, temps brumeux, peinte par Gustave Cailllebotte en 1878, a été facturée 2,65 millions de dollars. L’œuvre était estimée 2/4 millions.

Deux œuvres de Pissarro appréciées, pas la troisième

Deux œuvres de Camille Pissarro ont été bien appréciées. Estimé 3/4 millions de dollars, Hameau aux environs de Pontoise, peint en 1872, a été payé quelque 4,4 millions ;  4,22 millions ont été engagés sur Pommiers et faneuses, Eragny, une autre huile sur toile, datée de 1895 et dont 2,5/3,5 millions étaient attendus.

Du même artiste, La Servante assise dans le jardin d’Eragny, une huile sur toile de 1884, estimée 2/3 millions, n’a pas trouvé preneur.

René Magritte : Rendez-vous pris chez Christie’s et Sotheby’s

Le Rendez-vous, une huile sur toile surréaliste peinte par René Magritte en 1948, représentant une feuille sur laquelle sont perchés des oiseaux exotiques microscopiques, devant une fenêtre ouverte sur une mer déchaînée où un bateau se débat, d’un format de 61 x 73,7 cm, a été facturée 3,1 millions de dollars pour une estimation de 2,5/3,5 millions. Hier, également à New York, dans une vente dans la spécialité programmée chez Sotheby’s, présentant  des lots moins importants en valeur mais au nombre de 278, l’opérateur a vendu une variante de cette composition, une gouache sur papier de 35,6 x 45,6 cm,  portant le même titre et exécutée la même année, pour 662.500 dollars. Les deux œuvres ont des provenances différentes.  

Cette vente de Sotheby’s a rapporté 40 millions de dollars, avec un taux de 69,8 % de lot vendus en nombre, et de 76,2 % en valeur. Beaucoup d’œuvres sont donc restées sur le carreau.

Sotheby’s attend entre 171 et 260 millions de dollars de sa vente dans la spécialité programmée ce soir  

Ce soir, ce sera au tour de Sotheby’s de présenter sa prestigieuse vente d’art impressionniste et moderne sur la place de New York. Son catalogue affiche 171/260 millions de dollars d’œuvres d’art, avec, en vedette, une nature morte aux tulipes, peinte en 1932 par Pablo Picasso. 35/50 millions de dollars est le tarif de cette huile sur toile, où figure une sculpture de l’artiste représentant Marie-Thérèse Walter.

Pierrick Moritz

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Catégories :Art moderne, Impressionnisme, Marché de l'art, New York City

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