Du “miracle” du marché de l’art et d’internet

19 janvier 2012

Actualisé le 20/01/2011 à 7h13

“On peut toujours nous rabattre les oreilles avec l’avenir que représente le transfert de l’activité physique des commerçants vers le numérique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déplacement vers une technologie du XXIe siècle qui consacre le modèle socio-économique du XIXe  : plus pyramidal, tu meurs et dévalorisation du travail. En prime, la marchandise y est considérablement dépréciée.”

Les performances du marché de l’art sont louées de façon très exagérée dans ce que l’on peut lire et entendre en ce moment. S’il est vrai que les milliardaires ne connaissent pas la crise, ce qui n’est pas vraiment une nouveauté, la réalité de cet univers très opaque, dont seules les informations et la communication émanant des opérateurs de ventes volontaires aux enchères publiques et en courtage parviennent jusqu’à nous, est beaucoup plus nuancée. Le marché de l’art intégre également une partie  privée extrêmement importante et dont on ignore à peu près tout.

Progression des chiffres d’affaires, invendus et défaillances

La progression des chiffres d’affaires des maisons de ventes aux enchères publiques en 2011 repose en partie sur des transactions à des niveaux records plus nombreuses, baobabs qui cachent des déserts d’invendus depuis septembre 2008, encore plus nombreux depuis la rentrée 2011. Ces taux ont pu monter jusqu’à 70 % dans les grandes ventes internationales ces derniers mois. Ils concernent également des œuvres et objets d’art majeurs, de toiles de Picasso jusqu’à des objets d’art chinois rarissimes.

Pour cette dernière spécialité, extrêmement spéculative, le phénomène grandissant des  cautions réclamées par les maisons de ventes aux enchères à des enchérisseurs pré-inscrits révèle que les cas d’impayés sont plus nombreux. Les résultats des dernières séries de ventes à Hong Kong des grands opérateurs occidentaux sont en net replis, avec pléthore de lots majeurs restés sur le carreau.

Pour les mandats où les vendeurs assument tous les frais de mise en vente, comme c’est le cas dans les transactions avec les sociétés anglo-saxonnes, la rentabilité de ces opérateurs pourrait ne pas être trop impactée par ces déconvenues. Il n’empêche que ces forts taux d’invendus constituent une très mauvaise publicité et placent les vendeurs potentiels des biens les plus intéressants en position attentiste.

Au bord de la crise de panique

Dans l’édition du mois de novembre du Art Newspaper, vrai succès éditorial britannique dont on aimerait bien avoir un l’équivalent qualitatif en France, figure une analyse qui décrit le milieu des marchands anglo-saxons opérant dans le milieu de gamme comme étant au bord de la crise de panique face au désastre de la situation.

Pour constater ce genre de réalité en France, il faut visiter les galeries où règne majoritairement une grande morosité. Au Louvre des Antiquaires, à Paris, le nombre de boutiques inoccupées bat des records.

On peut toujours nous rabattre les oreilles avec “l’avenir” que représente le transfert de l’activité physique d’une partie de ces commerçants sur le numérique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déplacement vers une technologie du XXIe siècle qui importe le modèle socio-économique du XIXe  : plus pyramidale, tu meurs et sous-valorisation du travail. En prime, la marchandise y est considérablement dépréciée.

Artprice, eBay, l’art vendu sur Internet

Au sujet du l’art vendu sur internet, l’évènement du mois de janvier en France a été le lancement du courtage aux enchères sur Artprice, une nouvelle activité qui va forcément augmenter le chiffre d’affaires de la société. Reste à savoir dans quelles proportions.

La menace d’assignation en référé par le Conseil des Ventes Volontaires au sujet de la communication initiale d’Artprice, concernant une confusion possible des activités de courtage du site avec celles des maisons de vente aux enchères, aura été profitable aux deux parties. L’entreprise a bénéficié d’une campagne de publicité à l’œil et l’autorité de régulation d’une clarification publique de la situation.

Une différence notable entre ces deux types de commerce concerne la responsabilité de l’opérateur en cas de problèmes découlant de la transaction. Elle est totale pour une maison de vente aux enchères, argument qui peut convaincre l’acheteur malgré une commission très élevée, quand elle ne concerne que le vendeur (et non l’intermédiaire) dans le cas du courtage. Néanmoins, on sait que la responsabilité d’eBay, seul exemple de société de courtage aux enchères en ligne à grande échelle connu, et le plus ancien, a été pointé du doigt dans certaines affaires juridiques. Il s’agit de la lutte conte la contrefaçon et du libre choix des distributeurs pour des marques de luxe.

Les courtiers d’art aux enchères de l’internet concurrencent bien les maisons de ventes aux enchères, mais jusqu’à un certain niveau de prix

Dans la rubrique “art/antiquités” d’eBay, une céramique chinoise est parfois enlevée à 15.000 euros ou un tableau à 20.000 euros. Dans un contexte de biens invendus conséquents, ces cas restent minoritaires et concernent principalement la marchandise de vendeurs professionnels. Ces derniers sont juridiquement obligés d’accepter le retour des objets et de les rembourser au cas où les acheteurs ne les jugeraient pas conformes, ce qui n’est pas le cas pour les vendeurs particuliers.

Si le modèle et la marchandise proposés par ce courtage aux enchères en ligne concurrencent directement les maisons de vente aux enchères publiques, le phénomène s’inscrit dans une certaine limite de prix. Depuis bientôt 11 ans qu’eBay a ouvert sa plateforme française, les maisons de vente aux enchères publiques ont progressivement revu leur stratégie en montant en gamme, mais aussi en proposant parfois des ventes à des prix bien plus attractifs que sur le site américain, notamment dans le domaine des objets de collection.

Courtage : prudence et risques de détournement de commission

On n’achète pas plus une œuvre d’art d’une certaine valeur sans la voir physiquement, qu’une voiture sans l’essayer ou un appartement sans le visiter. Et avant même d’engager ne serait-ce que plusieurs centaines d’euros pour acquérir un bien sur photographie, les acheteurs potentiels veulent la garantie d’un intermédiaire fiable, la possibilité d’une mise en relation avec le vendeur avant échéance et ils peuvent souhaiter voir l’œuvre en question avant le règlement.

C’est dans cette possibilité du contact direct entre vendeur et acheteur qu’on trouve la situation du détournement de commission, c’est-à-dire quand le vendeur qui a trouvé preneur grâce au courtier décide de se débrouiller pour ne pas rénumérer ce dernier. Il peut également proposer son bien auprès de plusieurs courtiers et donc annuler certaines mises en vente à tout moment.

Difficulté à trouver une marchandise de qualité

Nombreux sont ceux qui ont créé des sites sur Internet dans le but de capter les biens des particuliers et de manière plus ou moins frontale. Depuis 20 ans que je traîne dans ce milieu, je peux vous affirmer que la marchandise réellement intéressante est rare. Et les choses ne vont pas en s’arrangeant. Avant de trouver un tableau un tant soit peu valable, il faut en avoir vu des milliers. Si les catalogues des maisons de vente, les galeries et les boutiques d’antiquités les plus prestigieux donnent une impression de qualité généralisée, l’écrémage est de plus en plus rude pour arriver à pareille concentration.

Pour les maisons de ventes aux enchères les plus célèbres, la captation de prestigieuses collections nécessite un important travail de suivi et de communication, des moyens financiers colossaux et de pouvoir s’offrir un personnel maniant les codes sociaux de milieux très privilégiés. Comme pour l’immobilier haut de gamme, il est recruté dans les mêmes univers sociaux-culturels que ceux auxquels appartient la clientèle potentielle. Cette éducation plutôt aristocratique implique d’être capable des mêmes égards envers les clients plus modestes.

Pierrick Moritz

Articles en rapport :

http://artwithoutskin.com/2011/05/24/la-chute-des-prix-des-objets-de-collection-des-antiquites-des-objets-et-des-oeuvres-d%e2%80%99art-plus-ou-moins-courants

http://artwithoutskin.com/2011/01/28/chiffre-daffaires-record-pour-christies-les-vendeurs-occidentaux-paient-les-effets-de-la-crise

Le conseil des ventes abandonne son projet d’action en référé visant les enchères d’Artprice

17 janvier 2012

Actualisé le 17/01/2012 à 18H29

Dans un communiqué daté d’aujourd’hui, le Conseil des Ventes Volontaires annonce l’abandon de son intention d’assigner Artprice en référé au sujet de ses enchères électroniques qui débuteront demain. Cette décision est consécutive à un dialogue engagé avec Artprice.

L’autorité de régulation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques estimait que la communication initiale d’Artprice au sujet de cette nouvelle activité de courtage aux enchères électroniques pouvait évoquer des opérations de ventes aux enchères électroniques, activité qu’elle encadre d’un point de vue légal en France.

Les activités de ventes aux enchères obligent à obtenir l’agrément du Conseil des Ventes. Dans le cadre de mandats, elles engagent au respect d’une réglementation stricte, et notamment avec une responsabilité de l’opérateur en cas de problèmes consécutifs à la transaction. Le dernier et plus fort enchérisseur remporte l’objet mis en vente ; il sera récupéré auprès du mandataire.

Dans l’activité du courtier - comme c’est le cas pour eBay – l’opérateur ainsi désigné assure une simple mise en relation entre acheteurs et vendeurs. Ces derniers gèrent l’opération et sont responsables des conséquences qui pourraient découler de la transaction. Ils choisissent parmi les plus forts enchérisseurs celui avec lequel ils souhaitent conclure l’affaire et s’occupent de l’acheminement du bien jusqu’à destination.

Dans les deux cas, les opérateurs perçoivent une commission – un pourcentage, généralement - sur le fruit de la vente.

Dans son communiqué, le Conseil des Ventes motive l’abandon de son projet d’assignation en référé par les modifications successives apportées par Artprice sur son site internet à la suite des demandes réitérées qu’il lui a faites, clarifient le rôle de la société ainsi que la nature des relations entre les utilisateurs de son nouveau service de courtage.

Au terme de son communiqué, le Conseil des ventes prévient qu’il restera vigilant sur le respect par les opérateurs intervenant sur internet de la distinction non équivoque voulue par le législateur entre l’activité de courtage et l’activité de vente aux enchères qui bénéficie seule des garanties apportées par la loi. En qualité d’autorité de régulation, il entend jouer pleinement son rôle d’information et de prévention dans l’intérêt du public.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/01/12/le-conseil-des-ventes-volontaires-a-suspendu-ses-demarches-dassignation-en-refere-dartprice

PM

Centenaire du naufrage du Titanic : ventes aux enchères et produits inspirés du paquebot

13 janvier 2012

2012 est l’année du centenaire du naufrage du Titanic, paquebot mythique coulé par un choc avec un iceberg au large de la Nouvelle-Écosse au cours de son voyage inaugural vers New York, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Actualité des ventes aux enchères et mise en avant de produits et créations inspirés du paquebot marquent cet évènement.

Si, entre une tête de rivet payée 504 livres, des clés des toilettes de première classe parties à 43.000 livres et un plan en coupe à 220.200 livres, on trouve régulièrement des souvenirs du Titanic dans les ventes aux enchères internationales, le centenaire du naufrage le plus célèbre du monde engendre une actualité plus fournie dans ce domaine, notamment avec la mise sur le marché d’une exceptionnelle collection de plus 5.000 objets collectés sur le site de l’épave.

Les produits et créations inspirés de l’histoire du Titanic sont également mis en avant en 2012, comme un  livre de recettes du dernier dîner en première classe (prévoir homard et caviar frais), une édition commémorative du service à vaisselle du restaurant “à la carte” et la sortie en 3-D du Titanic de James Cameron, le 4 avril dans les salles de cinéma françaises.

Plus de 5.000 objets récupérés sur le site du naufrage

Quand les objets en rapport avec le Titanic habituellement proposés à la vente ont été sauvés du naufrage par des passagers ou n’ont jamais été présents à bord, les quelque 5.000 reliques de la vacation du 11 avril à New York par l’opérateur Guernesey sont exceptionnelles car directement collectées sur le site de l’épave par RMS Titanic, Inc. Cette entreprise a mené de manière exclusive les missions de recherche et de récupération sous-marines depuis la localisation du Titanic en 1985.

Il s’agit notamment d’effets personnels de passagers, comme une épingle à cheveux, une paire de lunettes ou un sac en maille, un gilet en laine retrouvé dans une valise et un bracelet, de vaisselle, d’art décoratif comme ce chérubin en bronze, porte-torchère qui ornait la rampe du grand escalier, et d’éléments de construction du navire.

Ces vestiges ont été prélevés au cours de sept campagnes de fouilles sous-marines organisées pendant 25 ans. Le lot comprend également les droits des vidéos des plongées, des images 3-D du navire, et la carte de la première enquête complète et unique réalisée sur le site de l’épave.

Clauses restrictives

Cette collection est proposée aux enchères en un seul lot estimé 189 millions de dollars. Son acquisition est subordonnée à certaines clauses restrictives comme l’entretien des objets et leur exposition publique.

L’acheteur aura également la possibilité d’assumer un rôle “d’intendant” du Titanic, avec la mission de protéger et de préserver le site du naufrage pour les générations futures. Une partie des bénéfices de la vente sera consacrée à un fonds de dotation pour la conservation des futurs objets collectés.

220.000 livres pour une coupe en largeur du paquebot

Le prix le plus élevé obtenu en vente publique pour un souvenir du Titanic a été enregistré l’année dernière chez l’opérateur britannique Henry Aldridge & Son, avec 220.000 livres engagées sur un plan d’époque montrant une coupe en largeur du paquebot. Dans la même vacation, un ensemble de deux clefs des toilettes de première classe a été payé 43.000 livres.

Henry Aldridge & Son, qui a régulièrement proposé des souvenirs du Titanic ces dernières années, a annoncé la présence de souvenirs provenant du paquebot mythique dans une vacation sur le thème de la marine proposée le 31 mars prochain. On y trouvera notamment un menu de première classe pour le déjeuner du 14 avril 1912 et un trousseau de clés de magasinier.

60.000 livres pour un gilet de sauvetage

Parmi d’autres reliques rattachées au Titanic et vues en vente publique ces dernières années, un ensemble de 8 télégrammes envoyés entre le 15 et le 18 avril 1912 par Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line, à leur bureau de New York et au sujet du naufrage a été payé 86.500 dollars chez Sotheby’s New York en décembre dernier. En mai 2007, Christie’s Londres vendait le filet de sauvetage d’une rescapée (et dédicacé par d’autres passagers) pour 60.000 livres ; une tête de rivet du paquebot du même catalogue portant l’inscription R.M.S. Titanic était payée 504 livres dans la même vacation.

Cameron et Last Dinner on the Titanic

2012, année du centenaire du naufrage du Titanic, voit aussi la mise en avant de produits et créations inspirés de son histoire. James Cameron en profite pour une sortie, le 4 avril en France, de son célèbre film en version 3-D. Côté cuisine, on retrouve Last Dinner on the Titanic (sorti en 1997), un manuel proposant de recréer l’atmosphère du dernier dîner de première classe avec le menu historique, une superproduction - naufrage non compris - où homard Thermidor et œufs de caille en gelée au caviar ouvrent la marche.

1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe

On peut aussi se procurer une édition  spéciale “100 ème anniversaire” du service à vaisselle du restaurant “à la carte” du Titanic (120 dollars l’assiette plate), fabriquée par la faïencerie anglaise d’origine, et même la musique jouée à bord (18,95 dollars le CD). Les moins fortunés trouveront leur bonheur dans le choix d’élements d’un kit Titanic Dinner Party. Icicomptez 1 dollar pour un fac-similé de billet de première classe.    

“Authentique poudre de charbon du Titanic”  

Croisière sur les lieux du naufrage ou traversée de l’Atlantique en version luxe ou “charter” suivant l’itinéraire du paquebot (jusqu’à New York et si tout se passe bien vu le trafic en perspective), maquettes, pièces et autres médailles commémoratives, dont une recouverte de poudre de charbon certifiée comme provenant du Titanic, font également partie du programme marchand du centenaire du naufrage du paquebot.

Pierrick Moritz

Le Conseil des Ventes Volontaires a suspendu ses démarches d’assignation en référé d’Artprice

12 janvier 2012

Le Conseil des Ventes Volontaires a annoncé hier dans un nouveau communiqué que ses démarches d’assignation en référé portant sur une clarification du cadre des enchères en ligne d’Artprice étaient suspendues. Il indique : “avoir pris connaissance des modifications successives opérées depuis le 7 janvier 2012 sur le site Internet de la société Artprice à la suite des demandes formulées auprès d’elle par le Conseil. Il constate ainsi que le dialogue qu’il a initié avec Artprice a permis d’obtenir la clarification de la prestation de courtage en ligne proposée par cette société”.

Dans ce même communiqué, cette autorité de régulation des ventes aux enchères publiques pointe du doigt les conditions générales d’utilisation de ce nouveau service de courtage où, selon elle, les relations entre les vendeurs et acquéreurs potentiels contractant en ligne sont présentées sous la terminologie de “ventes aux enchères à distance par voie électronique”.

Lire le communiqué : http://www.conseildesventes.fr/images/stories/actualite/communiquépresse110112.pdf

Articles en rapport :  – Artprice dément l’existence d’une action en référé du Conseil des Ventes Volontaires : http://artwithoutskin.com/2012/01/11/artprice-dement-lexistence-dune-action-en-refere-du-conseil-des-ventes-volontaires

Le Conseil des Ventes Volontaires lance un référé sur les futures enchères en ligne d’Artprice : http://artwithoutskin.com/2012/01/06/23675/

Artprice dément l’existence d’une action en référé du Conseil des Ventes Volontaires

11 janvier 2012

Dans un communiqué publié ce matin, Artprice dément l’existence d’un  référé du Conseil des Ventes Volontaires concernant une clarification des conditions de ses nouvelles enchères en ligne, celles-ci devant relever du cadre légal du courtage en ligne et non de celui des ventes aux enchères publiques. 

Le 6 janvier, l’autorité de régulation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques avait publié un communiqué rendant compte de cette action. 

Toujours visible sur son site, le document se termine par Le Conseil des ventes a donc adressé un courrier à la société Artprice pour lui demander de se mettre en conformité avec la loi et a décidé en parallèle de saisir le juge des référés en application de ces dispositions.

Voir le communiqué d’Artprice du 11/01/2012 : http://serveur.serveur.com/press_release/pressreleasefr.htm#a20120111

Voir le communiqué du Conseil des Ventes du 06/01/2012 : http://www.conseildesventes.fr/images/stories/actualite/communiquédepresse.pdf

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2012/01/06/23675/

PM

Une importante toile de Picasso volée à la Pinacothèque nationale d’Athènes

10 janvier 2012

Un portrait de femme à l’huile sur toile peint en 1939 par Pablo Picasso est l’œuvre majeure du butin d’un cambriolage commis dans la nuit de dimanche à lundi à la Pinacothèque d’Athènes, une information révélée hier sur le site de l’Athen News. Les voleurs ont aussi emporté une huile figurative datée de 1905 de Piet Mondrian et un dessin du XVIIe siècle de l’Italien Guglielmo Caccia.

Si l’on prend en compte les références actuelles du marché de l’art en vente publique, le dessin ancien vaudrait quelques dizaines de milliers d’euros et le tableau de Mondrian quelques centaines de milliers.

Cette œuvre de Mondrian se rattache à la période qui précède celle de l’abstraction, cette dernière étant éminemment plus recherchée avec un record en vente publique de 21,56 millions d’euros pour une Composition avec bleu, rouge, jaune et noir vendue au cours de la dispersion parisienne de la collection Saint Laurent/Bergé en 2009.

La valeur de la toile de Picasso peut être estimée à au moins plusieurs millions d’euros.

Invendables sur le marché de l’art, les importantes œuvres d’art volées, et notamment celles de Picasso, sont souvent retrouvées. Si ce n’est pas encore le cas pour le carnet de 33 dessins de l’artiste dérobé en juin 2008 au Musée Picasso de Paris, 3 de ses œuvres disparues de l’appartement parisien de sa petite-fille en février 2007 ont été récupérées quelques mois plus tard, dans le cadre de l’interpellation des auteurs du cambriolage.

En 2005, et pour une affaire remontant à l’année précédente, une nature morte “à la charlotte” peinte en 1924 avait été récupérée. En 2006, un tableau de l’artiste d’une valeur de 2 millions d’euros avait été restitué à une galerie monégasque au lendemain de son vol.

En 1986, à la National Gallery of Victoria de Melbourne, Femme pleurant (une toile  cubiste de 1937 représentant Dora Maar) avait été volée par un groupe se nommant  “Les Terroristes culturels australiens” et qui menaçait de la détruire si une rançon n’était pas payée.  17 jours plus tard, la toile était retrouvée sans dommages dans la consigne d’une gare.

Toujours pour un portrait de Dora Maar par Picasso, un buste en bronze avait été volé en 1999 dans le square de Saint-Germain-des-Prés qu’il agrémentait. L’œuvre sera retrouvée, exposée de bonne foi, dans une mairie de banlieue. Entre temps, elle avait transité par le fossé dans lequel on s’en était débarrassée.

Les œuvres d’art volées sont aussi menacées de détériorations et de destruction. Selon les déclarations de l’un des suspects mis en examen dans le cadre de l’affaire du cambriolage du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2010, les toiles dérobées de Braque, Léger, Matisse, Modigliani et Picasso auraient été jetées dans une poubelle.

Pierrick Moritz

“Pieds nus sur les limaces”, merveille cinématographique

8 janvier 2012

Pieds nus sur les limaces, long-métrage de Fabienne Berthaud sorti en 2010 et actuellement diffusé sur Canal+, est une merveilleuse réussite, notamment servie par des acteurs impeccables.

Avec force et fraîcheur, jamais dans la  démonstration, la réalisatrice maîtrise de bout en bout une brillante variation sur un thème original et infiniment casse-gueule, celui de l’être “déséquilibré” sur lequel repose l’équilibre de ceux qui l’entourent.

Ludivine Sagnier campe Lily, jeune fille désignée comme “psychotique de service” en raison de frasques régressives qui dévorent l’existence de son entourage, et en premier lieu de sa sœur (Diane Kruger).

Cette dernière est mariée à un avocat tout-à-fait-dans-le-moule-du-trentenaire-brillant (Denis Menochet).

Mais l’aînée ne trouve-t-elle pas son compte dans cette oppression permanente qui remplit ses pensées et pompe son énergie ?

Lily a compris. Lily voit ce que les autres ne peuvent pas voir. Lily agit comme un révélateur. Lily transcende le malheur à travers la création, le plus souvent avec des matériaux de récupération pas vraiment anodins.

Lily est bien la seule à savoir ce qu’elle veut et là où elle se trouve. Lily est capable de montrer la possibilité d’un vrai chemin.

PM

Pieds nus sur les limaces, un film de Fabienne Berthaud adapté de son roman. Sorti en 2010. Avec  Diane Kruger, Ludivine Sagnier, Denis Menochet, Brigitte Catillon, Jacques Spiesser, Anne Benoît, Jean-Pierre Martins, Gaëtan Gallier. Diffusé en janvier 2012 sur Canal+.

Comme d’habitude, on peut regretter le turn over étourdissant des films dans les salles de cinéma qui empêche souvent de découvrir de telles réussites au moment de leur sortie. On ne peut pas tout aller voir tout de suite.

Le Conseil des Ventes Volontaires lance un référé sur les futures enchères en ligne d’Artprice

6 janvier 2012

Actualisé le 7 janvier, 11 heures 30.

Avec une jurisprudence défavorable, l’assignation en référé d’Artprice par le Conseil des Ventes Volontaires montre la détermination des commissaires-priseurs à démarquer leur activité de mandataire de celle du courtage en ligne, mais aussi l’inquiétude concurrentielle suscitée par les nouvelles activités d’Artprice chez ces opérateurs traditionnels du marché de l’art.

À 10 jours du lancement des enchères d’œuvres d’art sur Artprice,  le Conseil des Ventes Volontaires de meubles aux enchères publiques a déposé un référé pour déterminer si l’opérateur doit déclarer une activité de ventes aux enchères par voie électronique, a annoncé hier l’AFP.

Selon la loi et la jurisprudence en la matière, la vente aux enchères publiques est définie par un mandat et une adjudication au meilleur enchérisseur intégralement gérée par cet intermédiaire. Il s’agit d’un engagement ferme établi par un contrat spécifique.

Si des activités commerciales d’Artprice étaient définies par la loi comme relevant de celles d’une maison de ventes aux enchères, l’opérateur se devrait d’obtenir l’agrément de cette autorité de régulation pour le secteur en France, le commerce des ventes aux enchères obéissant à des obligations spécifiques, notamment en termes de protection des consommateurs.

Pour ne pas entrer dans cette catégorie tout en pratiquant le mode de l’enchère, c’est le cas du site eBay, il faut pouvoir être défini comme courtier, un intermédiaire qui, moyennant rétribution, rapproche les acheteurs potentiels du vendeur mais où ce dernier conserve l’entière maîtrise de la transaction. Il peut choisir l’acheteur parmi les meilleurs enchérisseurs et même de ne pas vendre son objet si le montant des offres lui semble insuffisant (ce qui, au niveau de la réputation, n’est pas conseillé ; à lui de placer un prix de départ conforme à ses attentes ou un prix de réserve). Il encaisse directement le règlement et s’occupe de la remise de l’objet à l’acheteur quand dans le cas de la vente aux enchères ces opérations sont déléguées au mandataire.

Dans le cadre du courtage, le vendeur assume également l’entière gestion et responsabilité des litiges qui pourraient découler de la transaction.

Le Conseil des Ventes Volontaires a déjà lancé une action en justice contre le site eBay pour les mêmes raisons. En mai 2010, le TGI de Paris l’a débouté au motif qu’il s’agit justement de courtage aux enchères en ligne.

L’agrément du Conseil des Ventes Volontaires en termes de pouvoir sur une entreprise proposé dans cette affaire montre aussi l’inquiétude concurrentielle suscitée par les nouvelles activités d’Artprice chez les opérateurs traditionnels du marché de l’art, et bien que ces derniers s’en défendent.

Pierrick Moritz

À lire  : http://www.jurilexblog.com/zoom-contentieux-ebay-conseil-ventes-volontaires-262078et http://www.legalis.net/spip.php?page=jurisprudence-decision&id_article=2925).

http://www.legalis.net/spip.php?page=jurisprudence-decision&id_article=2925).

Art dans les ventes publiques : les deux enchères les plus importantes de 2011 en France réalisées par des études françaises

5 janvier 2012

Les deux enchères les plus élevées obtenues en France en 2011 ont été réalisées à Toulouse le 26 mars dernier par des commissaires-priseurs français et pour des objets d’art chinois. Marc Labarbe, de l’étude toulousaine qui a vendu un rouleau chinois de l’empereur Qianlong pour la somme astronomique de 22 millions d’euros sera, avec  Jack Philippe Ruellan et son étude de Vannes, le premier commissaire-priseur français à organiser une grande vente de vins français à Hong Kong en mai prochain.  

Le commissaire-priseur Marc Labarbe posant avec le rouleau d’une longueur de 24 mètres et datant du règne de l’empereur Qianlong. Crédit photo : étude Labarbe.

Avec une facture finale de 22,05 millions d’euros (17,8 millions hors frais), le rouleau impérial chinois long de 24 mètres ayant appartenu à l’empereur Qianlong (règne de 1736 à 1795), estimé 3 à 4 millions d’euros, et adjugé par Marc Labarbe à Toulouse le 26 mars dernier, constitue l’enchère la plus importante de l’année en France. Ce résultat dépasse très largement l’équivalent de 6 millions d’euros payé en octobre 2008 à Hong Kong pour la troisième peinture de cette même série qui en compte quatre, et les 6,06 millions engagés sur le rouleau impérial de la collection de Paul Doumer, un Banquet de la victoire dans les jardins de l’Ouest daté la même période, chez Christie’s Paris le 22 novembre 2005.

Détail du rouleau. Cette œuvre à sujet militaire intitulée Manœuvres, peinte par plusieurs artistes de la cour en 1748 ou 1749, et marquée de nombreux sceaux impériaux, fait partie d’une série de quatre, La Grande Revue. Crédit Photo : étude Labarde.

Il s’agit également de la plus grosse enchère jamais réalisée en France pour un objet chinois, record qui était auparavant détenu par Christie’s, pour une paire de cloisonnés payés 6,5 millions d’euros en juin 2007.

Selon le commissaire-priseurla facture astronomique a été réglée en 3 mois par l’acheteur chinois. Un délai très raisonnable pour ce type d’acquisition, et d’autant plus que les cas d’impayés sur les objets et œuvres d’art chinois importants ont été récurrents ces dernières années*. Et au point que certaines maisons de vente, comme Christie’s pour ses vacations dans la spécialité à Hong Kong, en sont venues à demander le versement de cautions aux enchérisseurs préalablement déclarés

Par ailleurs, et en collaboration avec le commissaire-priseur Jack Philippe Ruellan de Vannes, Marc Labarbe est le premier commissaire-priseur français à organiser une vente de vins à Hong Kong, les 11,12 et 13 mai prochains. 1200 lots de grands crus français y seront dispersés. Entre temps, il dirigera une autre vente d’art asiatique le 25 février et pour laquelle il annonce “d’autres surprises”.

La seconde enchère la plus élevée en France en 2011 a également été réalisée par une étude toulousaine et pour un objet d’art chinois. Il s’agit d’un sceau impérial en néphrite blanche de l’empereur Qianlong, payé 12,93 millions d’euros chez Xavier Marambat. Avec des enchères finales (donc hors frais) de 2,8 millions en 2010 et de 4,7 millions d’euros en 2008, cette étude française avait déjà vendu deux des sceaux impériaux chinois les plus chers du monde.

Ce sceau impérial payé 12,93 millions d’euros était estimé 1/1,5 million. Crédit photo : étude Marambat.

PM

*On se souvient notamment des têtes en bronze animalières de la vente Saint Laurent/Bergé, en 2009 chez Christie’s Paris, deux sculptures provenant de la fontaine zodiacale de l’ancien Palais d’été de Pékin pillé par les forces anglo-françaises en 1860 et vendues pour 31,5 millions d’euros avec les frais. L’enchérisseur, Cai Mingchao, célèbre pour être l’un des plus importants acquéreurs d’antiquités impériales chinoises, notamment en ventes publiques sur la place de Hong Kong, avait tenu une conférence de presse pour informer d’une démarche patriotique pour faire échouer la vente de ces trésors patrimoniaux. Pour un montant encore plus important, l’équivalent de 51 millions d’euros, un vase chinois d’époque Qianlong vendu par la maison de ventes britannique Bainbridges en novembre 2010 n’était toujours pas payé 5 mois plus tard.  En novembre 2011, le paiement devait se concrétiser mais, dans le cadre d’une rumeur contradictoire, l’opérateur déclarait dans les colonnes du Art Newspaper “qu’il n’était pas mesure de faire des commentaires” sur cette affaire.  PM

ArtWithoutSkin : statistiques officielles 2011

1 janvier 2012

Actualisé le 14 janvier 2011

Articles les plus lus depuis leur publication :

Séraphine Louis de Senlis, l’innocente aux mains pleines  (1/07/2007) : 16.713 lecteurs. Selon Alexa.com : ArtWithoutSkin.com est le 4ème site le plus visité sur la requête Séraphine Louis à 7,12%, après Wikipédia (40,79 %), L’express.fr (9,86 %) et Youtube.com (8,93%).

- eBay, les évaluations des acteurs et la révolte des vendeurs (8/02/2008) : 2.142 lecteurs.

- Brocantes à New York : moins chères qu’en France indépendamment de l’euro fort (21/01/2008) : 1.927 lecteurs. Selon Alexa.com, ArtWithoutSkin.com est le 1er site visité sur la requête New York Brocante (28,75 %).

- Rétrospective Lucio Fontana à la galerie Tornabuoni Arte (12/07/2009) : 1.872 lecteurs.

- Exposition Francis Bacon à Londres (05/07/2008) : 1.640 lecteurs.

- Vente “Street Art Graffiti” à La Cigale le 20 juin 2009 (01/06/2009) : 1.392 lecteurs.

- Notre-Dame-de-Toute-Grâce, Passy, Haute-Savoie, France (27/02/2007) : 1.314 lecteurs.

- Trucs brocante : linge ancien, tapis, verre, toile peinte  (11/03/2007) : 1.313 lecteurs.

- Randsburg, Californie : un village-fantôme habité (07/05/2007) : 1.220 lecteurs.

- Mobilier européen classique sans prix de réserve : New York écrase les prix (31/10/2007) : 1.115 lecteurs.

- Le shoe-tossing gagne aussi la Butte-aux-Cailles (01/05/2008) : 1.042

Selon Alexa.com, ArtWithoutSkin.com est le 3ème site le plus visité, à 9,20 %, sur la requête Alighiero e Boetti pour Alighiero e Boetti chez Tornabuoni Art, et après Wikipedia.org (28,71 %) et frac-bourgogne.org (11,54 %).

Analyse

Toujours d’après Alexa, et comparé à des sites traitant  des mêmes sujets et bien mieux référencés (Google News), atteints par leur marque, et dont l’audience générale est sans commune mesure supérieure, ArtWithoutSkin.com présente un nombre de requêtes mieux ciblées plus important. Par exemple, sur “Chiffre d’affaires Christie’s monde”, il est le plus visité après Encyclopédie Universalis ; sur “triptyque 1974/1977” (Francis Bacon), il est le 1er visité à 41,21 %.

La possibilité de s’abonner à Artwithoutskin.com directement depuis le site est offerte depuis moins de deux ans. Plus de la moitié des 41 abonnés est constituée par des banques et des cabinets d’investissement en art, un tiers par des galeries d’art et des banques de données sur l’art. 19 autres abonnés suivent les commentaires.

Les commentaires laissés sur le blog montre une proportion importante de spécialistes (experts, collectionneurs), dont certains très connus et qui signent leur post.

Certaines analyses publiées gratuitement sur le blog relèvent d’une information à haute valeur ajoutée, un genre habituellement réalisé par des cabinets spécialisés et vendu très cher. À titre d’exemple, il faut compter une bonne journée de travail - en maîtrisant son sujet - pour éplucher les catalogues en anglais d’une série de ventes à Hong Kong organisée par un grand opérateur anglo-saxon, et une autre journée pour mettre les données en perspective en y ajoutant du background.

Depuis sa création, en janvier 2007, la seule page d’accueil d’ArtWithoutSkin.com (une moyenne de 8 articles directement visible sur cette page) a reçu 100.882 visites.

En 2011, ArtWithoutskin.com a reçu 43.388 visites.

En 2011, 164 articles ont été publiés sur ArtWithoutSkin.com, soit environ 20 % de moins qu’en 2010,  30 % de moins qu’en 2009 et 40 % de moins qu’en 2008.  La fréquentation a baissé dans les mêmes proportions.

Selon un business plan établi en 2011, l’investissement initial pour la création d’un site internet traitant des mêmes sujets et employant 4 journalistes correctement payés est de l’ordre de 300.000 euros. La quasi-totalité de cette somme correspond a une année de provisions de salaires dans ces conditions.

Dans l’état actuel du modèle économique possible sur l’internet, vu les obligations de notoriété de marque et de référencement pour mener à bien un projet éditorial numérique, et de par mon expérience d’entrepreneur en France, ce projet est mis de côté.

Rapport WordPress

Les lutins statisticiens (sic) chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2011 pour ce blog.

Rapport WordPress

Voici un extrait:

La salle de concert de l’Opéra de Sydney contient 2 700 personnes. Ce blog a été visité environ 40 000 fois en 2011. Si c’était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 15 représentations à guichets fermés pour pour qu’autant de personnes le voient.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

“Conversations avec James Gray” : un grand livre sur le cinéma à travers un grand réalisateur

31 décembre 2011

Conversations avec James Gray est édité par David Frenkel/Cynecdoche et mené par Jordan Mintzer, critique de cinéma pour The Hollywood Reporter et producteur. Comme James Gray, l’auteur est originaire du Queens, quartier populaire de New York City qui marque l’Œuvre du réalisateur.

En un court-métrage (Cowboys and Angels) et quatre films (Little Odessa, The Yards, We Own the Night et Two Lovers) nés entre 1991 et 2008, James Gray et son univers original et puissant se sont imposés comme créateur et création majeurs du cinéma mondial.

Cette somme passionnante et accessible explore l’Œuvre de Gray à travers une série de longs entretiens exclusifs avec lui, et d’autres avec quelques uns de ses collaborateurs majeurs (acteurs, producteurs, scénariste, chef décorateur,…), des témoignages qui intéresseront aussi bien les fans du cinéaste culte que tout ceux qui sont à la recherche d’une référence pédagogique sur les métiers du cinéma.

Au fil d’une mise en page soignée, de nombreux documents, comme des photographies personnelles et de tournage, des extraits de scénarios et de story-boards, viennent rythmer le texte bilingue (français/anglais).

Par ses dimensions de vitalité, d’humanité et d’intimité, cet ouvrage m’a rappelé Les Maîtres de l’art contemporain d’Alexander Liberman (Arthaud, 1961), l’un des meilleurs livres sur les peintres et les artistes en général. Ces Conversations avec James Gray trouveront leur place dans votre bibliothèque serrées contre le Hitchcock/Truffaut (Gallimard).

Conversations avec James Gray de Jordan Mintzer, préface de Jean Douchet, introduction de Francis Ford Coppola. Édition bilingue français/anglais, “beau livre” relié avec couverture entoilée (21 cm x 28 cm), 240 pages, environ 300 documents reproduits en plus du texte, édité par Synecdoche. 49 euros.

Pierrick Moritz

Amy Winehouse, tombée en silence

30 décembre 2011

Talent fou et instabilité,  elle n’aurait pas été cela si elle n’avait pas été ceci. Plus à prendre ni à laisser, Amy Winehouse s’est définitivement fait la malle cette année.

Le Mirage de l’Amy. Fausse Amy Winehouse au festival Rock en Seine d’août 2008, en attendant la vraie ….qui n’est jamais venue. Photo P.M.

Quand Amy Winehouse passe au Zénith : un concert d’Amy Winehouse à Paris en 2007

Dans la file d’attente pour le concert d’Amy Winehouse, hier soir devant le Zénith, on pouvait lire une inscription sur une barrière  : “Ici, les fans de Jenifer ont attendu dans le calme”. Le message avait quelque chose de gentiment prémonitoire : il faudra patienter une heure après la première partie du spectacle avant qu’Amy Winehouse ne fasse son entrée.

Pendant ce temps, les plaisanteries du genre “Si ça se trouve, elle est à l’Olympia !” (salle où était initialement prévu le spectacle) circulent. En fait, tout le monde se demande si le concert va bien avoir lieu. L’inquiétude finit par plomber l’atmosphère.

L’évènement tant espéré finit par arriver. Ambiance feutré d’un club de jazz américain des années 1950 ; décor cramoisi qui semble un peu rétréci car initialement prévu pour une scène plus petite. Amy Winehouse diffèrera encore son entrée de quelques minutes, les roulements de tambour annonçant son arrivée se prolongent jusqu’à la gêne. Bienvenue chez Amy Winehouse et sa formation, Amy Winehouse est indissociable des musiciens et choristes de premier plan avec lesquels elle fait corps. Et ils soutiennent vaille que vaille la star imprévisible. Celle qui a parfois l’air de se demander ce qu’elle fait là ira souvent échanger à voix basse avec l’un d’entre eux, comme pour se renseigner sur la suite à donner aux évènements.

Amy Winehouse a du mal à faire deux choses à la fois, la première étant de chanter. La concentration faiblit quand elle tapote son impressionnant chignon ou tire sur le bas de sa robe courte. Souvent, Amy hésite entre ses deux verres et son micro. Et puis Amy se rend près des coulisses pour fumer sa clope. Amy se met à se déhancher puis s’arrête subitement. Amy s’équipe et se débarrasse vingt fois de sa guitare – opération très délicate quand il s’agit de passer la bandouilière de l’instrument par-dessus l’énorme chignon – dont elle n’est visiblement pas d’humeur à jouer. Amy arrange son petit foulard vert autour de son cou. Amy est capable de s’arrêter net en plein milieu d’une chanson. Amy nous fait Rehab en version accélérée. Et surtout Amy à l’air de se moquer complètement des réactions possibles du public devant tant d’instabilité. Les choses sont ainsi et pas autrement, la désinvolture assumée fait partie du spectacle.

Après une première partie toute en hésitations, la chanteuse finit par nous livrer le meilleur de sa voix, d’une puissance et d’une maturité émotionnelle exceptionnelles sur certaines chansons. Pour ces talentueuses intermittences, on est bien content d’être venu. Parce qu’Amy Winehouse n’est pas une étoile filante, parce qu’elle est unique, il va probablement falloir se faire à ses concerts peut-être inégaux mais qui valent le déplacement pour des titres parfaitement interprétés, quand elle passe au firmament de son talent.

Par son côté écorché vif, une fragilité palpable, la chanteuse de 24 ans peut faire penser à Marilyn Monroe, une artiste dont Billy Wilder disait, en substance, qu’il préférait une actrice souvent ingérablemais qui crevait l’écran à une actrice très professionnelle mais qui, finalement, ressemblait à toutes les autres.

Tout le monde est prévenu, Amy Winehouse est à prendre ou à laisser. Sa prestation au Zénith de Paris a quasiment duré une heure et demie.

Pierrick Moritz (article publié sur ArtWithoutSkin le 30 octobre 2007)  


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