À 5,7 milliards de dollars, le chiffre d’affaires de Christie’s grimpe de 14 %

2 février 2012

Très forte progression des ventes privées

Christie’s, opérateur de ventes aux enchères non coté en bourse, annonce un chiffre d’affaires de 5,7 milliards de dollars pour l’ensemble de ses ventes en 2011, soit une augmentation de 14 % par rapport à 2010 (+ 9% pour le chiffre d’affaires en livres). Il s’agit de son plus important chiffre d’affaires de ces dernières années, après 2007 où la maison de vente avait réalisé 6,3 milliards de dollars contre 4,7 milliards l’année précédente.

Ses ventes privées, qui avait augmenté de 39 % en 2010, ont encore progressé de 50 % pour atteindre 806 millions de dollars (+ 44 % en livres).

La moyenne des taux d’objets vendus (incluant les ventes privées) est resté stable à 79%, sur un pied d’égalité avec l’année précédente.

Les Américains et les Européens représentent désormais 77%  de la clientèle de la maison de vente, les Chinois 13 %. Les clients de la Russie et de la Communauté des États Indépendants ont augmenté de 15%.

En 2011, le site internet de la maison de ventes a accueilli 77 % de visiteurs uniques supplémentaires. Sa plate-forme d’enchères en ligne a enregistré 25% d’enchérisseurs supplémentaires.

Les ventes aux enchères en Europe continentale et au Royaume-Uni ont rapporté 1,3 milliard de livres (2,2 milliards de dollars), soit une hausse de 21%, celles d’Amérique 1,2 milliard de livres (1,9 milliard de dollars), en baisse de 6% (et de 3% en dollars).  Le chiffre d’affaires en Asie et au Moyen-Orient s’élève à 530,6 millions de livres (854,3 millions de dollars), en hausse de 6%.

Les ventes de l’opérateur sur la place de Paris ont généré 172,6 millions de livres (277,9 millions de dollars). Il s’agit d’une progression de 23% en dollars et de 18% en livres.

Résultats très mitigés pour la peinture ancienne à New York : situation de crise jouant toujours en faveur des opérateurs

1 février 2012

Actualisé le 02/02/2012 à 12 heures 59

Les traditionnelles vacations de peintures et d’objets d’art anciens et du XIXe siècle de janvier chez Sotheby’s et Christie’s New York sont le premier grand rendez-vous international de l’année pour le marché de l’art en vente publique occidental. Les résultats des vacations des 25, 26 et 27 janvier mis en regard du symbole du calendrier n’annoncent rien de nouveau pour 2012 mais confirment la tendance lourde des mois passés  : des  taux d’invendus globalement élevés au sein d’une situation de crise jouant en faveur des opérateurs.  

L’Old Masters Week de janvier à New York, traditionnelle programmation des commerçants de l’art autour de la peinture ancienne, s’est déroulée la semaine dernière à New York. Du côté des ventes publiques, Sotheby’s et Christie’s proposaient chacune 3 vacations dans la spécialité. Les résultats de la vente de dessins anciens de Sotheby’s du 25 janvier, avec un taux d’invendus de quelque 49 % mais un chiffre d’affaires atteignant 75 % de l’estimation pré-vente du calalogue, illustrent notamment la tendance d’un avantage en faveur des commissions des opérateurs tandis que de nombreux vendeurs se retrouvent en situation difficile.

Une incertitude néfaste à la transparence du marché de l’art

Si, en cas d’accord entre les deux parties, les vendeurs déçus  – mais aussi redevables de frais parfois importants - peuvent revendre leur bien dans le cadre d’une transaction privée qui rapportera notamment des commissions aux opérateurs, le climat d’incertitude conduit les vendeurs potentiels à l’attentisme.

Les œuvres les plus prestigieuses sont confiées plus difficilement, à moins d’obtenir des garanties pour certains vendeurs, un procédé dont on peut dire qu’il jette d’emblé une part de doute sur la solidité du marché. Les vendeurs peuvent aussi décider de passer directement par l’option vente privée.

Intégrant ces renégociations d’après vacation sur des lots notoirement connus comme invendus, les ventes privées menées par les opérateurs en vente publique, seule place d’information à peu près fiable, en rajoutent encore au niveau de l’opacité du marché de l’art.

40 et 30 % d’invendus pour les ventes majeures de Sotheby’s et Christie’s

La vacation de Sotheby’s du 26 janvier, avec un important catalogue de 351 lots majoritairement constitué  de peintures et sculptures anciennes, puis d’objets d’arts (tapisseries et faïences européennes anciennes, …), a enregistré quelque 40 % d’invendus (140 lots).

Les déconvenues les plus importantes concernent une nature morte de fleurs de Jan Van Huysum (1682-1749), peinte à l’huile sur cuivre (79 x 60,5 cm) et estimée 4/6 millions de dollars, ainsi qu’une Fuite en Égypte d’Antony Van Dyck (1599-1641), une huile en grisaille sur panneau (38,4 x 32,4 cm) dont 3/5 millions étaient attendus.

Fréquence des invendus moins importante pour les objets d’art

Dans cette vente, la fréquence des invendus a été moins importante pour les objets d’art. La plus forte enchère concerne une paire de portraits en forme de médaillon (D. 43,2 cm chacun), des terres cuites émaillées réalisées par Andrea della Robia à Florence vers 1470-1480. Elle a été payée 1,65 million de dollars sur une estimation de 400.000/600.000 dollars.

5,6 millions de dollars pour une vue de Venise par le Canaletto

Le lot vedette du catalogue, une vue de Venise du Canaletto (1697-1768) à l’huile sur toile (60 x 94,5 cm), a été payé 5,6 millions de dollars avec les frais (12%), soit au niveau bas d’une estimation de 5/6 millions sans les frais.

Toujours pour les lots aux estimations les plus élevées, une Lucrèce à l’huile sur panneau (60,3 x 48,9 cm) de Lucas Cranach le Vieux (1472-1553) a été payée 5,12 millions de dollars sur une estimation de 4/6 millions ; de Simone Martini (1284-1344), une Annonciation de la Vierge, tempera sur fond or sur panneau (29,2 x 20,6 cm), a été acquise pour 4,11 millions sur une estimation de 3/4 millions.

Des œuvres vendues très au-dessus des estimations

Parmi  les peintures vendues très au-dessus des estimations, on remarque un Saint Jérôme dans le désert par Fra Bartolommeo (1472-1517). Cette œuvre peinte à l’huile sur un panneau en forme d’arche (45,1 x 27,9 cm) a été payée 4,89 millions de dollars sur une estimation de 1,5/2 millions.

De Botticelli et son atelier (1445-1510), une Madone à l’Enfant à la tempera sur panneau rond (D. 121 cm), a été payée 4,56 millions de dollars sur une estimation de 1/1,5 million. Roland et le mariage d’Angélique, une huile sur toile monumentale de Charles-Antoine Coypel (1694-1752) estimée 700.000/900.000 dollars, a été payée 3,55 millions.

De Pieter de Hooch (1629-1684), un Intérieur avec un enfant nourrissant un perroquet peint à l’huile sur toile (79,5 x 66 cm), daté 1672, a été payé 3,66 millions de dollars sur une estimation de 1,5/2 millions.

Un tableau ancien estimé 6/8 millions de dollars invendu chez Christie’s

La très importante vacation de peinture ancienne de Christie’s, le 25 janvier, a vu 18 des 60 lots du catalogue ne pas trouver preneur. Le tableau le plus cher du catalogue en fait partie. Cette variation de la Vierge Marie nourrissant le Christ enfant d’Hans Memling (1430/40-1494), une petite huile sur panneau circulaire à fond or  (D. 17,4 cm), était estimée 6/8 millions de dollars.

L’opérateur avait un intérêt financier direct sur ce lot par une garantie d’un prix minimum de vente ou une avance faites au vendeur. Cette situation concerne à la fois les cas où l’opérateur détient des intérêts financiers propres et ceux où il a financé tout ou partie de tels intérêt à travers une tierce partie. Cette dernière engrangent un gain si la vente réussit et peuvent subir une perte si elle échoue.

Les déboires de certains vendeurs

Payé 1,43 million de dollars chez Sotheby’s New York en janvier 2000, un portrait d’homme de Giuseppe Arcimboldo (1527-1593), une composition réversible de fruits peinte à l’huile sur panneau (55,9 x 41,6 cm), n’a pas trouvé preneur. L’œuvre était estimée 3/5 millions.

Acquise pour 3,06 millions de livres par le présent vendeur en juillet 2008 chez Christie’s Londres, une peinture de cheval à l’huile sur toile (109  x 115,6 cm) d’Anthony van Dyck (1599-1641), a été payée 2,54 millions de dollars avec les frais (12 %). Son estimation était de 2,5/3,5 millions sans les frais.

Achetées à l’unité par le présent vendeur pour un total de 2,33 millions de dollars chez Christie’s New York en avril 2007, une série de 4 petites toiles circulaires (diamètre de chacune : 17, 8 cm) présentant des scènes de genre transférées sur un seul panneau n’a pas trouvé preneur. L’estimation était de 1,8/2,2 millions de dollars.

Les œuvres les mieux vendues

Figurant parmi les lots les plus chers du catalogue, L’Arrivée d’Henri III à la villa Contarini, une huile sur toile (71,7 x 106,7 cm) de Giambattista Tiepolo (1696-1770), a été payée 5,9 millions de dollars sur une estimation de 4/6 millions.

Pour les lots vendus très au-dessus des estimations, Jeune femme au clavecin, une petite huile sur panneau (39 x 32 cm) de Gerrit Dou (1613-1675), a été payée 3,33 millions sur une estimation de 1/2 millions. De Thomas de Keyser (1596/7-1667), un portrait d’homme daté de 1627, peint à l’huile sur cuivre dans un format octogonal (28 x 22,2 cm.) a été payé 1,48 million de dollars sur une estimation de 300.000/500.000 dollars.

2,09 millions de dollars pour une œuvre de la collection Elizabeth Taylor

Un portrait d’homme de Frans Hals (1581/5-1666) peint à l’huile sur toile (77,7 x 66 cm) et estimé 700.000/900.000 dollars a été payé 2,09 millions de dollars. Ce tableau provient de la collection de l’actrice Elizabeth Taylor où, en matière de peinture ancienne, le nom de Rembrandt figure également.

Taux d’invendus record pour les dessins anciens chez Sotheby’s 

Le 25 janvier, Sotheby’s ouvrait ces séries de vente autour de la peinture ancienne avec un catalogue de 223 lot dans la spécialité du dessin. Les résultats de cette vacation sont marqués par un taux d’invendus record de quelque 49 %.

Du côté de l’opérateur, la déconvenue est compensée par certains lots payés très au-dessus des estimations, et d’autant plus facilement que l’estimation la plus élevée du catalogue culminait à “seulement” 300.000/400.000 dollars. Elle concernait un petit portrait de jeune homme attribué à Piero del Pollaiuolo (1443-1496), crayon et encre brune sur craie noire, qui a enregistré la plus forte enchère. Le J. Paul Getty Museum de Los Angeles l’a acquis pour 1,39 million de dollars.

Des albums d’un suiveur de Rubens et de l’atelier de Poussin payés au prix fort

Parmi les lots les mieux vendus, une étude de de femme au crayon par Thomas Gainsborough (1727-1788) a été payée 314.500 dollars sur une estimation de 100.000/150.000 dollars ; un album intitulé De Figuris Humanis, 66 pages de texte et d’illustrations manuscrits d’un suiveur de Peter Paul Rubens, seconde moitié du XVIIe siècle avec une page de titre du XVIIIe siècle,  a été payé  302.500 dollars sur une estimation de 70.000/90.000 dollars ; de l’atelier de Nicolas Poussin, un album de 162 pages de texte et d’illustrations manuscrits consacrés à Leonardo de Vinci, milieu du XVIIe siècle, a été payé 200.500 dollars sur une estimation de 60.000/80.000 dollars.

Une feuille de Watteau invendue

La seconde estimation la plus importante du catalogue, 120.000/160.000 dollars, espérée pour pour une petite feuille recto/verso de Jean Antoine Watteau (1684-1721) représentant des études de personnages à la craie rouge, n’a pas été atteinte.

Troisième vacation de Sotheby’s : 38 % d’invendus

La dernière vacation de Sotheby’s, consacrée à la peinture ancienne et du XIXe siècle, est également marqué par un fort taux d’invendu. Il s’agit de quelque 38 % dans un catalogue de 226 lots, avec une proportion plus marquée sur la peinture ancienne, minoritaire avec 89 lots présentés dont 55% sont restés sur le carreau. L’estimation basse la plus importante était de 100.000 dollars.

Prix minimum pour le lot le plus cher du catalogue

Le lot le plus cher, une marine d’Ivan Konstantinovich Aivazovsky (1817-1900) peinte en 1895 à l’huile sur toile (62,5 cm x 83,5 cm)a été payée 122.500 dollars avec les frais (20%) sur une estimation de 100.000/150.000 dollars sans ces frais.

Jean-Baptiste Detaille : vendu et invendu

Toujours pour les estimations les plus élevées, Champigny, décembre 1870, une scène militaire peinte à l’ huile sur toile (121,9 x 218,4 cm) de Jean-Baptiste Detaille (1848-1912), a été abandonnée à 68.500 dollars avec les frais (20%) sur une estimation de 70.000/100.000 dollars sans ces frais.

Du même artiste, une autre scène de la bataille de Champigny peinte à l’huile sur une toile encore plus monumentale (160 x 304, 3 cm), n’a pas trouvé preneur avec une estimation de 50.000/70.000 dollars. Ces deux œuvres proviennent de la collection Forbes.

Les mieux vendus

Parmi les lots les mieux vendus et au-dessus de l’estimation, on trouve Miranda, une huile sur toile (152,4 x 84,5 cm) de Thomas Francis Dicksee  (1819-1895). Elle a  été payée 86.500 dollars sur la base d’une estimation de 20.000/30.000 dollars.

Du côté de la peinture ancienne, l’enchère la plus importante est allée à un Saint Jacques le Mineur du cercle du Greco, peint à l’huile sur toile (89,5 x 73 cm). L’œuvre a été payée 68.500 dollars sur une estimation de 20.000/30.000 dollars.

Peinture ancienne et dessins et aquarelles britanniques chez Christie’s : 25 % d’invendus 

La vacation de Christie’s du 26 janvier consacrée à la peinture ancienne et aux dessins et aquarelles britanniques des XVIIIe et XIXe siècles  a vu 112 des 140 lots présentés au catalogue trouver preneur.

Dessin de Turner abandonné sous son estimation

L’œuvre à l’estimation la plus élevée, The Chain Pier, Brighton, crayon et encre sur papier Whatman (14,6 x 22,2 cm) de Joseph Mallord William Turner (1775-1851), a été laissée sous son estimation de 300.000/500.000 dollars sans les frais (20%) en étant payée  338.000 dollars avec ces frais.

Vendus au-dessus des estimations

D’Edward Lear (1812-1888 ), Montenegro, un dessin aquarellé monogrammé et daté de 1870-72 sur papier Whatman (76,2 x 121,9 cm) contrecollé sur panneau, a été payé 422.500 dollars sur une estimation de 120.000/180.000 dollars.

De Friedrich Overbeck (1789-1869), une Madone à l’Enfant, crayon sur papier (42,4 x 42,9 cm) daté de 1841, a été payée 68.500 dollars sur une estimation de 10.000/15.000 dollars.

Attribué à Lucas Cranach Le Jeune 1515-1586), un portrait de dame à la gouache sur vélin (24,5 x 18,4 cm) a été payé 104.500 dollars sur une estimation de 50.000/60.000 dollars.

De Jean-François de Troy (1679-1752), une étude de Christ aux craies rouge et blanche sur papier chamois (25,6 x 43,4 cm) a été payée 86.500 dollars sur une estimation de 20.000/30.000 dollars.

Dessin à la craie de Thomas Gainsborough invendu et rabais marginaux

Un dessin animalier aux craies blanche et noire de Thomas Gainsborough (1727-1788) sur papier Amsterdam (21,3 cm x 18,5 cm), estimé 120.000/180.000 dollars, n’a pas trouvé preneur.

À la marge, quelques lots ont été abandonnés sous leur estimation. Un Couronnement de Charlemagne par Andrea Boscoli (1560-1607), trace de craies blanche et rouge, crayon et encre brune, lavis marron, 17 x 26 cma été payé 1.625 dollars sur une estimation de 4.000/6.000 dollarsDe Giovanni Battista Beinaschi (1636-1688), un sujet à la Madone et l’Enfant, pastel avec traces de craie blanche sur papier chamois (24,7 x 34,5 cm) a été payé le même prix que le précédent mais pour estimation de 3.000/5.000 dollars.

 24 % d’invendus pour la vente de peinture ancienne du Christie’s du 26 janvier

Le catalogue de cette vacation, deuxième partie de celle du 25 janvier mais regroupant des œuvres beaucoup moins importantes, comptait 112 lots. 85 ont trouvé preneur.

Vendu et invendu pour Giovanni Francesco Barbieri

L’enchère la plus importante est allée à Giovanni Francesco Barbieri (1591-1666) pour un Amnon and Tamar à l’huile sur toile (109,8 x 15,5 cm). Estimée 150.000/250.000 dollars, l’œuvre a été payée 266.500 dollars. Un Saint Paul (121,3 x 102,2 cm) peint à l’huile sur toile par le même artiste et estimé 150.000/200.000 dollars n’a pas trouvé preneur.

Enchère importante pour Girolamo Figino

Parmi les enchères les plus importantes, une Madone nourrissant le Christ enfant de Girolamo Figino (actif à Milan durant la seconde moitié du XVIe siècle), peinte à l’huile sur panneau (64,7 x 47,6 cm) a été payée 158.500 dollars sur une estimation de 40.000/60.000 dollars.

Estimation pulvérisée pour Jacopo Amgoni  

L’enchère la plus spectaculaire a été portée sur une huile sur toile (125,7 x 102,8 cm) de Jacopo Amigoni (vers 1685-1752) représentant un jeune ramoneur. Estimée 10.000/15.000 dollars, cette œuvre a été payée 230.500 dollars.

Payé 20.700 livres en 1997, revendu 182.500 dollars en 2012

Un Portrait de Bessela Pelgrom par Cornelis de Vos (1584-1651), peint à l’huile sur panneau (104,7 x 73,7 cm), a été payé 182.500 dollars sur une estimation de 60.000/80.000 dollars. L’avant-dernier vendeur avait payé cette œuvre 20.700 livres en juillet 1997 chez Christie’s Londres. Elle était alors attribuée à Gaspar de Crayer, peintre un peu moins cher que de Vos en vente publique.

Pierrick Moritz

Du “miracle” du marché de l’art et d’internet

19 janvier 2012

Actualisé le 20/01/2011 à 7h13

“On peut toujours nous rabattre les oreilles avec l’avenir que représente le transfert de l’activité physique des commerçants vers le numérique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déplacement vers une technologie du XXIe siècle qui consacre le modèle socio-économique du XIXe  : plus pyramidal, tu meurs et dévalorisation du travail. En prime, la marchandise y est considérablement dépréciée.”

Les performances du marché de l’art sont louées de façon très exagérée dans ce que l’on peut lire et entendre en ce moment. S’il est vrai que les milliardaires ne connaissent pas la crise, ce qui n’est pas vraiment une nouveauté, la réalité de cet univers très opaque, dont seules les informations et la communication émanant des opérateurs de ventes volontaires aux enchères publiques et en courtage parviennent jusqu’à nous, est beaucoup plus nuancée. Le marché de l’art intégre également une partie  privée extrêmement importante et dont on ignore à peu près tout.

Progression des chiffres d’affaires, invendus et défaillances

La progression des chiffres d’affaires des maisons de ventes aux enchères publiques en 2011 repose en partie sur des transactions à des niveaux records plus nombreuses, baobabs qui cachent des déserts d’invendus depuis septembre 2008, encore plus nombreux depuis la rentrée 2011. Ces taux ont pu monter jusqu’à 70 % dans les grandes ventes internationales ces derniers mois. Ils concernent également des œuvres et objets d’art majeurs, de toiles de Picasso jusqu’à des objets d’art chinois rarissimes.

Pour cette dernière spécialité, extrêmement spéculative, le phénomène grandissant des  cautions réclamées par les maisons de ventes aux enchères à des enchérisseurs pré-inscrits révèle que les cas d’impayés sont plus nombreux. Les résultats des dernières séries de ventes à Hong Kong des grands opérateurs occidentaux indiquent un net repli, avec pléthore de lots majeurs restés sur le carreau.

Pour les mandats où les vendeurs assument tous les frais de mise en vente, comme c’est le cas dans les transactions avec les sociétés anglo-saxonnes, la rentabilité de ces opérateurs pourrait ne pas être trop impactée par ces déconvenues. Il n’empêche que ces forts taux d’invendus constituent une très mauvaise publicité et placent les vendeurs potentiels des biens les plus intéressants en position attentiste.

Au bord de la crise de panique

Dans l’édition du mois de novembre du Art Newspaper, vrai succès éditorial britannique dont on aimerait bien avoir un l’équivalent qualitatif en France, figure une analyse qui décrit le milieu des marchands anglo-saxons opérant dans le milieu de gamme comme étant au bord de la crise de panique face au désastre de la situation.

Pour constater ce genre de réalité en France, il faut visiter les galeries où règne majoritairement une grande morosité. Au Louvre des Antiquaires, à Paris, le nombre de boutiques inoccupées bat des records.

On peut toujours nous rabattre les oreilles avec “l’avenir” que représente le transfert de l’activité physique d’une partie de ces commerçants sur le numérique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déplacement vers une technologie du XXIe siècle qui importe le modèle socio-économique du XIXe  : plus pyramidale, tu meurs et sous-valorisation du travail. En prime, la marchandise y est considérablement dépréciée.

Artprice, eBay, l’art vendu sur Internet

Au sujet du l’art vendu sur internet, l’évènement du mois de janvier en France a été le lancement du courtage aux enchères sur Artprice, une nouvelle activité qui va forcément augmenter le chiffre d’affaires de la société. Reste à savoir dans quelles proportions.

La menace d’assignation en référé par le Conseil des Ventes Volontaires au sujet de la communication initiale d’Artprice, concernant une confusion possible des activités de courtage du site avec celles des maisons de vente aux enchères, aura été profitable aux deux parties. L’entreprise a bénéficié d’une campagne de publicité à l’œil et l’autorité de régulation d’une clarification publique de la situation.

Une différence notable entre ces deux types de commerce concerne la responsabilité de l’opérateur en cas de problèmes découlant de la transaction. Elle est totale pour une maison de vente aux enchères, argument qui peut convaincre l’acheteur malgré une commission très élevée, quand elle ne concerne que le vendeur (et non l’intermédiaire) dans le cas du courtage. Néanmoins, on sait que la responsabilité d’eBay, seul exemple de société de courtage aux enchères en ligne à grande échelle connu, et le plus ancien, a été pointé du doigt dans certaines affaires juridiques. Il s’agit de la lutte conte la contrefaçon et du libre choix des distributeurs pour des marques de luxe.

Les courtiers d’art aux enchères de l’internet concurrencent bien les maisons de ventes aux enchères, mais jusqu’à un certain niveau de prix

Dans la rubrique “art/antiquités” d’eBay, une céramique chinoise est parfois enlevée à 15.000 euros ou un tableau à 20.000 euros. Dans un contexte de biens invendus conséquents, ces cas restent minoritaires et concernent principalement la marchandise de vendeurs professionnels. Ces derniers sont juridiquement obligés d’accepter le retour des objets et de les rembourser au cas où les acheteurs ne les jugeraient pas conformes, ce qui n’est pas le cas pour les vendeurs particuliers.

Si le modèle et la marchandise proposés par ce courtage aux enchères en ligne concurrencent directement les maisons de vente aux enchères publiques, le phénomène s’inscrit dans une certaine limite de prix. Depuis bientôt 11 ans qu’eBay a ouvert sa plateforme française, les maisons de vente aux enchères publiques ont progressivement revu leur stratégie en montant en gamme, mais aussi en proposant parfois des ventes à des prix bien plus attractifs que sur le site américain, notamment dans le domaine des objets de collection.

Courtage : prudence et risques de détournement de commission

On n’achète pas plus une œuvre d’art d’une certaine valeur sans la voir physiquement, qu’une voiture sans l’essayer ou un appartement sans le visiter. Et avant même d’engager ne serait-ce que plusieurs centaines d’euros pour acquérir un bien sur photographie, les acheteurs potentiels veulent la garantie d’un intermédiaire fiable, la possibilité d’une mise en relation avec le vendeur avant échéance et ils peuvent souhaiter voir l’œuvre en question avant le règlement.

C’est dans cette possibilité du contact direct entre vendeur et acheteur qu’on trouve la situation du détournement de commission, c’est-à-dire quand le vendeur qui a trouvé preneur grâce au courtier décide de se débrouiller pour ne pas rénumérer ce dernier. Il peut également proposer son bien auprès de plusieurs courtiers et donc annuler certaines mises en vente à tout moment.

Difficulté à trouver une marchandise de qualité

Nombreux sont ceux qui ont créé des sites sur Internet dans le but de capter les biens des particuliers et de manière plus ou moins frontale. Depuis 20 ans que je traîne dans ce milieu, je peux vous affirmer que la marchandise réellement intéressante est rare. Et les choses ne vont pas en s’arrangeant. Avant de trouver un tableau un tant soit peu valable, il faut en avoir vu des milliers. Si les catalogues des maisons de vente, les galeries et les boutiques d’antiquités les plus prestigieux donnent une impression de qualité généralisée, l’écrémage est de plus en plus rude pour arriver à pareille concentration.

Pour les maisons de ventes aux enchères les plus célèbres, la captation de prestigieuses collections nécessite un important travail de suivi et de communication, des moyens financiers colossaux et de pouvoir s’offrir un personnel maniant les codes sociaux de milieux très privilégiés. Comme pour l’immobilier haut de gamme, il est recruté dans les mêmes univers sociaux-culturels que ceux auxquels appartient la clientèle potentielle. Cette éducation plutôt aristocratique implique d’être capable des mêmes égards envers les clients plus modestes.

Pierrick Moritz

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Le conseil des ventes abandonne son projet d’action en référé visant les enchères d’Artprice

17 janvier 2012

Actualisé le 17/01/2012 à 18H29

Dans un communiqué daté d’aujourd’hui, le Conseil des Ventes Volontaires annonce l’abandon de son intention d’assigner Artprice en référé au sujet de ses enchères électroniques qui débuteront demain. Cette décision est consécutive à un dialogue engagé avec Artprice.

L’autorité de régulation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques estimait que la communication initiale d’Artprice au sujet de cette nouvelle activité de courtage aux enchères électroniques pouvait évoquer des opérations de ventes aux enchères électroniques, activité qu’elle encadre d’un point de vue légal en France.

Les activités de ventes aux enchères obligent à obtenir l’agrément du Conseil des Ventes. Dans le cadre de mandats, elles engagent au respect d’une réglementation stricte, et notamment avec une responsabilité de l’opérateur en cas de problèmes consécutifs à la transaction. Le dernier et plus fort enchérisseur remporte l’objet mis en vente ; il sera récupéré auprès du mandataire.

Dans l’activité du courtier - comme c’est le cas pour eBay – l’opérateur ainsi désigné assure une simple mise en relation entre acheteurs et vendeurs. Ces derniers gèrent l’opération et sont responsables des conséquences qui pourraient découler de la transaction. Ils choisissent parmi les plus forts enchérisseurs celui avec lequel ils souhaitent conclure l’affaire et s’occupent de l’acheminement du bien jusqu’à destination.

Dans les deux cas, les opérateurs perçoivent une commission – un pourcentage, généralement - sur le fruit de la vente.

Dans son communiqué, le Conseil des Ventes motive l’abandon de son projet d’assignation en référé par les modifications successives apportées par Artprice sur son site internet à la suite des demandes réitérées qu’il lui a faites, clarifient le rôle de la société ainsi que la nature des relations entre les utilisateurs de son nouveau service de courtage.

Au terme de son communiqué, le Conseil des ventes prévient qu’il restera vigilant sur le respect par les opérateurs intervenant sur internet de la distinction non équivoque voulue par le législateur entre l’activité de courtage et l’activité de vente aux enchères qui bénéficie seule des garanties apportées par la loi. En qualité d’autorité de régulation, il entend jouer pleinement son rôle d’information et de prévention dans l’intérêt du public.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/01/12/le-conseil-des-ventes-volontaires-a-suspendu-ses-demarches-dassignation-en-refere-dartprice

PM

Centenaire du naufrage du Titanic : ventes aux enchères et produits inspirés du paquebot

13 janvier 2012

2012 est l’année du centenaire du naufrage du Titanic, paquebot mythique coulé par un choc avec un iceberg au large de la Nouvelle-Écosse au cours de son voyage inaugural vers New York, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Actualité des ventes aux enchères et mise en avant de produits et créations inspirés du paquebot marquent cet évènement.

Si, entre une tête de rivet payée 504 livres, des clés des toilettes de première classe parties à 43.000 livres et un plan en coupe à 220.200 livres, on trouve régulièrement des souvenirs du Titanic dans les ventes aux enchères internationales, le centenaire du naufrage le plus célèbre du monde engendre une actualité plus fournie dans ce domaine, notamment avec la mise sur le marché d’une exceptionnelle collection de plus 5.000 objets collectés sur le site de l’épave.

Les produits et créations inspirés de l’histoire du Titanic sont également mis en avant en 2012, comme un  livre de recettes du dernier dîner en première classe (prévoir homard et caviar frais), une édition commémorative du service à vaisselle du restaurant “à la carte” et la sortie en 3-D du Titanic de James Cameron, le 4 avril dans les salles de cinéma françaises.

Plus de 5.000 objets récupérés sur le site du naufrage

Quand les objets en rapport avec le Titanic habituellement proposés à la vente ont été sauvés du naufrage par des passagers ou n’ont jamais été présents à bord, les quelque 5.000 reliques de la vacation du 11 avril à New York par l’opérateur Guernesey sont exceptionnelles car directement collectées sur le site de l’épave par RMS Titanic, Inc. Cette entreprise a mené de manière exclusive les missions de recherche et de récupération sous-marines depuis la localisation du Titanic en 1985.

Il s’agit notamment d’effets personnels de passagers, comme une épingle à cheveux, une paire de lunettes ou un sac en maille, un gilet en laine retrouvé dans une valise et un bracelet, de vaisselle, d’art décoratif comme ce chérubin en bronze, porte-torchère qui ornait la rampe du grand escalier, et d’éléments de construction du navire.

Ces vestiges ont été prélevés au cours de sept campagnes de fouilles sous-marines organisées pendant 25 ans. Le lot comprend également les droits des vidéos des plongées, des images 3-D du navire, et la carte de la première enquête complète et unique réalisée sur le site de l’épave.

Clauses restrictives

Cette collection est proposée aux enchères en un seul lot estimé 189 millions de dollars. Son acquisition est subordonnée à certaines clauses restrictives comme l’entretien des objets et leur exposition publique.

L’acheteur aura également la possibilité d’assumer un rôle “d’intendant” du Titanic, avec la mission de protéger et de préserver le site du naufrage pour les générations futures. Une partie des bénéfices de la vente sera consacrée à un fonds de dotation pour la conservation des futurs objets collectés.

220.000 livres pour une coupe en largeur du paquebot

Le prix le plus élevé obtenu en vente publique pour un souvenir du Titanic a été enregistré l’année dernière chez l’opérateur britannique Henry Aldridge & Son, avec 220.000 livres engagées sur un plan d’époque montrant une coupe en largeur du paquebot. Dans la même vacation, un ensemble de deux clefs des toilettes de première classe a été payé 43.000 livres.

Henry Aldridge & Son, qui a régulièrement proposé des souvenirs du Titanic ces dernières années, a annoncé la présence de souvenirs provenant du paquebot mythique dans une vacation sur le thème de la marine proposée le 31 mars prochain. On y trouvera notamment un menu de première classe pour le déjeuner du 14 avril 1912 et un trousseau de clés de magasinier.

60.000 livres pour un gilet de sauvetage

Parmi d’autres reliques rattachées au Titanic et vues en vente publique ces dernières années, un ensemble de 8 télégrammes envoyés entre le 15 et le 18 avril 1912 par Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line, à leur bureau de New York et au sujet du naufrage a été payé 86.500 dollars chez Sotheby’s New York en décembre dernier. En mai 2007, Christie’s Londres vendait le filet de sauvetage d’une rescapée (et dédicacé par d’autres passagers) pour 60.000 livres ; une tête de rivet du paquebot du même catalogue portant l’inscription R.M.S. Titanic était payée 504 livres dans la même vacation.

Cameron et Last Dinner on the Titanic

2012, année du centenaire du naufrage du Titanic, voit aussi la mise en avant de produits et créations inspirés de son histoire. James Cameron en profite pour une sortie, le 4 avril en France, de son célèbre film en version 3-D. Côté cuisine, on retrouve Last Dinner on the Titanic (sorti en 1997), un manuel proposant de recréer l’atmosphère du dernier dîner de première classe avec le menu historique, une superproduction - naufrage non compris - où homard Thermidor et œufs de caille en gelée au caviar ouvrent la marche.

La Titanic, une célèbre bière québécoise. L’acool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération  

1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe

On peut aussi se procurer une édition  spéciale “100 ème anniversaire” du service à vaisselle du restaurant “à la carte” du Titanic (120 dollars l’assiette plate), fabriquée par la faïencerie anglaise d’origine, et même la musique jouée à bord (18,95 dollars le CD). Les moins fortunés trouveront leur bonheur dans le choix d’élements d’un kit Titanic Dinner Party. Icicomptez 1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe.    

Tee-shirt humoristique dans une vitrine nord-américaine

“Authentique poudre de charbon du Titanic

Croisière sur les lieux du naufrage ou traversée de l’Atlantique en version luxe ou “charter” suivant l’itinéraire du paquebot (jusqu’à New York et si tout se passe bien vu le trafic en perspective), maquettes, pièces et autres médailles commémoratives, dont une recouverte de poudre de charbon certifiée comme provenant du Titanic, font également partie du programme marchand du centenaire du naufrage du paquebot.

Pierrick Moritz

Le Conseil des Ventes Volontaires a suspendu ses démarches d’assignation en référé d’Artprice

12 janvier 2012

Le Conseil des Ventes Volontaires a annoncé hier dans un nouveau communiqué que ses démarches d’assignation en référé portant sur une clarification du cadre des enchères en ligne d’Artprice étaient suspendues. Il indique : “avoir pris connaissance des modifications successives opérées depuis le 7 janvier 2012 sur le site Internet de la société Artprice à la suite des demandes formulées auprès d’elle par le Conseil. Il constate ainsi que le dialogue qu’il a initié avec Artprice a permis d’obtenir la clarification de la prestation de courtage en ligne proposée par cette société”.

Dans ce même communiqué, cette autorité de régulation des ventes aux enchères publiques pointe du doigt les conditions générales d’utilisation de ce nouveau service de courtage où, selon elle, les relations entre les vendeurs et acquéreurs potentiels contractant en ligne sont présentées sous la terminologie de “ventes aux enchères à distance par voie électronique”.

Lire le communiqué : http://www.conseildesventes.fr/images/stories/actualite/communiquépresse110112.pdf

Articles en rapport :  – Artprice dément l’existence d’une action en référé du Conseil des Ventes Volontaires : http://artwithoutskin.com/2012/01/11/artprice-dement-lexistence-dune-action-en-refere-du-conseil-des-ventes-volontaires

Le Conseil des Ventes Volontaires lance un référé sur les futures enchères en ligne d’Artprice : http://artwithoutskin.com/2012/01/06/23675/


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