“Les P’tits papiers” chantés demain sous les fenêtres du ministère d’Éric Besson

3 septembre 2010 par Pierrick Moritz

Régine, Jane Birkin, Agnès Jaoui, Clarika, Jeanne Cherhal et Florence Aubenas seront en tête du chœur festif qui entonnera Les P’tits papiers demain 4 septembre à 11 heures sous les fenêtres du ministre de l‘Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.

Cet échauffement vocal est un prélude au concert Rock sans papiers qui se tiendra le 18 septembre prochain à Bercy.

Les infos : http://www.rocksanspapiers.org/

Articles en rapport  

http://artwithoutskin.com/2010/08/23/%e2%80%9crock-sans-papiers%e2%80%9d-le-18-septembre-a-bercy/

http://artwithoutskin.com/2010/08/07/trop-riches-les-roms/

“L’International”, génial bar-concert parisien, fête ses deux ans le 5 septembre

2 septembre 2010 par Pierrick Moritz

L’International dans le 11ème arrondissement de Paris, ou le bar-concert génial pour découvrir la nouvelle scène musicale française et internationale (entrée libre, 2 ou 3 concerts + DJ set  et consommations à prix défiant toute concurrence, tous les jours de 17 heures à 2 heures) fêtera ses deux ans le 5 septembre en accueillant Backstagerodeo et Sheraff II

L’International, 5/7 rue Moret.75011 Paris  

Site : http://www.linternational.fr/

“Magic Dorothy”, saison I : l’intégrale

25 août 2010 par Pierrick Moritz

Suite à des demandes de lecteurs pour une publication des épisodes de Magic Dorothy dans l’ordre chronologique des évènements, voici une présentation en un seul post, avec la republication du premier épisode en ouverture, suivie des liens qui conduisent aux épisodes suivants. 

Je rappelle qu’il s’agit d’une histoire dont le début est volontairement écrit sur le ton d’une série télévisée et qui évolue ensuite dans une veine radicalement différente.

Les extraits ont été sélectionnés dans les deux premiers chapitres d’un roman qui en compte six et, éventuellement, reformatés de manière à ce que chacun puisse former un tout cohérent. 

Quand cela est nécessaire, des notes portées avant chaque extrait les contextualisent. Il est techniquement impossible d’intégrer des fichiers epub ici.  

 

I) La Naissance de Magic Dorothy (première partie)

 

Février 1983  

Timothy Carter arriva dès l’ouverture au bureau de poste de Carmel. Le jeune homme venait expédier les deux premiers épisodes de son projet de feuilleton à une grande chaîne de télévision de Los Angeles.

Comme lui, son héroïne avait 22 ans. Elle, elle s’appelait Glenda.

Glenda avait fui une famille conservatrice de Dallas pour venir mener la vie qu’elle entendait à New York, à commencer par ne plus être obligé de cacher ses livres de Friedrich Nietzsche et d’Upton Sinclair.

Glenda partageait un deux-pièces en entresol à Brooklyn avec un funambule homosexuel, vivait de petits boulots, fumait beaucoup, couchait avec les garçon qui lui plaisaient et discutait volontiers avec les clochards de son quartier.

Dans le premier épisode, elle retrouvait les preuves vieilles de 160 ans d’une spoliation de terrains iroquois par des colons. Dans le second, elle soutenait activement la grève générale des 117 ouvriers clandestins d’un chantier public.

La découverte des aventures de Glenda provoqua une grande agitation au service des projets de la chaîne de télévision. Elle avait sorti de la torpeur les trois lecteurs dont l’ordinaire était composé d’assommantes sagas de familles fortunées, d’intrigues policières cousues de fil blanc et de jeux dont la règle se devait d’être comprise par un marsouin. 

Les textes de Timothy Carter eurent droit à une lecture à haute voix, audition ponctuée de tonitruantes expressions d’adhésion et de rejet, et surtout brouillée d’éclats de rire.

Cette clameur arrivait jusqu’au bureau de Julia Braun, la directrice des programmes, et la sauvait de l’endormissement à une demi-heure d’un important rendez-vous.

Elle finit par prendre le chemin du bureau des lecteurs, elle avait pensé qu’un contact avec le joyeux bazar lui communiquerait un peu d’énergie.

Julia Braun marchait lentement et plutôt en zigzag, ce qui lui donnait l’impression que le couloir était vraiment plus long que d’habitude et, par là, interminable. Au moment où elle arriva devant le portrait du président de la chaîne par Andy Warhol, une grande toile accrochée entre deux ascenseurs et qui se reflétait dans le miroir du mur d’en face, elle fut prise d’un étourdissement. La peur de tomber sur l’effigie de son patron fit remonter sa tension, ce qui la remit d’aplomb.

Elle demanda aux lecteurs, qui partaient déjeuner avec les textes, quel était l’objet de leur excitation.

« Un truc pas diffusable, s’entendit-elle répondre.

- Apportez-moi ça en début d’après-midi. »

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Julia Braun avait bien entamé le deuxième épisode de Glenda quand son téléphone d’urgence sonna, une attachée de presse de la chaîne voulait être reçue immédiatement.

La jeune femme, complètement catastrophée, lui annonça que Gordon Parker, un de leurs animateurs, avait été arrêté dans la nuit. La police l’avait trouvé complètement nu, ivre, les pieds en sang, et sous l’emprise de cocaïne sur la plage de Santa Monica. Lors de son interpellation, il avait demandé où se trouvait la piscine, car il pensait toujours se trouver dans le parc de la villa où était organisée l’orgie géante dont il s’était en définitive éloigné de dix bons kilomètres.

Gordon Parker était bien la dernière personne que Julia Braun aurait pu imaginer dans une situation pareille. Pour ce qu’elle connaissait de lui, il était homme à ne manquer pour rien au monde la possibilité d’une minute de vie avec sa femme et ses quatre enfants. Il était un parfait gentleman, très bostonien, respectueux et il n’employait jamais d’argot. Son brushing était toujours impeccable ; il se présentait en pull-over à col roulé et costume de velours côtelé l’hiver ; en veste, chemise et pantalon clairs à la belle saison.

Son émission, destinée à un public du troisième âge, montrait comment fabriquer soi-même des objets décoratifs ou utiles pour la maison, des spécialistes venaient parfois donner des cours de peinture ou de poterie. On apprenait aussi à recycler certaines choses en d’autres, comme transformer un dessus de lit en rideau ou vice-versa.

Elle était diffusée le samedi après-midi entre 15 heures et 15 heures trente, soit au moment de la semaine où l’audience était la plus faible, les gens faisant principalement leurs courses à ce moment-là.

L’embarrassante nouvelle avait été rendue publique depuis moins d’une heure et le flot de reportages télévisés et de flashes radiophoniques qui lui étaient consacrés enflait sans discontinuer. Le service de communication de la chaîne était assailli de coups de fils de journalistes, le standard explosait sous les appels anonymes et insultants, la sécurité avait déjà dû éjecter des reporters qui s’étaient introduits dans l’immeuble par le garage souterrain.

Julia Braun commença à digérer la nouvelle en souhaitant un crash d’avion, un naufrage de paquebot, un carambolage géant, un plongeon à pic des bourses mondiales, une prise d’otages ou, seule idée positive qui lui vint à l’esprit, l’annonce d’une découverte scientifique de première importance ; enfin n’importe quelle information spectaculaire propre à détourner l’attention des journalistes et du public de ce qu’on appelait désormais “Le Scandale Gordon Parker”.

Le président de la chaîne finit par convoquer tout le monde pour une réunion de crise. Il était encore plus enragé que d’habitude et fit réécrire dix fois un communiqué de presse annonçant le renvoi sur le champ de l’animateur et la suppression de son émission.

Il ordonna  aux journalistes de la chaîne de n’évoquer ni de loin ni de près ce qu’il appelait “notre affaire” et d’employer le terme “déontologie »” pour clouer le bec des curieux qui viendraient à s’étonner de cette situation. Et ceux qui n’étaient pas d’accord pouvaient toujours prendre la porte. De plus, on ne traiterait plus jusqu’à nouvel ordre de sujets relatifs aux travaux manuels, aux personnes âgés, à Santa Monica et à la drogue. Aller à l’encontre de ces directives entraînerait de sévères sanctions. L’assemblée reçut également l’ordre de ne pas parler de  “notre affaire” aussi bien dans les locaux de la chaîne qu’à l’extérieur. Et il en cuirait aux pipelettes.

Personne ne posa de questions, l’ambiance particulière de ce  meeting incitant à éviter de se faire remarquer. Vers la fin de la réunion, la secrétaire du président égrena sur un ton de  litanie les noms des employés qui avaient posé des jours de récupération et ceux des cadres qui étaient subitement tombés malades depuis l’annonce de “notre affaire”. L’hémorragie était telle que certains services allaient être complètement désorganisés.

Pour finir, le président se leva devant l’assistance et lui fit répéter trois fois Nous sommes notre télévision, le slogan de la chaîne. Tout le monde mit du cœur et de la voix sur cette note de rassemblement qui indiquait aussi que la sortie était imminente. 

Le président quitta la pièce sous des applaudissements nourris, ce qui sembla lui casser les oreilles et le fit souffler comme un bœuf.

Une fois le communiqué de presse expédié aux médias, il décolla du toit de l’immeuble en hélicoptère pour se rendre dans sa villa d’Hawaï, une forteresse perchée sur une colline qu’il avait fait effacer des cartes touristiques.

Julia Braun se dépêchait de quitter la salle de réunion quand elle fut rattrapée par la secrétaire du président. Celle-ci lui remit un dossier dont le patron voulait qu’elle prenne connaissance immédiatement.

Curieusement, il s’agissait d’une étude d’audience sur la tranche horaire du samedi occupée par Gordon Parker.

Les données révélaient que, désormais, durant cette fameuse demi-heure où la majorité des gens se trouvait au supermarché, un plus grand nombre d’adolescentes restait au domicile parental.

Ces jeunes filles constituaient une cible de choix pour de nombreux annonceurs. En dehors de Clark Robert’s Craft Material, une petite chaîne de boutiques de fournitures pour travaux manuels, qui se payait de la réclame télévisée par contrat de deux ans grâce au coût particulièrement bas de la tranche horaire déclassée, l’activité publicitaire était au point mort sur l’émission de Gordon Parker.

Dans une brève note datée de la veille à la fin du document, le président ordonnait la création d’un nouveau programme adapté à ce public jeune et féminin.

Le président était un homme pressé et Julia Braun supposa qu’il avait dû signifier aussitôt à Gordon Parker la suppression de son émission. Il ne devait pas s’attendre à ce que l’animateur démolisse l’image de la chaîne par ce qu’elle percevait désormais comme un torpillage par le sacrifice, un acte kamikaze.

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Julia Braun venait d’avaler un cachet d’antidépresseur dans une gorgée de café – elle ne se souvenait plus si elle avait pris sa dose du matin – quand elle fut dérangée par un appel sur son téléphone voué aux urgences. C’était le responsable en chef de la publicité. Il remplit ses poumons comme s’il allait plonger en apnée, avant de débiter en une seule tirade  qu’il se trouvait dans le New Jersey où  il allait consulter le médecin qui l’avait vu naître mais il appelait depuis une cabine située sur le bord d’une route et il ne fallait pas s’étonner si la communication était coupée car il avait peu de monnaie et qu’en parlant d’argent il avait de très mauvaises nouvelles émanant de Clark Robert’s Craft Material car le cabinet d’avocats du sponsor disait que leur client était furieux que l’on puisse désormais associer ses magasins à un scandale sexuel et ils allaient réclamer des compensations. Puis il suffoqua, et raccrocha.

Julia Braun se laissa choir sur son fauteuil, et elle se figea comme elle était tombée, avec les fesses au bord de l’assise, les bras ballants à l’extérieur des accoudoirs, les jambes étalées et la tête penchée en avant.  

Après cette posture d’exécutée, elle ressuscita pour se ruer sur ses trois téléphones. Elle les briqua avec les poignets de son chemisier et démêla les fils en spirale tout emberlificotés. Elle considéra un instant cet alignement d’appareils où celui  consacré aux appels urgents, placé à l’extrême gauche, ne se distinguait en rien des deux autres. Elle finit par les mélanger tant et si bien dans un brutal jeu de saute-moutons que les fils à l’arrière des combinés se retrouvèrent complètement embrouillés.

Julia Braun portait les manches de son chemisier roulées sur ses avant-bras. Elle croquait dans le Spéculos fournit avec le café quand le téléphone du milieu sonna. À l’autre bout du fil, le discours affolé de sa secrétaire commenta en direct l’entrée en force dans son bureau de trois avocats.

Le vieux Clark Roberts, sponsor de l’émission de Gordon Parker, arriva à la suite. Avec ses sourcils peignés en triangle et son Fedora déformé vissé sur le crâne, cet être original entretenait sans aucun doute sa ressemblance avec l’épouvantail du Magicien d’Oz.

Les avocats, blonds, coiffés avec la raie au milieu, très bronzés et portant des costumes et des cravates sombres sur des chemises blanches, affichaient un masque impassible et plus ou moins fixe pour deux des trois. Le trio était un peu comme ces garnitures de cheminée dont, souvent, seule la pièce centrale est d’une réelle utilité, les pendants ne servant qu’à installer une certaine ampleur. Ici, le nerf du groupe était l’Imperturbable.

Et il prit tout de suite la parole pour expliquer que le responsable en chef de la publicité leur avait fixé un rendez-vous à cette heure-là. Ou plutôt un lapin car il n’était plus dans les murs de la société et ils n’avaient pas été prévenus. Sa secrétaire avait parlé d’une sorte d’état grippal subit, il avait dû rentrer chez lui où il demeurait injoignable. La jeune femme avait suivi sa consigne : les expédier chez LA directrice des programmes, la personne la plus gradée encore en place sur le pont déserté de l’entreprise.

Julia Braun invita tout ce petit monde à se rendre dans une salle de réunion, à l’autre bout de l’étage. C’était sa procédure de secours pour ce genre de situations impromptues : elle proposait d’emblée un autre endroit pour discuter, le plus loin possible, le temps du déplacement lui permettant de rassembler ses esprits, d’analyser un peu plus la situation et de trouver quelques idées et arguments.

Clark Roberts était à la traîne dans le couloir car il marchait en regardant par les fenêtres. Les avocats suivaient Julia Braun dont l’allure instable les obligeaient à trottiner ou décélérer, voire piler pour éviter de lui rentrer dedans.

Julia Braun et les avocats s’installèrent à l’extrémité de l’immense table ovale de la salle de réunion. Ils durent attendre dans un silence embarrassé que Clark Roberts revienne du fond de la pièce, où il avait engagé une conversation avec les poissons exotiques de l’aquarium géant. Après les avoir quittés avec l’interminable départ à reculons et la tristesse contenue d’une mère laissant pour la première fois son enfants à la crèche, il vint s’asseoir à la suite des Pendants installés à gauche de Julia Braun.

Elle leur demanda s’ils désiraient boire ou manger quelque chose. Clark Roberts réclama un soda orange, l’Imperturbable de l’eau minérale, les Pendants calquèrent leur choix sur le sien. Elle parut désappointée qu’ils ne veuillent rien manger, elle insista en énonçant le menu : sandwiches, cake, cookies.

« Nous n’avons pas faim.», trancha  le chef de meute.

Julia Braun haussa les épaules avant de tirer sur le fil d’un téléphone pour le ramener jusqu’à elle. Elle commanda leurs boissons et deux sandwiches au fromage suisse et un whisky pour elle.

Tandis qu’elle raccrochait, son regard se perdit peu à peu au fond de la salle, puis sa tête tourna lentement vers l’Imperturbable, avant de virer en direction des Pendants.

Elle les avait regardés tous les trois avec l’air de se demander ce qu’ils faisaient là. L’expression du visage des Pendants monta d’un cran dans la stupéfaction quand elle adressa à Clark Roberts un regard pétillant et souligné d’un sourire malicieux. Le vieux monsieur rosit de plaisir.

Julia Braun dégustait ses sandwiches, avec une certaine grâce dans son jeu de couverts et tout en avalant de temps en temps une petite gorgée de whisky, et l’Imperturbable, dont le masque commençait à vaciller devant tant de désinvolture, demandait l’irréalisable.  

Il exigeait la création et la diffusion d’un divertissement ou feuilleton “très moral” à la place de l’émission de Gordon Parker. À défaut de cette solution non négociable, une action en justice serait intentée pour un préjudice porté à l’image de la société de Clark Roberts et qui était évalué à trois millions de dollars.

L’Imperturbable évoquait dans le détail les coûts faramineux de certains procès, et Julia Braun avait l’air complètement ailleurs. Un ailleurs si drôle qu’elle faillit recracher une bouchée de sandwich sur son voisin de gauche à cause d’un rire qu’elle s’efforça de contenir.

« Si notre proposition n’est pas réalisable, pour une raison ou pour une autre, il reste l’alternative de l’arrangement financier. Nous l’avons fixé avec notre client à 1,5 million. Ce qui,  bien entendu, vous coûterait beaucoup moins cher que l’action en justice tout en vous évitant de faire durer la mauvaise publicité.»

Julia Braun avait écarté son assiette et son verre, elle resta attentive jusqu’à ce qu’une bouche pincée et un regard narquois commencent à se dessiner sur son visage. L’Imperturbable se désintégra en même temps que ces expressions se fixaient sur le visage de la directrice des programmes. Et il devint l’Épuisé.

« J’ai ce qu’il vous faut, dit Julia Braun d’une voix tranquille.

- Et qu’est-ce que vous proposez ? », soupira l’Épuisé.

Les Pendants sursautèrent beaucoup plus vigoureusement que lui quand Julia Braun se leva brusquement. Elle avait l’air illuminé ; des yeux de jeteuse de sorts, dilatés, agrandis ; un regard habité. Et, sur un ton prophétique, soutenu par des gestes amples et courbes qui semblaient donner le tournis à l’auditoire, elle déclara  :

« Ce que je vous propose, mais c’est… une sainte. Un personnage d’une série qui va faire oublier immédiatement notre fâcheuse affaire. Nous laver de tout ça. Elle est jeune , elle ne fume pas, elle boit du lait. À chaque épisode, elle se précipite au secours d’une personne vulnérable : aveugle, vieillard, orphelin, malade.

- Et elle s’appelle comment votre sainte ? », demanda Clark Roberts.

Julia Braun lui fit ses yeux pétillants.

« Dorothy, répondit-elle sur le ton de l’évidence.

- Dorothy, très bien, très bien. J’ai hâte de voir ça.

- Vous le verrez…. dans un mois…à peu près…. Je vous propose de vous  envoyer votre contrat dans une semaine.

- Vous l’envoyez à notre cabinet, mumura l’Épuisé.

- Non, à moi directement», dit Clark Roberts.

La réunion s’acheva avec Clark Roberts trépignant d’excitation, l’Épuisé complètement déboussolé et les Pendants très aimables avec Julia Braun.

Tandis que les hommes quittaient la pièce, Julia Braun retourna tranquillement vers sa chaise, elle s’y laissa complètement choir.

Abasourdie comme une exorcisée, le regard inquiet, elle gonfla les joues et évacua l’air en faisant bruisser ses lèvres.

Julia Braun avait fini par se  lever. Elle avait marché jusqu’à l’aquarium où elle s’était emparée d’une énorme boîte d’aliments pour poissons. 

Elle versa une pincée de cette poudre grossière dans l’eau.

Les voraces convergèrent vers les miettes en suspension, avant de disparaître dans une épaisse nuée laiteuse. 

Julia Braun venait de leur offrir l’entier contenu de la boîte, soit un bon mois de nourriture. 

Pierrick Moritz

Ce texte n’est pas libre de droits et ne peut être republié, même partiellement, sans autorisation de l’auteur. Un exemplaire original déposé à la SACD en juin 2009 protège ce texte de la contrefaçon partielle ou totale et de l’adaptation.

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II) La Naissance de Magic Dorothy (deuxième partie)

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III) Le Casting

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IV) La Rencontre

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V) L’Arnaqueur

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VI) L’Exorcisme et Le Décorateur

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VII) La Fin du monde

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“Rock sans papiers” le 18 septembre à Bercy

23 août 2010 par Pierrick Moritz

Une programmation qui ne cesse de s’enrichir :  Jane Birkin va également participer au concert. Toutes les infos  ici : http://www.rocksanspapiers.org/

Des “Coquelicots” de van Gogh volés dans un musée du Caire

22 août 2010 par Pierrick Moritz

RECTIFICATIF (26/08/2010) :

Les informations de cet article sont erronées car elles ne parlent pas du bon tableau.

Le tableau volé représente un vase contenant un gros bouquet composé majoritairement de fleurs jaunes (et avec trois coquelicots) et posé sur un entablement.

Ses dimensions sont de 64 cm x 53 cm (source : Interpol). 

L’estimation de la toile annoncée par les autorités égyptienne est donc plus conforme.

Voir http://www.interpol.int/Public/ICPO/PressReleases/PR2010/News20100825.asp

 

Selon une information de l’agence de presse italienne Ansa, la toile de Vincent van Gogh Les Coquelicots, dérobée hier au musée Mahmoud Khalil du Caire et annoncée comme récupérée quelques heures plus tard, n’a finalement pas été retrouvée. 

Une déclaration du ministère de la culture égyptien avait affirmé que l’œuvre avait été rapidement saisie à l’aéroport de la capitale égyptienne alors qu’un jeune couple italien était en sa possession. 

La confusion est d’autant plus grande dans cette affaire que les premières informations étaient riches en détails, précisant même que ces Italiens, qui avaient visité le musée avec des groupes de touristes russes et espagnols, avaient déclaré avoir acheté la toile sans savoir qu’elle avait été volée (et aussi découpée dans son cadre).  

Le tableau, déjà dérobé en 1977, vaudrait entre 39 et 50 millions de dollars selon les sources, une estimation un peu excessive, notamment compte tenu de ses petites dimensions (35 cm x 30 cm), et qui classerait cette œuvre au rang des meilleures toiles du peintre.

La plus forte enchère enregistrée ces dernières années en vente publique pour une œuvre de Van Gogh revient à L’Arlésienne, madame Giroux, payée quelque 40 millions de dollars avec les frais chez Christie’s en 2006. 

L’acheteur australien qui avait enchéri jusqu’à 49 millions de dollars sans les frais pour des Iris, chez Sotheby’s en 1987, n’avait jamais pu régler la facture. L’œuvre avait finalement fait l’objet d’une transaction privée avec le Getty de Los Angeles.

La même année, toujours chez Sotheby’s, un milliardaire japonais avait acquis des Tournesols pour quelque 40 millions de dollars. Un acheteur qui aurait émis le souhait de se faire incinérer avec le chef-d’œuvre après sa mort.

PM

Un tableau du Caravage, une des plus importantes œuvres d’art volées ces dernières années, retrouvé à Berlin

21 août 2010 par Pierrick Moritz

En collaboration avec  des services de polices allemands et ukrainiens, Interpol a retrouvé à Berlin au début de l’été un important tableau du Caravage dérobé au Musée de l’Art occidental et oriental d’Odessa en juillet 2008. 

Cette œuvre majeure, intitulée  L’arrestation du Christ ou Le Baiser de Judas, est estimée plusieurs dizaines de millions d’euros.

Il s’agit de la récupération de l’une des plus importantes œuvres d’art volées ces dernières années.

Lire le communiqué original : http://www.interpol.int/Public/ICPO/PressReleases/PR2010/PR054FR.asp

Ventes des collections Lehman Brothers : une goutte d’art dans un océan de dettes

18 août 2010 par Pierrick Moritz

Les administrateurs des ventes des collections Lehman Brothers, qui se tiendront en septembre à New York et à Londres, tablent sur un phénomène d’engouement passionnel pour des souvenirs rattachés à l’histoire d’une banque mythique, et quel que soit leur valeur intrinsèque, pour améliorer un produit dont l’estimation globale est plutôt mince en regard de dettes monstrueuses. À côté des objets d’art, des boîtes à cigares et jusqu’à la plaque inaugurale de la succursale londonienne de Canary Wharf seront également proposées aux amateurs.  

Sotheby’s et Christie’s vont disperser en septembre les collections d’œuvres d’art de Lehman Brothers, mise en faillite en 2008. Des ventes dont le produit destiné aux créanciers est estimé à 13 millions de dollars quand la dette s’élève à des centaines de milliards. 

Le 25, Sotheby’s dispersera à New York la collection d’œuvres d’art contemporain, soit 147 lots pour une estimation globale de 10 millions de dollars. L’œuvre la plus chère, une création de Damien Hirst de 1993  (une étagère sur laquelle reposent des pièces de vaisselle), est estimée 800.000/1,2 million de dollars.  

Le 29 à Londres, Christie’s présentera quelque 300 lots, dont des œuvres d’art contemporain comme une gravure de Lucian Freud (un portrait de Bruce Bernard estimé 15.000 /25.000 livres) ou une œuvre de Gary Hume (70.000/100.00 livres), des œuvres de peintres de marine du XIXe siècle, des céramiques chinoises, des porcelaines et des livres.  

Un très emblématique New York Mercantile Exchange, d’Andreas Gursky, tirage photographique de 1991, sera quant à lui présenté dans  la vacation d’art contemporain londonienne programmée le 24 octobre par la maison de ventes. Un exemplaire de ce multiple avait été payé 77.665 livres en 2002 à Londres, également chez Christie’s.

Si le produit pour l’ensemble des lots n’est évalué ici qu’à 2 millions de livres, les administrateurs tablent sur  un engouement passionnel pour les souvenirs de Lehmans Brothers, dans le sens de vouloir acquérir n’importe quelle relique d’un mythe disparu et quel que  soit son prix, pour doper le chiffre d’affaires, notamment grâce aux  enchères en ligne. Et ils expliquent avoir fait appel à Christie’s pour sa capacité à pouvoir traiter d’importants volumes d’enchères posés simultanément par Internet.

Immédiatement après la faillite de la banque,  mugs et autres stylos siglés Lehman Brothers s’étaient vendus pour des sommes rondelettes sur Internet.

De nombreux lots susceptibles d’attirer des enchères élevées sur le seul nom Lehman Brothers, et dont le niveau serait sans rapport avec leur valeur intrinsèque, allant de la boîte à cigares marquée au nom de l’entreprise jusqu’à la plaque inaugurale de la succursale londonienne de Canary Wharf, seront proposés aux acheteurs. 

Des conditions attractives, avec des estimations débutant à 250 livres et sans prix de réserve pour celles situées sous la barre des 1.000 livres, accompagnent cette stratégie.

Si la fièvre acheteuse pour les souvenirs de Lehman Brothers est retombée depuis un moment sur le Net, certains entendent bien profiter de l’évènement que constituent ces ventes et proposent déjà leur plus beau collector sur des sites comme eBay. On y trouve en ce moment une paire de serre-livres et un service à thé siglés Lehman Brothers respectivement mis à prix 295 et 150 dollars.

La perspective d’un label “acheté lors de la vente Lehman Brothers” pourrait conférer un attrait supplémentaire aux pièces proposées par Christie’s.

Pierrick Moritz 

Superman sauve la maison d’une famille américaine

17 août 2010 par Pierrick Moritz

Expulsé de leur maison sur laquelle courait deux hypothèques dont il ne pouvait plus honorer les obligations, un couple américain préparait ses cartons quand Superman est apparu dans leur cave, et sous la forme d’un exemplaire du numéro 1 d’Action Comics où se trouve la première aventure du super-héros.

Acheté 10 cents en 1938, cet exemplaire en très bon état vaudrait aujourd’hui au moins plusieurs centaines de milliers de dollars en regard du record de 1,5 million obtenu en mars dernier sur Comicconnect.com pour un exemplaire dont l’état était proche de la perfection.

Un mois auparavant, un exemplaire dans un état de conservation légèrement  moins bon que le précédent y avait été payé 1 million de dollars.

La vente de l’exemplaire du couple sauvé de l’expulsion débutera  le 27 août sur le site de vente aux enchères spécialisé dans les comics américains.  

Pierrick Moritz

“Joueuse” avec Sandrine Bonnaire, une pépite dans l’anémique programmation estivale de Canal+

16 août 2010 par Pierrick Moritz

Le film Joueuse de Caroline Bottaro, tiré du roman La Joueuse d’échecs de Bertina Henrich, est une pépite cinématographique dans l’anémique programmation estivale de Canal+.

Suivant la trajectoire d’une femme modeste dont la vie est bouleversée par la découverte du jeu d’échecs, Joueuse nous parle de ségrégation sociale ordinaire, d’autant plus rude pour une femme, mais sur une note optimiste avec un échange rendu possible une fois passée pour chacun la peur de perdre ce qu’il possède ; les codes d’un côté, la dignité de l’autre. 

Restent les attributs de la grâce, qui ne s’achètent et ne s’apprennent pas : un sourire magnifique qui illumine un visage, la capacité à passer de la simplicité à la sophistication. Soit un registre parfait pour Sandrine Bonnaire. 

Si le titre du roman évoque Le Joueur d’Échecs de Stephan Zweig, la comparaison s’arrête à  la dextérité d’un homme simple disputant une partie d’échecs avec mieux né que lui.

L’histoire cite également Martin Eden, roman autobiographique de Jack London, où comment un autodidacte finit pas disparaître du monde en étant reconnu par lui comme un génie, soit une impossible incarnation sociale.  

Joueuse restitue une œuvre originale, résolument optimiste. L’héroïne est portée par l’amour.     

Pierrick Moritz

Joueuse de Caroline Bottaro, (2009), avec Sandrine Bonnaire, Kevin Kline, Françis Renaud, Valérie Lagrange, Jennifer Beals . Prochaines programmations sur Canal+ :   le 21 août à 18 heures 45, le 26 août à 23 heures 50, le 31 août à 11 heures 45. Existe en DVD

Internet ou l’économie du pillage : une contrefaçon d’Artwithoutskin

8 août 2010 par Pierrick Moritz

Trop riches, les Roms

7 août 2010 par Pierrick Moritz

Comme chacun aura pu le constater dans les reportages traitant de l’évacuation du camp de Roms de Saint-Étienne, le 6 août dernier, ces “gens-là” possèdent des mobile-homes dernier cri tractés par de grosses cylindrées.

Ils ont dû, également, bénéficier de confortables allocations logement françaises pour avoir pu s’offrir un tel environnement. 

Le sacrifice symbolique de groupes de populations minoritaires en période de grave crise économique, au motif de la sécurisation de la majorité, est un acte barbare, un exorcisme vain sur des cibles faciles. 

C’est une tentative de détournement des véritables origines de la peur :  perdre son travail, son logement, ne pas avoir de retraite.

Pierrick Moritz

Art contemporain : Natalie Lamotte, peinture et son, 2010

7 août 2010 par Pierrick Moritz

Sotheby’s : forte progression du produit brut des ventes et second semestre incertain

6 août 2010 par Pierrick Moritz

Des espoirs plutôt portés sur l’Asie

Comme sa concurrente Christie’s la veille, Sotheby’s a annoncé hier un produit brut de ventes en forte augmentation pour les deuxième trimestre et premier semestre 2010.  

Il s’élève à 2,2 milliards de dollars pour le semestre, soit une progression de 116 % par rapport à la période équivalente de 2009.  

Le bénéfice net s’élève lui à 84,01 millions (était en perte au premier semestre 2009) pour un chiffre d’affaires de 383,3 millions.

Pour l’exercice 2009, le produit brut des ventes de Sotheby’s était de 2,8 milliards de dollars contre 5,3 milliards pour 2008, une année où le marché de l’art avait été pourtant fortement impacté par le retournement de la situation économique mondiale au second semestre, avec des signes de crise avant-coureurs dès le printemps.   

Une nette amélioration de la situation s’est produite entre l’automne 2009 et avril 2010, avant que des signes de faiblesse apparaissent, notamment produits par un afflux de marchandises, dont de très grande qualité.

Les grands collectionneurs semblaient se bousculer au portillon pour vendre des chefs-d’œuvre que le marché n’a pas été capable d’absorber correctement.  

Si, pour le moment, le programme des grandes maisons de ventes anglo-saxonnes semble allégé pour l’Occident à la rentrée, avec des vacations dont les estimations globales pré-ventes pour les plus importantes oscillent entre 4 et 10 millions de dollars et pour chacune, l’Asie reste bien le secteur porteur et pour l’art asiatique, les bijoux, les montres, et le vin.  

Sotheby’s annonce d’importantes ventes dans ces spécialités à Hong Kong  au mois d’octobre : plus de 3.000 lots seront dispersés en quelques jours et pour l’équivalent d’une estimation “pré-ventes” de plus de 200 millions de dollars US, dont plus de la moitié correspond à l’estimation de la plus importante vente aux enchères jamais organisée sur la place asiatique.

En avril dernier, Sotheby’s avait réalisé son meilleur chiffre d’affaires pour une série de ventes organisée à Hong Kong, soit l’équivalent de 256 millions de dollars US.  

Voir le communiqué complet :

 http://files.shareholder.com/downloads/BID/966592340x0x393891/96648fff-5d68-45b8-953a-c6a92cef958c/BID_2Q10_PRandTABLES.pdf

Pierrick Moritz

Produit brut des ventes en hausse de 46 % pour Christie’s qui perd du terrain face à Sotheby’s

4 août 2010 par Pierrick Moritz

Résultats du premier semestre 2010

Christie’s annonce produit brut pour ses ventes mondiales de 1,71 milliard de livres (2,57 milliards de dollars) pour le premier semestre 2010, soit une hausse de 46 % (toujours en  livres) par rapport à un premier semestre 2009 maussade et malgré le succès de la dispersion de la collection Saint-Laurent/Bergé en février de cette année-là.  

Pour l’ensemble de l’année 2009, Christie’s – qui n’est pas côtée  en bourse - avait déclaré un produit brut des ventes en baisse à 3,30 milliards de dollars.

Son produit brut pour ses ventes était de 5,1 milliards en 2008, de 6,3 milliards en 2007 et de 4,67 milliards en 2006.

La maison de ventes perd du terrain par rapport à son principal concurrent Sotheby’s avec 51 % de parts de marché, contre 61 % au premier semestre 2009, et a vendu 169 œuvres au-dessus d’un million de livres contre 201 pour la période équivalente de l’année dernière.

Pour le premier semestre 2010, Christie’s a vendu la majorité des œuvres ayant atteint plus de 50 millions de dollars et battu le record mondial pour une œuvre d’art vendue aux enchères avec les 70,20 millions de livres payés pour le tableau Nu, feuilles vertes et buste  peint  par Pablo Picasso en 1932. 

Pierrick Moritz

Note. Cette  forte augmentation d’activité de Christie’s doit être interprétée avec prudence car :  comparée aux résultats d’un premier semestre 2009 plutôt mauvais ; avec des bénéfices non communiqués dans un marché où les invendus ont souvent été nombreux, et où beaucoup de lots importants n’ont pas dépassé leur estimation basse dans des catalogues particulièrement exceptionnels ; produite dans le cadre d’une bonne santé du marché de l’art en région Asie/Pacifique qui n’est pas spécifique à ce seul secteur économique.

Pierrick Moritz

“Magic Dorothy” : “La Fin du monde”

3 août 2010 par Pierrick Moritz

 Les décès d’êtres humains se comptaient par centaines, des oiseaux morts tombaient du ciel et des poissons, otaries et phoques crevés jonchaient les rivages et les plages de la Californie. De terribles incendies avaient dévasté des dizaines de milliers d’hectares de zones boisées et détruit des milliers d’habitations. C’était une épouvantable canicule qui ravageait l’état depuis plus de deux semaines. Avec des températures qui pouvaient  monter jusqu’à 49°C dans les terres et 42°C sur la côte, c’était la pire vague de chaleur enregistrée depuis la création des relevés météorologiques.  

Les conséquences de la sécheresse sur les récoltes étaient dramatiques. Les viticulteurs des vallées de Sonoma et Napa, au nord de San Francisco, désespéraient devant leurs vignes ravagées.

Toutes les chaînes de télévision parlaient du fléau, et à grand renfort de reportages aux images spectaculaires. Des pasteurs déchaînés jouaient des sermons apocalyptiques dans leurs émissions dédiées, évoquant la punition divine au royaume de la débauche.  Les envois de dons étaient la solution pour calmer Dieu et amener la pluie.

Les publicités et les chaînes de télé-achat ne proposaient quasiment plus que des produits en rapport avec la chaleur infernale : contenants à eau de la citerne à la gourde, ventilateurs, systèmes de climatisation, crèmes solaires à haute protection, gélules et régimes hydratants, séjours dans des régions au mauvais temps garanti et pour lesquels les prix avaient littéralement explosé, documentaires sur les zones polaires, enregistrements du bruit de la pluie et autres vêtements tropicaux.

L’importante demande pour les générateurs et les systèmes autonomes de production d’électricité ne pouvait être satisfaite. La possibilité de saturation des réseaux qui alimentaient les climatisations était une véritable hantise. Les grandes pannes menaçaient d’autant plus que, malgré les campagnes d’appel à la modération, beaucoup de gens rafraîchissaient leur intérieur sans modération. Ils misaient sur le civisme des autres pour préserver l’intérêt général, une attitude qui prévalait pour la consommation d’eau quand les réserves étaient au plus bas. Certains continuaient à laver les voitures ou essayaient de sauver leur jardin alors que des restrictions étaient imposées, avec des coupures qui pouvaient intervenir à n’importe quel moment de la journée et durer des heures. 

Les magasins avaient été dévalisés dés le début de la canicule par une population paniquée qui, en constituant des réserves disproportionnées d’eau embouteillée et de nourriture, avait contribué à l’accélération du phénomène de pénurie. On manquait de tout et des mesures de rationnement étaient en cours, les prix avaient considérablement augmenté.

Le Tout-Hollywood et un grand nombre de retraités de la génération dorée avaient fui vers le nord du pays et jusqu’au Canada, et en laissant leur climatisation tourner à plein tube pour conserver leurs biens en bon état. Pour pouvoir quitter la région surchauffée, les actifs de la Silicon Valley avaient posé leurs congés dans des entreprises qui, de toute façon, tournaient au ralenti. Des autorisations exceptionnelles avaient été données pour que les enfants puissent manquer l’école.

La très grande majorité des riches ayant quitté la Californie, les pauvres, ceux qu’une comique célèbre appelaient les “ventilateurs” parce qu’ils n’avaient pas les moyens d’avoir la climatisation, étaient du coup devenus extrêmement visibles. Dans certains endroits, la densité de sans-abris était impressionnante. Cette population se trouvaient encore augmentée par les dizaines de milliers de travailleurs mexicains clandestins qui, congédiés du jour au lendemain, avaient perdu leur logement. Tous ces démunis étaient à peu près les seuls à fréquenter les magasins encore ouverts, pour profiter de la fraîcheur des systèmes de climatisation et avec de moindres risques de frustration car les rayons étaient vides. 

Presque seuls au monde, les sans-abris avaient pris leurs aises jusque dans les endroits huppés et bien  avant que l’on constate officiellement que des tribus entières avaient installé des campements jusque dans les rues de Beverly Hill et sur des plages privées. Cette invasion, le plus souvent montrée par les médias avec des images les plus impressionnantes possibles, provoqua un fort sentiment d’insécurité qui se propagea dans tout le pays et pour le plus grand bonheur des armuriers. 

En Californie, les autorités renoncèrent vite à l’idée qui préconisait la création de sections spéciales pour rafler les sans-abris et les parquer dans des camps temporaires. Les mouvements de protestation contre ce projet ne furent d’aucun effet, simplement il parut évident que la canicule serait probablement terminée avant que l’important dispositif à mettre en œuvre ne soit opérationnel. Finalement, comme les délits les plus importants se limitaient à des plongeons dans des piscines d’eau croupie et à des “emprunts” de mobilier d’extérieur, on s’adapta à la situation en arguant que cette présence sécurisait les lieux abandonnés.

La télévision avait montré tout cela à Timothy Carter.

Lui vivait claustré depuis trois semaines dans un monde réduit au rez-de-chaussée de sa maison, derrière ses volets et sa porte bouclés, dans le brouillard de la fumée de ses cigarettes, portant à longueur de journée, sur les oreilles ou autour du cou, son casque pour écouter la télévision en sourdine.

Effondré sur lui-même, il s’était métamorphosé en un personnage repoussant, sale, puant, bouffi et blafard, aux cheveux hirsutes et graisseux. Il avait pris du ventre et des fesses, un double menton, les poches sous ses yeux avaient doublé de volume.

Les poils, qu’il ne rasait, n’épilait ou ne taillait plus, avaient envahi ses joues, sortaient de ses narines, pointaient au bout de son nez et sur ses oreilles, ses sourcils étaient broussailleux.

Il avait changé quatre fois de sous-vêtements durant tout ce temps et ses initiatives pour sa toilette s’étaient limitées à de vagues débarbouillages et à deux bains de pieds dans une soupière hors de prix.

Il se lavait les dents quand il y pensait, à savoir pas tous les jours et le plus souvent soit à la brosse sans dentifrice, soit au dentifrice sans brosse, car il était rare qu’il parvienne à retrouver les deux à la fois.

********* 

Un flot de lumière blanche assaillit Timothy Carter en même temps qu’une épouvantable chaleur quand il ouvrit la porte, il remonta sur ses yeux aveuglés les lunettes noires tombées au bout de son nez. Il pensa qu’il avait de la chance de se retrouver en pleine journée, qu’heureusement que cette pénurie de cigarettes ne lui était pas arrivée tard le soir ou en pleine nuit.

Il se demanda quelle heure il pouvait bien être et remarqua que sa montre avait disparu de son poignet. Il n’était pas très sûr du jour de la semaine mais il se sentait plutôt un jeudi.

Il s’aventura dans la fournaise, dans l’air brûlant et comme stratifié. Il avait du mal à respirer. Il transpirait à grosses gouttes, son tee-shirt était trempé.

Il s’arrêta au bord de l’escalier du perron pour baisser franchement la visière de sa casquette sur son front. Aux craquements du bois sous ses pieds, il réalisa l’intensité du silence. On n’entendait pas le moindre chant d’oiseau, c’était comme être sourd.

Comme il n’avait rien vu de tous les insectes morts qu’il avait piétiné sur le perron, Timothy Carter ne remarqua pas la métamorphose tragique du jardin. Les fleurs des massifs étaient rabougries comme les spécimens d’un herbier centenaire ; les arbustes étaient très probablement morts, les boules et les carrés de feuilles dissous étaient répandus en miettes jaunes sur le gazon roussi ; les entrelacs de vigne vierge, plumés par la canicule, couraient sur la façade de sa maison comme des artères sur le corps d’un écorché.

Il ne sembla pas plus gêné par le bitume ramolli de la route qui collait à ses semelles, où lever le pied trouvait une légère résistance, que par la rue abandonnée, absolument vide, sans aucune circulation, où les voitures d’habitude garée sur les bas-côtés avaient disparu.

Obsédé par son envie de fumer, il se dépêchait sans voir la dégradation du monde autour de lui.

Les grands aplats des ombres des arbres sur la route avaient fondu. Les couleurs vives des jardins, soigneusement entretenus et fleuris tout au long de l’année, avaient totalement disparu. Tout était désormais soit roux, soit  gris, soit  noir. Les murs de certaines maisons étaient nettement fissurés.

Timothy Carter se fichait du désastre parce qu’il lui fallait ses satanées cigarettes.

Il arriva au bout de sa rue dégoulinant de sueur, il s’engagea dans l’une des artères les plus commerçantes de la ville, inondée de lumière blanche. Là aussi toute la végétation était grillée, l’asphalte mou, les gens absents, les véhicules rares.

Il poursuivit sa route à l’ombre des stores des magasins fermés, sans s’étonner de rien jusqu’au moment où une curieuse installation lui bloqua le passage : deux couvertures faisant office de tente étaient fixées à l’enseigne d’une joaillerie de luxe et maintenues au sol par de gros cailloux. Dans l’espace entre les deux couvertures, Timothy Carter aperçut une table avec des gens autour. Ils dévoraient de gros sandwiches. C’est là qu’il fit le rapport avec ce qu’il avait vu à la télévision, qu’il réalisa que quelque chose d’extraordinaire était arrivé. Il repoussa ses lunettes au bout de son nez et put se rendre compte de l’importance du bouleversement.

Et ce n’était pas  les magasins fermés, le désordre à l’intérieur, les vitrines sales, la route déserte où les feux fonctionnaient pour à peu près personne qui choquaient le plus dans la ville la plus riche du pays, normalement envahie de touristes,  pointilleuse pour son image au point que le genre de dégaine négligée que lui affichait ce jour-là serait passée pour une provocation en d’autres circonstances. Non, ce n’était pas ce laisser-aller général, cet état d’abandon qui choquait le plus ici. Le plus incroyable était que les sans-abris avaient littéralement pris possession de la rue.

La plupart des tentes de fortune étaient installées devant les vitrines des magasins fermés. À l’intérieur, dans une chaleur épouvantable, les sans-abris mangeaient, jouaient aux cartes, s’éventaient, dormaient. D’autres étaient avachis dans les endroits encore ombragés de la rue, ou même allongés sur le trottoir où l’on trouvait aussi des chaises, de vieux fauteuils et même des matelas. À part ceux qui dormaient, ils étaient tous en train de manger, partout et tout le temps, ils n’arrêtaient pas de manger.

Pour éviter d’avoir sa route sans arrêt coupée par les installations des sans-abris répandues jusqu’au milieu du trottoir, Timothy Carter marchait près de la route, maintenant aussi indifférent à ce nouvel environnement qu’au soleil qui lui brûlait le dos, seulement inquiet de savoir s’il allait trouver son bureau de tabac ouvert.

Une Bentley s’arrêta à cinquante mètres devant lui, au ras du trottoir. Le chauffeur descendit du véhicule et déplia une ombrelle avant de  se précipiter pour ouvrir une porte arrière. Une femme sophistiquée, habillée comme pour une expédition dans la brousse, débarqua sur le trottoir. Sa main gantée prit l’ombrelle et elle attendit que le chauffeur ramène une glacière sortie du coffre. Elle ouvrit la marche vers les sans-abris, l’homme la suivit en tenant la glacière à bout de bras.

Le couple circula au milieu des installation de fortune. La femme choisissait les endroits où le chauffeur devait déposer de petites bouteilles d’eau, de jus de fruit, des sandwiches et des gâteaux sortis de la glacière fumante. Parfois, elle prenait un peu de recul, jaugeait les offrandes et demandait à l’homme de déplacer un peu telle bouteille ou tel sandwich.

Timothy Carter, se traînait en plein soleil, au milieu de la route déserte, avec son grand corps penché en avant. Soudain, il s’arrêta net, comme électrisé par la vision de William Watson. L’homme à la tête d’angelot décrépi arrivait en sens inverse. Visiblement, l’enfer caniculaire n’avait pas entamé l’énergie de ce fléau toujours à la recherche de quelqu’un sur qui vomir ses élucubrations apocalyptiques. Il marchait d’un bon pas tandis que ses yeux ronds, qui bravaient par on ne sait quel miracle le soleil pourtant bien face, balayaient l’espace à la recherche d’un déversoir. Timothy Carter se rassurait en pensant  que son apparence négligée le rendait sûrement méconnaissable quand il vit  l’insupportable Watson modifier sa trajectoire pour foncer droit sur lui.  Résigné, il enleva ses lunettes de soleil et se mit à l’attendre.

Il dût reculer de deux pas pour éviter le télescopage car l’autre, lancé à vive allure, ralentit un peu trop tard. Déterminé comme un usager mécontent devant un guichet de réclamations, William Watson entama de sa voix grêle, et sans avoir même dit bonjour, une litanie sur ce monde pourri où la population allait crever plus vite qu’elle ne le pensait et dans des conditions atroces. Timothy Carter, qui ne put en placer une, eut également droit à une de ses petites revues de presse où furent débitées d’un air inspiré une sélection de nouvelles déformées dans le sens du pire et hybridées pour en renforcer l’effet catastrophique.

Quand Watson eut fini d’éructer,  il se précipita vers un vieux sans-abri couché à l’ombre sur le trottoir et qui se goinfrait d’un énorme sandwich.

« C’est la fin du monde ! », hurla-t-il en enjambant le bonhomme alors qu’il avait toute la place pour passer à côté.

Magic Dorothy/ Pierrick Moritz. Dépôt SACD 226979. Juin 2009.

Ce texte n’est pas libre de droits et ne peut être republié, même partiellement, sans autorisation de l’auteur. Un exemplaire original déposé à la SACD en juin 2009 protège ce texte de la contrefaçon partielle ou totale et de l’adaptation. Les extraits de Magic Dorothy publiés sur Artwithoutskin correspondent à des passages sélectionnés dans les deux premiers chapitres d’un roman qui en compte six.

Il s’agit d’une histoire dont le début est volontairement écrit pour restituer l’atmosphère d’une série télévisée et qui évolue ensuite dans une veine radicalement différente. Le choix des extraits, dont chacun doit à la fois former un “tout” cohérent (à la manière d’une nouvelle) et ne pouvait être trop long dans un premier temps, donne une présentation chronologiquement “éclatée”. Quand cela est nécessaire, des notes portées avant chaque extrait les contextualisent. pierrick.moritz@noos.fr

Croûtes de pub

1 août 2010 par Pierrick Moritz

 

À voir sur  : http://jf.thecroute.com/

60.000 euros pour un ours en peluche

31 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Christie’s va disperser, en octobre prochain à Londres, une collection de plus de 1.300 jouets des années 1890 à 1970 de la mythique marque Steiff. Le clou de la vente est un Teddy Bear bicolore (rouge et bleu) dit Arlequin. Daté de 1925, le “nounours” est estimé 50.000/80.000 livres (60.000/96.000 euros).

Ce genre de vacations à  thème génère assez souvent des prix extraordinaires (vente des souvenirs du France en 2009 à Paris), qui engendrent eux-mêmes un afflux anarchique de pièces similaires sur le marché et, du même coup, conduisent à l’effondrement des prix. 

Pour ce qui concerne l’ours en question, il s’agit effectivement d’une rareté dont on ne risque pas de retrouver par la suite des dizaines d’exemplaires à vendre sur le Net. PM

Photographie : Dina Vierny vue par Pierre Jamet à Banyuls

30 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Le musée Maillol de Banyuls programme jusqu’au 30 octobre une exposition temporaire d’une vingtaine de photographies de jeunesse de Diana Vierny prises par Pierre Jamet. 

Dina Vierny commence à poser pour Aristide Maillol en 1934.  À cette époque, elle vit également la période la plus libre de sa vie, celle du Front Populaire, en compagnie de Pierre Jamet, son premier amoureux. Ensemble, ils parcourent les routes de France, dorment dans les auberges de jeunesse et font du cinéma.

Le musée propose également de visionner le film d’Alain Jaubert Dina Vierny, une vie pour l’art coproduit avec France 3 Sud, un documentaire dans lequel Dina Vierny évoque les épisodes décisifs de sa vie.  

 Tout sur Artistide Maillol à Banyuls, ici : http://www.banyuls-sur-mer.com/articles-10/63-44-aristide-maillol/

Encore moins de ventes chez Sotheby’s et Christie’s à la rentrée

30 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Dans le cadre de programmes de redimensionnement qui incluent notamment des vacations moins nombreuses mais plus qualitatives, et aussi très  probablement devant les résultats parfois décevants enregistrés au cours de ces derniers mois, Christie’s et Sotheby’s diminuent encore la voilure à la rentrée.

À compter de la rentrée et dans la séquence du premier semestre 2010*, le  calendrier international de Sotheby’s et Christie’s affiche un nombre de ventes en baisse par rapport à l’agenda équivalent de 2008 et 2009.

Chez Christie’s, elles tombent à 61 en septembre/octobre contre 68 en 2009 et 83 en 2008, pour la période équivalente.

Chez Sotheby’s, 37 ventes sont programmées dans le monde en septembre/octobre 2010 contre 44 en 2009 et 65 en 2008 pour les mêmes mois.

Ce dernier semestre, le marché de l’art s’est globalement caractérisé par un afflux de chefs-d’œuvre de qualité muséale dont une proportion importante n’a pas dépassé les estimations basses, ou dans une mesure moindre, et par des vacations enregistrant de nombreuses œuvres ravalées.   

La présentation proportionnelle des invendus restitue parfois très mal l’ampleur du désastre, comme ces quelque 30 % dans la vente d’art contemporain en journée de Christie’s du 1er juillet dernier, soit une centaine de lots qui n’a  pas trouvé preneur sur un catalogue qui en présentait 319.

Des chiffres d’affaires très importants ont été néanmoins relevés au cours du premier semestre 2010, principalement lors de vacations présentant des œuvres exceptionnelles.

Cet ilôt particulier des pièces majeures, dont l’expansion a tout intérêt à être réfrénée vu les difficultés contastées au deuxième trimestre,  ne montre globalement pas d’effet d’entraînement sur le reste du marché de l’art.

En France, Drouot a présenté un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros pour le premier semestre 2010, soit  une augmentation de 17 % par rapport au premier semestre 2009 (particulièrement mauvais pour le marché de l’art), et  quand le chiffre d’affaires pour l’ensemble de l’année 2009 s’élevait à 413 millions, à 411 en 2008 et à plus de 500 en 2006 et 2007.  

Comme chez les anglo-saxons, on a également assisté à une montée en gamme de la marchandise présentée et avec des prix obtenus parfois “historiquement” très élevés. 

Il faut néanmoins tenir compte du fait que les chiffres de Drouot incluent également des ventes judiciaires et de véhicules hors objets d’art et collection. 

Selon le texte d’une proposition du Sénat de l’année dernière, les ventes de véhicules d’occasion représentait 36,5 % du chiffre d’affaires de la Holding Drouot en 2007.

Sotheby’s présentera ses résultats pour le second trimestre 2010 la semaine prochaine. Son titre boursier est particulièrement malmené depuis le 24 avril dernier. 

L’action qui, revenue de loin, avait enregistré en un an une valorisation spectaculaire avec un “plus haut” a quasiment 39 dollars le 23 avril, vaut désormais 27,49 dollars après s’être un peu ressaisie.

Pierrick Moritz 

* Au premier semestre 2008, Sotheby’s avait organisé 147 ventes dans le monde. Pour la période équivalente de 2009 et 2010, ce chiffre est respectivement tombé à 139 et 116.

180 ventes ont été montées par Christie’s dans le monde  au premier semestre 2010, contre 190 en 2009 et 235 en 2008 pour la même période.

Note à l’intention des abonnés : la fin de la diffusion gratuite des analyses sur le marché de l’art a été annoncée le 7 juillet dernier. Il aurait été toutefois dommage de priver l’ensemble des lecteurs et ma communication personnelle d’une conclusion sur le premier semestre 2010, qui confirme les annonces faites ici depuis décembre 2009.  Un sujet sur les résultats de Sotheby’s sera également publié la semaine prochaine.

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http://artwithoutskin.com/2009/12/30/la-marche-de-lart-devrait-poursuivre-sa-contraction-en-2010/

http://artwithoutskin.com/2010/06/23/trop-dart-sur-le-marche-de-lart/

“Magic Dorothy” : “L’Exorcisme” et “Le Décorateur”

28 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Repères par rapport à l’épisode précédent

20 ans ont passé. Magic Dorothy, énorme succès populaire international, a fait la fortune de son actrice, Margaret Sullivan, et du scénariste Timothy Carter.

La carrière de Magic Dorothy s’est définitivement arrêtée une dizaine d’années plus tôt, avec des recettes dramatiques usées jusqu’à la corde, une actrice qui n’avait plus du tout l’âge du rôle  et des audiences minables.

Magic Dorothy est désormais qualifié de “pire feuilleton de tous les temps”. Suivis d’un pareil pedigree, l’actrice et le scénariste n’ont plus jamais retravaillé. Ils sont “grillés” à Hollywood.

Si Timothy Carter s’est fait une raison et mène la vie oisive et superficielle que lui permet sa fortune, Margaret Sullivan, elle, entend renouer avec la gloire.

John Thomson est le mari de Margaret Sullivan, elle veut être appelée par son nom d’actrice.

Monterey est la ville voisine de Carmel et possède un aéroport. Carmel est la ville la plus riche des États-Unis.

L’Exorciste

 Margaret Sullivan rencontrait un soutien particulièrement efficace en la personne de Timothy Carter et lors de dîners en tête à tête dont l’idée lui venait lorsqu’elle était au plus haut de ses phases désaxées. Une fois ce besoin satisfait, elle allait beaucoup mieux pendant quelques temps.

Rien ni personne n’avait jamais empêché ces dîners-là et il semblait que le destin-même voulait qu’ils aient lieu.

Un soir, alors qu’elle revenait de l’aéroport, de retour d’un week-end chez sa mère, elle ressentit l’absolue nécessité d’un dîner avec Timothy Carter en plein Monterey. Eh bien, moins d’une minute après l’apparition de cette irrépressible envie, elle se retrouva juste à côté de lui. Il venait de s’arrêter au même feu rouge dans sa Porsche décapotée. Et elle le ramena dans sa propriété.

John Thomson, en voyant arriver leurs véhicules depuis la petite terrasse au premier étage de la villa, détala aussi sec pour les laisser tranquille.

Au cours de ces dîners, Margaret Sullivan décollait à bord du vaisseau Magic Dorothy, avec Timothy Carter comme indispensable copilote. Dans cet espace-temps singulier, elle évoquait des souvenirs vieux de quinze ans comme s’ils dataient de la veille ou, plus inquiétant, comme s’il s’agissait de projets.

Désinhibée par le Merlot dont elle abusait ces soirs-là, Margaret Sullivan redevenait une vedette. Elle évoquait les nombreuses sollicitations d’interviews, ses projets avec untel et untel qu’elle devait absolument rappeler.

Elle transformait  Timothy Carter en auteur mondialement connu, un très grand artiste dont elle était, en quelque sorte, la muse, ou encore en journaliste. Dans ce cas-là, elle se mettait à répondre soudainement à des questions qu’il ne lui avait pourtant pas posées.

Le retour à la réalité se déroulait invariablement selon le même processus et après le dessert. Elle commençait à avoir l’air d’être de moins en moins sûre de ce qu’elle était en train de raconter, de ce qu’elle était en train de vivre. Puis elle se taisait complètement et jetait un regard plein d’effroi sur les bouteilles de Merlot vides et le gros cendrier rempli de mégots par Timothy Carter.

Elle finissait par appeler la bonne dans un hurlement strident, sirène qui indiquait la fin du chantier. L’employée, rompue au protocole de ces soirées, accourait pour enlever les bouteilles vides et le gros cendrier. Timothy Carter prenait congé dans un état d’épuisement total, atomisé comme un grain de poivre passé au moulin. 

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Le Décorateur

Timothy Carter se réveilla en sursaut vers quatre heures du matin. Il était dans l’état de panique qui peut submerger le voyageur qui se réveille loin de chez lui. Complètement désorienté, il cherchait où il était, mais aucune souvenir d’un lieu connu ne répondait à son appel. C’était comme un début de noyade. C’était terrifiant.

Son grand corps et son visage étaient trempés d’une sueur très liquide, très chaude, très salée, une sueur qui lui brûlait le coin des yeux. Cette hémorragie d’eau imprégnait le draps et l’oreiller.

Son angoisse s’intensifia quand il sentit son bras gauche se lever, comme s’il était tiré par un fil. C’était le réflexe pour appuyer sur l’interrupteur des appliques au-dessus de la tête du lit. La pièce s’éclaira. Il reconnut sa chambre, un lieu enfin identifié. Le soulagement fut immense

Il essuya son visage où la sueur ne coulait plus, remua ses jambes pour les décoller des drap poisseux et cala l’oreiller derrière son dos. Son regard se fixa sur le fond de la pièce où, sous un lustre hollandais du XVIIIe siècle, était installé un canapé en forme de coque de bateau couchée sur le flanc. L’intérieur de cette grande niche dite “design” était si profond qu’il engloutissait le corps au moins au-dessus du genoux sous la coque qui formait un toit. S’en extraire demandait une technique particulière, en deux temps : il fallait d’abord avancer les fesses jusqu’au bord, puis se lever avec la tête penchée en avant pour ne pas se cogner. Lorsqu’il s’y était installé pour la première fois, Timothy Carter avait eu le réflexe de se dresser d’un coup pour en sortir, oubliant la coque au-dessus de sa tête. Le choc l’avait instantanément renvoyé en position assise au fond du canapé.

Comme cela arrivait parfois, et avant de s’en prendre à lui-même, Timothy Carter éprouva un accès de rancœur pour le décorateur auquel il avait fait appel quelques années auparavant pour revisiter intégralement l’intérieur de sa maison.

Et il oubliait d’en vouloir à Margaret Sullivan qui était quand même à l’origine de ce chamboulement. Elle le tannait déjà depuis des années avec cette histoire de réaménagement quand elle organisa un déjeuner “surprise” avec lui et le décorateur. Une rencontre dont le but premier sembla clairement être de “marier” ces deux êtres qui ne se plaisaient pas du tout.

Pour stopper Margaret Sullivan, qui cherchait à le vendre comme un tapis d’occasion, Timothy Carter avait dérouté la conversation sur le terrain des affaires. Et c’est pour cette raison qu’il les ramena chez lui après le déjeuner. Le contrat fut signé dans la foulée.

Le bureau était la seule pièce à n’avoir subi aucune modification dans un chantier qui avait duré des mois. Avec les préparatifs en amont et les “retouches” en aval, ces travaux avait perturbé son existence oisive pendant un bon moment.

Le décorateur, pour qui le moindre changement de fusible prenait une ampleur démesurée, avait littéralement pris possession de sa maison. Le client avait été prévenu au préalable que l’artiste ne supportait pas la présence des propriétaires quand on lui confiait une mission.

Timothy Carter s’était engagé par contrat à ne pas mettre les pieds chez lui entre 10 heures et 21 heures trente. De fait, il avait dû mettre en place toute une organisation qui l’obligea à aller vivre à l’hôtel certains jours et à prendre ses repas à l’extérieur.

Quand, les grands travaux enfin achevés, il se retrouva seul pour la première fois dans ce lieu nouveau, il ressentit l’impression qu’il avait changé de vie, mais cela ne dura pas plus de quatre heures. Il eut envie de tout saccager après avoir eut la soudaine révélation que cet improbable mixage d’ancien et de contemporain ressemblait à une collision entre un manoir anglais et un vaisseau spatial.

Finalement, la déconstruction se limita à un essai pour décoller un des lais de cuir argenté posé sur le mur du salon, et à un autre pour enlever une très ancienne bouquetière en faïence française transformée en applique et où des faisceaux de lumière violette pouvaient sortir par les trous. Ces éléments étaient si bien arrimés qu’ils lui semblèrent capables d’emporter les murs s’il insistait trop.

À l’usage, les nouveaux agencements se révélèrent globalement moins fonctionnels que les précédents. Il regretta très vite la perte du grand dressing-room venu, par la destruction d’une cloison, agrandir une salle de bains déjà bien trop vaste. La présence de sa grande bibliothèque de littérature du salon lui manquait aussi.

Margaret Sullivan lui avait répété à l’envi et pendant des années que ces ouvrages qu’il ne lirait plus jamais ne servait à rien ;  qu’il s’agissait de nids à poussière qui prenait la place de tellement de jolies choses qu’on aurait pu mettre à leur place. Lors de l’entrevue avec le décorateur, elle insista particulièrement sur le fait qu’il fallait impérativement se débarasser de cette bibliothèque. Un libraire de sa connaissance embarqua les livres, et le meuble car il avait besoin de rayonnages pour sa boutique.

Timothy Carter avait laissé faire en se raccrochant à l’idée que sa vie était en train de changer, qu’il s’agissait de se mettre en conformité avec le nouveau Timothy qui, au fil des années, était passé des textes des grands auteurs aux livres illustrés et de ces livres de plus en plus illustrés aux magazines. Il ne lisait plus ni roman, ni essai, ni théâtre depuis longtemps. 

Depuis toujours, lorsqu’il revenait d’un voyage, recevait quelqu’un ou était dans un état inhabituel, comme cette nuit-là,  l’idée qu’il détestait cet endroit étranger, où il était prisonnier, puni par une force maléfique, affleurait dans son esprit comme une musique faible et lointaine, une impression fragile qui se dissipait aussi vite qu’elle était venue. 

Timothy Carter s’extirpa de son lit parce qu’il avait envie de fumer. Il enfila son peignoir rouge et fouilla les poches de son pantalon jeté par terre pour récupérer ses cigarettes et son briquet. Il effectua trois allers et retours nerveux devant son lit, tirant fébrilement sur sa cigarette, avec son briquet en or massif serré dans son poing. Pour avoir l’impression de prendre le contrôle sur quelque chose à défaut de sur lui-même, il appuya sur le bouton de la télécommande qui ouvrait automatiquement le volet de la fenêtre.

L’incroyable chaleur du dehors lui donnait la désagréable impression d’avoir la tête dans un four brûlant. La température devait avoisiner 30°C. Il jeta par la fenêtre ce qu’il restait de sa cigarette et s’empressa de la refermer.

Devant la cabine de douche, dans laquelle quatre personnes auraient pu tenir, il resserra la ceinture de son peignoir. La tête basse et les bras ballants, il alla s’asseoir sur le bord de l’immense baignoire rouge. Il resta un moment comme un désœuvré avant d’appuyer machinalement sur la touche “massage ” du tableau de bord.

Son regard se mit à suivre les mouvements des grosses verrues sous le caoutchouc argenté qui tapissait le fond et les parois de faïence. Elles se gonflaient et se dégonflaient comme les cloques d’une crème sur le feu.

Timothy Carter avait l’air fasciné par ces mouvements, comme s’il assistait au spectacle le plus intéressant du monde. Il finit par se lever pour se rendre devant le double lavabo.

Il aspergea son visage d’eau froide, puis l’essuya longuement, sans cesser de l’observer du coin de l’œil. Il finit par tirer la langue à ce visage fatigué. Pour la première fois depuis très longtemps, il ne se doucha pas tout de suite après le réveil.

Il descendit lentement la volée de marches qui menait au rez-de-chaussée.

Devant la cuisine à l’aménagement dépouillé, avec le carrelage blanc sur les murs, la longue table en inox placée au centre et sous un ancien projecteur d’usine, ce qu’il avait déjà ressenti comme une brève impression s’imposa pour la première fois comme une réalité : on aurait dit une salle d’opération chirurgicale. Et, maintenant, même une sorte d’antre de savant fou si l’on ajoutait dans le champ de vision les dizaines d’anciens bocaux de pharmacie transparents, alignés sur une étagère qui faisait le tour de la pièce à quarante centimètres du plafond. Chacun était rempli d’une grosse formes colorée plongé dans un liquide jaune, une idée du décorateur destinée à produire l’effet de conserves à l’ancienne originales, avec un seul fruit ou légume surdimensionné par bocal. Il avait remarqué depuis un moment que  la matière, une sorte de mousse, se délitait et prenait des formes indéfinissables. Là, il lui apparaissait clairement que les poires étaient devenues des fœtus.

Timothy Carter alla s’asseoir sur le bord du canapé Chesterfield bombé ça et là de peinture argenté. Il posa le plateau chargé d’un chope de café fumant, d’un cendrier, de son briquet en or et d’un paquet de cigarettes sur l’équerre de ses genoux. Il ramena près de ses hanches les deux coussins recouverts d’une véritable toile de jute de sacs postaux facturée au prix de la tapisserie d’Aubusson.

Il demeura un bon moment avec un regard perdu, le visage voilé par la fumée des cigarettes qu’il allumait les unes après les autres, comme un automate. Des bribes de sa silhouette, réduite à un peu de ses mains, de son visage et de ses épaules, se reflétaient dans le lustre de l’immense écran la télévision.

Magic Dorothy/ Pierrick Moritz. Dépôt SACD 226979. Juin 2009.

Voir les épisodes précédents : http://fr.wordpress.com/tag/magic-dorothy/

Ce texte n’est pas libre de droits et ne peut être republié, même partiellement, sans autorisation de l’auteur. Un exemplaire original déposé à la SACD en juin 2009 protège ce texte de la contrefaçon partielle ou totale et de l’adaptation. Les extraits de Magic Dorothy publiés sur Artwithoutskin correspondent à des passages sélectionnés dans les deux premiers chapitres d’un roman qui en compte six. 

Il s’agit d’une histoire dont le début est volontairement écrit pour restituer l’atmosphère d’une série télévisée* et qui évolue ensuite dans une veine radicalement différente. Le choix des extraits, dont chacun doit à la fois former un “tout” cohérent (à la manière d’une nouvelle) et ne pouvait être trop long dans un premier temps, donne une  présentation chronologiquement “éclatée”. Quand cela est nécessaire, des notes  portées avant chaque extrait les contextualisent.

La collection d’art contemporain de Dennis Hopper mise en vente

27 juillet 2010 par Pierrick Moritz

La collection d’art contemporain du mythique acteur et réalisateur Dennis Hopper, disparu en mai dernier à l’âge de 74 ans, sera dispersée au mois de novembre prochain par Christie’s à New York.

Le réalisateur et interprète d’Easy Reader s’est toujours intéressé (et très tôt dans sa vie) aux avant-gardes de  l’art contemporain, notamment au Pop Art, et il avait notamment acheté le premier Campbell Soup de Warhol (pour 75 dollars) lors de la première exposition de l’artiste à Los Angeles.

Les pièces les plus importantes de cette collection, présentée avec d’autres œuvres lors de deux vacations d’art contemporain, sont une création de Jean-Michel Basquiat estimée 5/7 millions de dollars et un portrait de Dennis Hopper par Warhol (800.000/1,2 million).

La collection Hopper, qui comprend également et entre autres des œuvres de Claes Oldenburg, Julian Schnabel et Richard Prince, est estimée autour de 10 millions de dollars.

En plus de sa carrière monumentale comme acteur et réalisateur, Dennis Hopper était également poète mais aussi un peintre, sculpteur et photographe de renom.

Une rétrospective présentant 200 de ses créations et intitulée Dennis Hopper Double Standard est actuellement programmée, et jusqu’au 26 septembre, au MOCA de Los Angeles.

Pierrick Moritz et d’après communiqué.

“Magic Dorothy” : la naissance de la série (II)

22 juillet 2010 par Pierrick Moritz

 Julia Braun venait d’avaler un cachet d’antidépresseur dans une gorgée de café – elle ne se souvenait plus si elle avait pris sa dose du matin – quand elle fut dérangée par un appel sur son téléphone voué aux urgences. C’était le responsable en chef de la publicité. Il remplit ses poumons comme s’il allait plonger en apnée, avant de débiter en une seule tirade  qu’il se trouvait dans le New Jersey où  il allait consulter le médecin qui l’avait vu naître mais il appelait depuis une cabine située sur le bord d’une route et il ne fallait pas s’étonner si la communication était coupée car il avait peu de monnaie et qu’en parlant d’argent il avait de très mauvaises nouvelles émanant de Clark Robert’s Craft Material car le cabinet d’avocats du sponsor disait que leur client était furieux que l’on puisse désormais associer ses magasins à un scandale sexuel et ils allaient réclamer des compensations. Puis il suffoqua, et raccrocha.

Julia Braun se laissa choir sur son fauteuil, et elle se figea comme elle était tombée, avec les fesses au bord de l’assise, les bras ballants à l’extérieur des accoudoirs, les jambes étalées et la tête penchée en avant.  

Après cette posture d’exécutée, elle ressuscita pour se ruer sur ses trois téléphones. Elle les briqua avec les poignets de son chemisier et démêla les fils en spirale tout emberlificotés. Elle considéra un instant cet alignement d’appareils où celui  consacré aux appels urgents, placé à l’extrême gauche, ne se distinguait en rien des deux autres. Elle finit par les mélanger tant et si bien dans un brutal jeu de saute-moutons que les fils à l’arrière des combinés se retrouvèrent complètement embrouillés.

Julia Braun portait les manches de son chemisier roulées sur ses avant-bras. Elle croquait dans le Spéculos fournit avec le café quand le téléphone du milieu sonna. À l’autre bout du fil, le discours affolé de sa secrétaire commenta en direct l’entrée en force dans son bureau de trois avocats.

Le vieux Clark Roberts, sponsor de l’émission de Gordon Parker, arriva à la suite. Avec ses sourcils peignés en triangle et son Fedora déformé vissé sur le crâne, cet être original entretenait sans aucun doute sa ressemblance avec l’épouvantail du Magicien d’Oz.

Les avocats, blonds, coiffés avec la raie au milieu, très bronzés et portant des costumes et des cravates sombres sur des chemises blanches, affichaient un masque impassible et plus ou moins fixe pour deux des trois. Le trio était un peu comme ces garnitures de cheminée dont, souvent, seule la pièce centrale est d’une réelle utilité, les pendants ne servant qu’à installer une certaine ampleur. Ici, le nerf du groupe était l’Imperturbable.

Et il prit tout de suite la parole pour expliquer que le responsable en chef de la publicité leur avait fixé un rendez-vous à cette heure-là. Ou plutôt un lapin car il n’était plus dans les murs de la société et ils n’avaient pas été prévenus. Sa secrétaire avait parlé d’une sorte d’état grippal subit, il avait dû rentrer chez lui où il demeurait injoignable. La jeune femme avait suivi sa consigne : les expédier chez LA directrice des programmes, la personne la plus gradée encore en place sur le pont déserté de l’entreprise.

Julia Braun invita tout ce petit monde à se rendre dans une salle de réunion, à l’autre bout de l’étage. C’était sa procédure de secours pour ce genre de situations impromptues : elle proposait d’emblée un autre endroit pour discuter, le plus loin possible, le temps du déplacement lui permettant de rassembler ses esprits, d’analyser un peu plus la situation et de trouver quelques idées et arguments.

Clark Roberts était à la traîne dans le couloir car il marchait en regardant par les fenêtres. Les avocats suivaient Julia Braun dont l’allure instable les obligeaient à trottiner ou décélérer, voire piler pour éviter de lui rentrer dedans.

Julia Braun et les avocats s’installèrent à l’extrémité de l’immense table ovale de la salle de réunion. Ils durent attendre dans un silence embarrassé que Clark Roberts revienne du fond de la pièce, où il avait engagé une conversation avec les poissons exotiques de l’aquarium géant. Après les avoir quittés avec l’interminable départ à reculons et la tristesse contenue d’une mère laissant pour la première fois son enfants à la crèche, il vint s’asseoir à la suite des Pendants installés à gauche de Julia Braun.

Elle leur demanda s’ils désiraient boire ou manger quelque chose. Clark Roberts réclama un soda orange, l’Imperturbable de l’eau minérale, les Pendants calquèrent leur choix sur le sien. Elle parut désappointée qu’ils ne veuillent rien manger, elle insista en énonçant le menu : sandwiches, cake, cookies.

« Nous n’avons pas faim.», trancha  le chef de meute.

Julia Braun haussa les épaules avant de tirer sur le fil d’un téléphone pour le ramener jusqu’à elle. Elle commanda leurs boissons et deux sandwiches au fromage suisse et un whisky pour elle.

Tandis qu’elle raccrochait, son regard se perdit peu à peu au fond de la salle, puis sa tête tourna lentement vers l’Imperturbable, avant de virer en direction des Pendants.

Elle les avait regardés tous les trois avec l’air de se demander ce qu’ils faisaient là. L’expression du visage des Pendants monta d’un cran dans la stupéfaction quand elle adressa à Clark Roberts un regard pétillant et souligné d’un sourire malicieux. Le vieux monsieur rosit de plaisir.

Julia Braun dégustait ses sandwiches, avec une certaine grâce dans son jeu de couverts et tout en avalant de temps en temps une petite gorgée de whisky, et l’Imperturbable, dont le masque commençait à vaciller devant tant de désinvolture, demandait l’irréalisable.  

Il exigeait la création et la diffusion d’un divertissement ou feuilleton “très moral” à la place de l’émission de Gordon Parker. À défaut de cette solution non négociable, une action en justice serait intentée pour un préjudice porté à l’image de la société de Clark Roberts et qui était évalué à trois millions de dollars.

L’Imperturbable évoquait dans le détail les coûts faramineux de certains procès, et Julia Braun avait l’air complètement ailleurs. Un ailleurs si drôle qu’elle faillit recracher une bouchée de sandwich sur son voisin de gauche à cause d’un rire qu’elle s’efforça de contenir.

« Si notre proposition n’est pas réalisable, pour une raison ou pour une autre, il reste l’alternative de l’arrangement financier. Nous l’avons fixé avec notre client à 1,5 million. Ce qui,  bien entendu, vous coûterait beaucoup moins cher que l’action en justice tout en vous évitant de faire durer la mauvaise publicité.»

Julia Braun avait écarté son assiette et son verre, elle resta attentive jusqu’à ce qu’une bouche pincée et un regard narquois commencent à se dessiner sur son visage. L’Imperturbable se désintégra en même temps que ces expressions se fixaient sur le visage de la directrice des programmes. Et il devint l’Épuisé.

« J’ai ce qu’il vous faut, dit Julia Braun d’une voix tranquille.

- Et qu’est-ce que vous proposez ? », soupira l’Épuisé.

Les Pendants sursautèrent beaucoup plus vigoureusement que lui quand Julia Braun se leva brusquement. Elle avait l’air illuminé ; des yeux de jeteuse de sorts, dilatés, agrandis ; un regard habité. Et, sur un ton prophétique, soutenu par des gestes amples et courbes qui semblaient donner le tournis à l’auditoire, elle déclara  :

« Ce que je vous propose, mais c’est… une sainte. Un personnage d’une série qui va faire oublier immédiatement notre fâcheuse affaire. Nous laver de tout ça. Elle est jeune , elle ne fume pas, elle boit du lait. À chaque épisode, elle se précipite au secours d’une personne vulnérable : aveugle, vieillard, orphelin, malade.

- Et elle s’appelle comment votre sainte ? », demanda Clark Roberts.

Julia Braun lui fit ses yeux pétillants.

« Dorothy, répondit-elle sur le ton de l’évidence.

- Dorothy, très bien, très bien. J’ai hâte de voir ça.

- Vous le verrez…. dans un mois…à peu près…. Je vous propose de vous  envoyer votre contrat dans une semaine.

- Vous l’envoyez à notre cabinet, mumura l’Épuisé.

- Non, à moi directement», dit Clark Roberts.

La réunion s’acheva avec Clark Roberts trépignant d’excitation, l’Épuisé complètement déboussolé et les Pendants très aimables avec Julia Braun.

Tandis que les hommes quittaient la pièce, Julia Braun retourna tranquillement vers sa chaise, elle s’y laissa complètement choir.

Abasourdie comme une exorcisée, le regard inquiet, elle gonfla les joues et évacua l’air en faisant bruisser ses lèvres.

Julia Braun avait fini par se  lever. Elle avait marché jusqu’à l’aquarium où elle s’était emparée d’une énorme boîte d’aliments pour poissons. 

Elle versa une pincée de cette poudre grossière dans l’eau.

Les voraces convergèrent vers les miettes en suspension, avant de disparaître dans une épaisse nuée laiteuse. 

Julia Braun venait de leur offrir l’entier contenu de la boîte, soit un bon mois de nourriture. 

****** 

Timothy Carter, venu à Los Angeles avec un billet d’avion payé par la chaîne de télévision, arriva le lendemain sous le coup de dix heures dans le bureau de Julia Braun

Le jeune homme grand et costaud avait mauvaise mine. Ses cheveux épais, plus ou moins bien domptés à grand renfort de gomina, auraient eu besoin d’une coupe. Il portait des vêtements de bonne qualité mais qui dataient de plusieurs saisons et, sur les trois boutons qui fermaient son veston, celui du milieu était dépareillé. Le cuir marron de ses chaussures était tout ridé et ciré avec une teinte trop claire.

« Je vais être franche avec vous, lui avait dit d’emblée Julia Braun, vos scénarios sont très intéressants mais ne sont pas diffusables à la télévision. Il faudrait plutôt voir à en faire un scénario de long métrage, en Europe, peut-être, ou, alors, attendre quinze ans, dans l’espoir que les mentalités évoluent. Nos téléspectateurs ne sont pas prêts pour ce genre d’histoires. Mais, rassurez-vous, je ne vous ai pas demandé de vous déplacer pour vous dire ça. Je voulais vous voir, parce que je cherche quelqu’un avec votre imagination et capable d’écrire rapidement quelques épisodes assez courts sur le principe des aventures d’un héroïne comme ce que vous avez fait, mais dans une version beaucoup plus sage. Je vous préviens qu’il s’agit pour commencer d’un pilote qui pourrait très bien ne pas être diffusé. Et puis, c’est une commande vraiment spéciale, c’est quelque chose qui ne va pas durer, nous le savons déjà. Seriez-vous prêt ?

- Bien sûr.

- Et vous pourriez commencer tout de suite ?

- Là ? Maintenant ?

- Oui.

- C’est-à-dire que je travaille ce soir. Je dois être à l’aéroport pour quinze heures.

- Et vous faites quoi ?

- Serveur.

- Et vous gagnez combien, Timothy ?

- Salaire minimum et pourboires.

- Moi, dit Julia Braun en le jaugeant avec bienveillance,  je vous propose 2.000 dollars pour écrire cinq épisodes de vingt minutes pour commencer, et après un essai, bien entendu .

- Je veux bien essayer.

- Vous êtes sûr que vous êtes partant ? Sinon, je cherche quelqu’un d’autre.

- Oui, oui, je suis d’accord. Complètement.

- Très bien ! »

Julia Braun expliqua à Timothy Carter les grandes différences entre Glenda et Dorothy. La série racontant les aventures de Dorothy était surtout destinée à un public d’adolescentes restées à la maison, et souvent en l’absence d’adultes. Cette chère Dorothy, puisque c’était d’elle dont il s’agissait désormais, se devait  d’être un exemple de vertu et de moralité. Bien entendu, elle ne fumait pas. D’autre part, le personnage serait courageux mais pas téméraire. Elle pouvait aussi avoir un physique agréable mais les jeunes filles devaient voir en elle un modèle ou une amie, en aucun cas une rivale. Les cheveux longs et défaits de Glenda seraient également courts ou remontés en chignon pour Dorothy. Elle pourrait aussi porter des chapeaux. Dorothy était une sorte d’amie idéale pour les adolescentes, une fréquentation que les mamans encourageraient pour ses bienfaits.

Timothy Carter se retrouva installé dans le bureau déserté du responsable en chef de la publicité. Après la perspective inespérée de gagner 2.000 dollars, le seul intérêt qu’il trouva à cet exercice fut de travailler pour la première fois sur une machine à écrire électrique avec bandes correctrices intégrées, un matériel infiniment plus pratique que les appareils mécaniques qu’il avait utilisés jusque-là.

Deux heures plus tard, il remettait à Julia Braun le premier jet d’un épisode qu’il jugeait complètement stupide. Dans cette histoire, la nouvelle Glenda, rebaptisée Dorothy, et son funambule homosexuel de colocataire finissait par démasquer un individu qui s’introduisait chez des personnes handicapées pour leur voler leur chaise roulante. L’épisode se terminait par une vision hallucinante d’une cave où les chaises roulantes étaient accrochées sur les murs et jusqu’au plafond.

Julia Braun commença par le féliciter, elle se déclara satisfaite de constater qu’il avait bien intégré les consignes de son briefing. Puis elle parla de  “la mise en place de nuances supplémentaires”, c’est-à-dire de l’absence totale de nuances.

Ainsi, il n’était pas utile que l’on sache que meilleur ami de Dorothy était homosexuel. Il n’aurait pas de vie sexuelle comme Dorothy et les autres personnages.  Il ne fallait, de toute façon, aucune référence à la sexualité. Et puis, finalement, Dorothy ne vivait pas chez un camarade. Elle habitait chez des parents aimants, une famille avec les vraies valeurs de l’Amérique chevillées au cœur. Ils ne pouvaient donc pas être montrés comme d’affreux réactionnaires.

Elle trouva aussi dérangeante que malsaine l’idée du fétichiste de chaises roulantes et suggéra un simple voleur revendant ses larcins en pièces détachées. Quant à la scène finale, elle la trouvait digne d’une film d’épouvante, ce n’était pas envisageable. L’épisode devait plutôt se clore par quelque chose comme le salut entre deux victimes venant de récupérer leur chaise roulante dans un atelier de réparation évangéliste.

Après ces explications, Julia Braun demanda à Timothy Carter quelle idée il avait pour le second épisode.

Le jeune homme réfléchit à peine avant de lancer, pour se moquer un peu, l’idée d’une aveugle menacée d’expulsion à cause d’un retard de loyer dû à une erreur de sa banque. Dorothy lui sauve la mise après avoir organisé dans le quartier une collecte d’objets de brocante. Elle programme une vente de charité à la paroisse de la communauté et assez d’argent en est tiré pour sortir l’aveugle de ce mauvais pas.

« Parfait. Je vous engage. » répondit Julia Braun, avant de suggérer que, puisque l’épisode s’achevait dans une paroisse, la dernière scène pourrait se dérouler juste avant une messe, on verrait Dorothy guider l’aveugle jusqu’à une place libre sur les bancs de l’église.

“Sans pour autant transformer le personnage en bigote”, elle trouvait intéressante l’idée que Dorothy ne compte pas seulement sur ses propres ressources intérieures, mais qu’elle s’en remette de temps en temps à Jésus-Christ ou à la Vierge Marie.

Magic Dorothy/ Pierrick Moritz. Dépôt S.A.C.D. 226979, juin 2009.

Ce texte n’est pas libre de droits et ne peut être republié, même partiellement, sans autorisation de l’auteur. Un exemplaire original déposé à la SACD en juin 2009 protège ce texte de la contrefaçon partielle ou totale et de l’adaptation. Les extraits de Magic Dorothy publiés sur Artwithoutskin correspondent à des passages sélectionnés dans les deux premiers chapitres d’un roman qui en compte six. Il s’agit d’une histoire dont le début est volontairement écrit pour restituer l’atmosphère d’une série télévisée* et qui évolue ensuite dans une veine radicalement différente. Le choix des extraits, dont chacun doit à la fois former un “tout” cohérent (à la manière d’une nouvelle) et ne pouvait être trop long dans un premier temps, donne une  présentation chronologiquement “éclatée”. Quand cela est nécessaire, de brèves notes, portées avant chaque extrait, les contextualisent.

“Magic Dorothy” : la naissance de la série (I)

19 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Découvrez ici comment est née la série Magic Dorothy (première partie, la seconde sera publiée jeudi).

Magic Dorothy

 

Février 1983  

Timothy Carter arriva dès l’ouverture au bureau de poste de Carmel. Le jeune homme venait expédier les deux premiers épisodes de son projet de feuilleton à une grande chaîne de télévision de Los Angeles.

Comme lui, son héroïne avait 22 ans. Elle, elle s’appelait Glenda.

Glenda avait fui une famille conservatrice de Dallas pour venir mener la vie qu’elle entendait à New York, à commencer par ne plus être obligé de cacher ses livres de Friedrich Nietzsche et d’Upton Sinclair.

Glenda partageait un deux-pièces en entresol à Brooklyn avec un funambule homosexuel, vivait de petits boulots, fumait beaucoup, couchait avec les garçon qui lui plaisaient et discutait volontiers avec les clochards de son quartier.

Dans le premier épisode, elle retrouvait les preuves vieilles de 160 ans d’une spoliation de terrains iroquois par des colons. Dans le second, elle soutenait activement la grève générale des 117 ouvriers clandestins d’un chantier public.

La découverte des aventures de Glenda provoqua une grande agitation au service des projets de la chaîne de télévision. Elle avait sorti de la torpeur les trois lecteurs dont l’ordinaire était composé d’assommantes sagas de familles fortunées, d’intrigues policières cousues de fil blanc et de jeux dont la règle se devait d’être comprise par un marsouin. 

Les textes de Timothy Carter eurent droit à une lecture à haute voix, audition ponctuée de tonitruantes expressions d’adhésion et de rejet, et surtout brouillée d’éclats de rire.

Cette clameur arrivait jusqu’au bureau de Julia Braun, la directrice des programmes, et la sauvait de l’endormissement à une demi-heure d’un important rendez-vous.

Elle finit par prendre le chemin du bureau des lecteurs, elle avait pensé qu’un contact avec le joyeux bazar lui communiquerait un peu d’énergie.

Julia Braun marchait lentement et plutôt en zigzag, ce qui lui donnait l’impression que le couloir était vraiment plus long que d’habitude et, par là, interminable. Au moment où elle arriva devant le portrait du président de la chaîne par Andy Warhol, une grande toile accrochée entre deux ascenseurs et qui se reflétait dans le miroir du mur d’en face, elle fut prise d’un étourdissement. La peur de tomber sur l’effigie de son patron fit remonter sa tension, ce qui la remit d’aplomb.

Elle demanda aux lecteurs, qui partaient déjeuner avec les textes, quel était l’objet de leur excitation.

« Un truc pas diffusable, s’entendit-elle répondre.

- Apportez-moi ça en début d’après-midi. »

******

Julia Braun avait bien entamé le deuxième épisode de Glenda quand son téléphone d’urgence sonna, une attachée de presse de la chaîne voulait être reçue immédiatement.

La jeune femme, complètement catastrophée, lui annonça que Gordon Parker, un de leurs animateurs, avait été arrêté dans la nuit. La police l’avait trouvé complètement nu, ivre, les pieds en sang, et sous l’emprise de cocaïne sur la plage de Santa Monica. Lors de son interpellation, il avait demandé où se trouvait la piscine, car il pensait toujours se trouver dans le parc de la villa où était organisée l’orgie géante dont il s’était en définitive éloigné de dix bons kilomètres.

Gordon Parker était bien la dernière personne que Julia Braun aurait pu imaginer dans une situation pareille. Pour ce qu’elle connaissait de lui, il était homme à ne manquer pour rien au monde la possibilité d’une minute de vie avec sa femme et ses quatre enfants. Il était un parfait gentleman, très bostonien, respectueux et il n’employait jamais d’argot. Son brushing était toujours impeccable ; il se présentait en pull-over à col roulé et costume de velours côtelé l’hiver ; en veste, chemise et pantalon clairs à la belle saison.

Son émission, destinée à un public du troisième âge, montrait comment fabriquer soi-même des objets décoratifs ou utiles pour la maison, des spécialistes venaient parfois donner des cours de peinture ou de poterie. On apprenait aussi à recycler certaines choses en d’autres, comme transformer un dessus de lit en rideau ou vice-versa.

Elle était diffusée le samedi après-midi entre 15 heures et 15 heures trente, soit au moment de la semaine où l’audience était la plus faible, les gens faisant principalement leurs courses à ce moment-là.

L’embarrassante nouvelle avait été rendue publique depuis moins d’une heure et le flot de reportages télévisés et de flashes radiophoniques qui lui étaient consacrés enflait sans discontinuer. Le service de communication de la chaîne était assailli de coups de fils de journalistes, le standard explosait sous les appels anonymes et insultants, la sécurité avait déjà dû éjecter des reporters qui s’étaient introduits dans l’immeuble par le garage souterrain.

Julia Braun commença à digérer la nouvelle en souhaitant un crash d’avion, un naufrage de paquebot, un carambolage géant, un plongeon à pic des bourses mondiales, une prise d’otages ou, seule idée positive qui lui vint à l’esprit, l’annonce d’une découverte scientifique de première importance ; enfin n’importe quelle information spectaculaire propre à détourner l’attention des journalistes et du public de ce qu’on appelait désormais “Le Scandale Gordon Parker”.

Le président de la chaîne finit par convoquer tout le monde pour une réunion de crise. Il était encore plus enragé que d’habitude et fit réécrire dix fois un communiqué de presse annonçant le renvoi sur le champ de l’animateur et la suppression de son émission.

Il ordonna  aux journalistes de la chaîne de n’évoquer ni de loin ni de près ce qu’il appelait “notre affaire” et d’employer le terme “déontologie »” pour clouer le bec des curieux qui viendraient à s’étonner de cette situation. Et ceux qui n’étaient pas d’accord pouvaient toujours prendre la porte. De plus, on ne traiterait plus jusqu’à nouvel ordre de sujets relatifs aux travaux manuels, aux personnes âgés, à Santa Monica et à la drogue. Aller à l’encontre de ces directives entraînerait de sévères sanctions. L’assemblée reçut également l’ordre de ne pas parler de  “notre affaire” aussi bien dans les locaux de la chaîne qu’à l’extérieur. Et il en cuirait aux pipelettes.

Personne ne posa de questions, l’ambiance particulière de ce  meeting incitant à éviter de se faire remarquer. Vers la fin de la réunion, la secrétaire du président égrena sur un ton de  litanie les noms des employés qui avaient posé des jours de récupération et ceux des cadres qui étaient subitement tombés malades depuis l’annonce de “notre affaire”. L’hémorragie était telle que certains services allaient être complètement désorganisés.

Pour finir, le président se leva devant l’assistance et lui fit répéter trois fois Nous sommes notre télévision, le slogan de la chaîne. Tout le monde mit du cœur et de la voix sur cette note de rassemblement qui indiquait aussi que la sortie était imminente. 

Le président quitta la pièce sous des applaudissements nourris, ce qui sembla lui casser les oreilles et le fit souffler comme un bœuf.

Une fois le communiqué de presse expédié aux médias, il décolla du toit de l’immeuble en hélicoptère pour se rendre dans sa villa d’Hawaï, une forteresse perchée sur une colline qu’il avait fait effacer des cartes touristiques.

Julia Braun se dépêchait de quitter la salle de réunion quand elle fut rattrapée par la secrétaire du président. Celle-ci lui remit un dossier dont le patron voulait qu’elle prenne connaissance immédiatement.

Curieusement, il s’agissait d’une étude d’audience sur la tranche horaire du samedi occupée par Gordon Parker.

Les données révélaient que, désormais, durant cette fameuse demi-heure où la majorité des gens se trouvait au supermarché, un plus grand nombre d’adolescentes restait au domicile parental.

Ces jeunes filles constituaient une cible de choix pour de nombreux annonceurs. En dehors de Clark Robert’s Craft Material, une petite chaîne de boutiques de fournitures pour travaux manuels, qui se payait de la réclame télévisée par contrat de deux ans grâce au coût particulièrement bas de la tranche horaire déclassée, l’activité publicitaire était au point mort sur l’émission de Gordon Parker.

Dans une brève note datée de la veille à la fin du document, le président ordonnait la création d’un nouveau programme adapté à ce public jeune et féminin.

Le président était un homme pressé et Julia Braun supposa qu’il avait dû signifier aussitôt à Gordon Parker la suppression de son émission. Il ne devait pas s’attendre à ce que l’animateur démolisse l’image de la chaîne par ce qu’elle percevait désormais comme un torpillage par le sacrifice, un acte kamikaze.

Magic Dorothy/ Pierrick Moritz. Dépôt S.A.C.D. 226979, juin 2009.

Ce texte n’est pas libre de droits et ne peut être republié, même partiellement, sans autorisation de l’auteur. Un exemplaire original déposé à la SACD en juin 2009 protège ce texte de la contrefaçon partielle ou totale et de l’adaptation. Les extraits de Magic Dorothy publiés sur Artwithoutskin correspondent à des passages sélectionnés dans les deux premiers chapitres d’un roman qui en compte six. Il s’agit d’une histoire dont le début est volontairement écrit pour restituer l’atmosphère d’une série télévisée* et qui évolue ensuite dans un ton radicalement différent. La présentation des extraits est chronologiquement “éclatée” car chacun doit à la fois former un “tout” cohérent (à la manière d’une nouvelle) et ne pouvait être trop long dans un premier temps. Quand cela est nécessaire, de brèves notes, portées avant chaque extrait, les contextualisent.

“Magic Dorothy” ne vous oubliera pas lundi (ni jamais)

16 juillet 2010 par Pierrick Moritz

À partir de lundi,

découvrez en exclusivité

sur Artwithoutskin.com

comment est née

Magic Dorothy,

 la pire série télévisée de tous les temps

 
 

Magic Dorothy,

la série

qui a rendu célèbre Margaret Sullivan

(la vedette qu’il ne faut surtout pas rencontrer pour de vrai)

**********

Si vous voulez savoir comment Margaret Sullivan a obtenu le rôle-titre dans Magic Dorothy, c’est là : http://artwithoutskin.com/2010/07/05/%e2%80%9cmagic-dorothy%e2%80%9d-episode-2-%e2%80%9cle-casting%e2%80%9d/

Comédie-Française : dernière pour “Trois Sœurs” en liberté

14 juillet 2010 par Pierrick Moritz

La dernière d’un fabuleux Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov mis en scène par Alain Françon à la Comédie-Française aura lieu le 16 juillet.  

La représentation affiche complet, mais on peut toujours se rabattre sur les places à visibilité réduite (au nombre de 65) proposées sur place une heure avant la représentation.

Le miracle de ce spectacle trouve probablement sa source dans l’humilité de ses serviteurs, qui lui permet de s’incarner en totale liberté, et ceci depuis le choix de la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan.  

L’œuvre n’est pas une chose, mais un organisme puissant, un bel animal qui ne supporte pas la cage de la subjectivité.    

Et la bête rugit complètement sur la scène de la Comédie-Française.

Informations : http://www.comedie-francaise.fr/

Pierrick Moritz

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2010/01/21/critique-dart-quand-un-personnage-de-tchekhov-en-parle/

Une importante découverte de la galerie Gismondi à la Biennale des Antiquaires

13 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Lors de la XXVe Biennale des Antiquaires, qui se tiendra du 15 au 22 septembre  au Grand-Palais à Paris, la galerie Gismondi présentera  le seul témoignage peint sur toile de la fresque réalisée par Primatice au Pavillon de Pomone à Fontainebleau, détruit en 1766.

Le Jardin de Pomone, école de Fontainebleau vers 1541/1545, huile sur toile, 144 cm x 188 cm. Crédit photographique : Galerie Gismondi.  

Cette thématique païenne connut un grand engouement sous le règne de François 1er : de Rosso à Goltzius, tous les artistes ont saisi ce prétexte pour représenter des motifs végétaux souvent chargés d’allusions érotiques, et qui seront  jugées inconvenantes sous le règne d’ Henri II. 

Si le tableau présenté par la galerie Gismondi relève de cet érotisme symbolisé, les restaurations en cours ont déjà  révélé, sous d’épais repeints, des détails qui s’embarrassent plus ou moins de la pudeur  : de  la transparence des peaux et la densité des chevelures sous les voiles jusqu’au sexe en érection de Priape.

L’existence de ce tableau fut signalé pour la première fois en 1972 dans le catalogue de l’exposition sur  l’école de Fontainebleau au Grand-Palais. Les auteurs, Sylvie Béguin et Roseline Bacou, indiquaient dans leur notice l’existence d’une copie peinte de la fresque dans une collection particulière.

D’autres spécialistes reprendront l’information, notamment Dominique Cordellier dans le catalogue de l’exposition Primatice proposée en 2004 au Musée du Louvre et avec une note indiquant l’existence d’une copie peinte de la fresque que nous n’avons jamais vue.

Jean Gismondi a découvert ce tableau une quinzaine d’années plus tôt, chez des particuliers du sud de la France.

Les propriétaires étaient persuadées qu’il s’agissait d’une composition réalisée par Léonard de Vinci.

Les tentatives d’explications sur la véritable paternité de l’œuvre demeurèrent sans effets devant la conviction des détenteurs, réduisant à néant les chances d’acquisition.   

Jean Gismondi et ses collaborateurs purent néanmoins réaliser d’importantes recherches qui aboutirent au rapprochement avec la fresque de Primatice, jusqu’à ce que la galerie puisse acquérir le tableau, des années plus tard.

D’après communiqué

“Magic Dorothy”  : “La Rencontre”

12 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Magic Dorothy

Repères 

Nous sommes en 1984 en Californie.

Margaret Sullivan, 20 ans, est l’héroïne du sirupeux Magic Dorothy, une série moralisatrice à succès diffusée sur une grande chaîne de télévision.

Dans chaque épisode, Dorothy sauve quelqu’un de quelque chose   

La jeune actrice vient de s’installer à Carmel, une station balnéaire ultra-chic.  

La Rencontre

 

Le départ de John Thomson de San Francisco consacrait sa décision d’arrêter d’imiter la vie et les œuvres de Jackson Pollock, un plagiat de toute manière voué à l’échec car il ne supportait pas l’alcool.

Cet après-midi-là, le jeune artiste achevait sa première peinture de bord de mer d’après nature quand, reculant d’un pas sur le sable pour visualiser dans son ensemble cette création très verte et dont il ne savait pas trop quoi penser, il crut que son dos rencontrait un mur.

C’était Margaret Sullivan, figée comme une statue derrière lui.    

Il considéra d’un air circonspect cette étrangère au visage poupin, habillée et chapeautée comme pour une visite à l’église. Elle se laissa dévisager un instant avec une visible délectation. Un bonheur qui, devant le manque d’inspiration persistant de John Thomson, finit par tourner à l’agacement.

« Ne cherchez plus, finit-elle par lâcher avec un sourire indulgent mais quand même un peu crispé.  

- Chercher quoi ?

- Je suis Margaret Sullivan.     

- Margaret Sullivan ?

- Oui, Margaret Sullivan de Magic Dorothy.

- Je ne sais pas ce que c’est.

- La série… à la télévision.

- Je ne regarde pas la télévision.»

Elle lui lança le regard en coin de celle qui n’est pas dupe de la plaisanterie, alors qu’il ne jouait à rien du tout, et dit qu’elle trouvait magnifique l’œuvre toute fraîche qu’elle n’avait pourtant pas vraiment regardée. Elle lui en proposa 50 dollars.

«Vous croyez que ça vaut autant ?

- Au moins ! » répondit-t-elle en fouillant à l’aveugle l’intérieur de son sac à main.

Elle en extirpa une poignée de billets de 50 et 100 dollars.

« Et puis, je ne l’ai pas tout à fait terminée…

- Ce n’est jamais terminé ces machins-là. Je vous l’achète comme ça.»

Elle enfonça  un billet de 50 dollars dans la poche de sa chemise et jeta  les autres dans l’ouverture de son sac. Elle dit qu’elle comptait lui acheter d’autres peintures et alla retirer son acquisition du chevalet.

« - Faites attention. Ce n’est pas sec.  

  - Oh, vous savez, j’en ai vu d’autres.»

John Thomson finit par lui donner les coordonnées du motel où il était installé et qu’elle lui avait demandées. Elle lui signa un autographe qu’il n’avait pas demandé.

 Le soir même, alors qu’elle se glissait entre ses draps, avec ses doigts souillés de peinture verte et qu’elle n’avait pas voulu nettoyer, une obsession éclot dans son esprit.

Il s’agissait d’ouvrir à ses frais une galerie à Carmel, un lieu bien placé où John Thomson pourrait vendre des peintures de bord de mer. Elle s’endormit sans s’en rendre compte, avant que sa main n’atteigne l’interrupteur de la lampe de chevet, cette digression pour éteindre la lumière chassant un instant son idée fixe.

À quatre heure vingt, ses yeux s’ouvraient sur la dentelle du ciel de lit. Son cerveau fonctionnait intensément, en mode stroboscopique, produisant images rêvées et pensées fulgurantes qui s’évanouissaient aussitôt, oubliées, effacées, remplacées par d’autres, arrivées au galop, incontrôlables.

Dans cette projection délirante, John acceptait d’emblée son soutien pour ouvrir une galerie. Ils étaient tous les deux en repérages dans les rues les plus chères de Carmel pour trouver un bel espace. Subitement, John niait avoir accepté la proposition de Margaret. Elle-même n’en avait d’ailleurs plus aucun souvenir. C’était le vernissage de la galerie. Était-ce l’excitation provoquée par le rouge vif de la robe de soirée dans laquelle elle faisait sensation qui appela John à lui mettre son poing dans la figure ? Et Margaret riait, riait, avec son nez ensanglanté. Un jeune homme venait lui apprendre la mort de John. Elle se retrouvait dans un cimetière embrumé où les pierres tombales dataient d’avant l’arrivée des Espagnols en Amérique parce qu’elle était au XIIIe siècle et probablement en Angleterre. Elle posait un énorme bouquet de lys blancs sur la sépulture du peintre quand le flash d’un appareil photo l’éblouit. Son amour tragique était étalé à la une des journaux. Elle était harcelée par la presse et ne pouvait plus sortir de chez elle. Mais John était vivant et Margaret le retrouvait cinquante ans plus tard, à l’aéroport de San Francisco. Il était vraiment vieux tandis qu’elle n’avait pas pris une ride. Il ne savait pas s’il pouvait accepter la proposition de financement de sa galerie. Ce n’était pourtant pas son âge qui posait problème puisqu’il était redevenu jeune. John vendait ses peintures à la sauvette dans la rue. Il se faisait arrêter par la police. Margaret obtenait sa libération en payant une forte caution. Il avait occupé sa garde à vue de trois-quarts d’heure à jouer au billard avec un sheriff en pyjama et elle le récupérait détruit comme s’il sortait de six mois d’internement dans un camp de prisonniers japonais. Une larme roulait sur la joue de John, elle l’essuyait. Elle survolait la cordillère des Andes et retrouvait John réfugié au sommet d’une montagne. John était hélitreuillé. Ils revenaient tous les deux comme des héros à Carmel. À l’issue d’un discours public devant une foule incroyable, Margaret était acclamée. Sa main cherchait celle de John. Mais sa main était loin, avec lui dans une gare. Margaret marchait sur le quai, magnifique dans un tailleur haute couture et portant un chapeau à larges bords. Elle s’évanouissait. John était à son chevet, il l’encourageait à tenir bon. Elle avait les longs et beaux cheveux qu’elle n’avait jamais eus répandus autour de son visage rayonnant, et qui était celui de Rita Hayworth.

À l’aube, après de pareilles aventures communes ressenties comme si elle les vivait, John Thomson était devenu une vieille connaissance dans l’esprit de Margaret Sullivan. Et elle n’en pouvait plus de ses voltefaces et de ses défaillances. Elle était d’humeur à trancher définitivement la question de l’ouverture de cette galerie.

Ce fut donc sans aucune appréhension qu’elle décrocha son téléphone à six heures du matin pour appeler le motel où il logeait.

 

Magic Dorothy de Pierrick Moritz. Dépôt S.A.C.D. n° 226979. Juin 2009.  

Ce texte n’est pas libre de droits et ne peut être republié, même partiellement, sans autorisation de l’auteur. Un exemplaire original déposé à la SACD en juin 2009 protège ce texte de la contrefaçon partielle ou totale et de l’adaptation. Les extraits de Magic Dorothy publiés sur Artwithoutskin correspondent à des passages sélectionnés dans les deux premiers chapitres d’un roman qui en compte six. Il s’agit d’une histoire dont le début est volontairement écrit pour restituer l’atmosphère d’une série télévisée* et qui évolue ensuite dans un ton radicalement différent. La présentation des extraits est chronologiquement “éclatée” car chacun doit à la fois former un “tout” cohérent (à la manière d’une nouvelle) et ne pouvait être trop long dans un premier temps. Quand cela est nécessaire, de brèves notes, portées avant chaque extrait, les contextualisent.

Tirages de Richard Avedon mis en vente à Paris

11 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Aucune photographie n’est la vérité. Richard Avedon

Christie’s va mettre en vente, le 20 novembre prochain à Paris, une soixantaine de tirages du photographe Richard Avedon.

Il s’agit du plus important ensemble de photographies d’Avedon jamais présenté dans une vente aux enchères publiques.

Richard Avedon disait qu’aucune photographie n’est la vérité.

Un de ses plus célèbres clichés, celui où Marilyn Monroe apparaît le regard vide, illustre parfaitement sa réflexion. 

L’image pourrait conforter la légende de la star perturbée, voire le ragot de la poupée creuse.

Compte tenu du fait que l’actrice avait dansé et joué la comédie durant des heures avant cette prise de vue de 1958, son expression saisie sur le cliché  peut tout aussi bien montrer l’état d’épuisement d’une femme qui vient de se donner totalement, « vidée » au sens littéral du terme, qu’être révélatrice d’une vérité psychologique.

Article en rapport : http://artwithoutskin.com/2008/08/17/richard-avedon-au-jeu-de-paume/

Pierrick Moritz

Comment se débarrasser des sites qui commercialisent indûment vos posts

10 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Vous en avez assez de voir vos posts (en entier ou par extraits) reproduits sans votre autorisation sur des blogs, sites ou plateformes et entourés d’annonces commerciales, et ceci d’autant plus que vos demandes de retraits des articles en question demeurent sans effets.

Pour faire cesser cette exploitation, la formule magique consiste à  menacer de contacter les annonceurs si votre post n’est pas supprimé.  

Il s’agira de les informer que leurs publicités entourent un post volé et exploité au mépris des lois sur la protection des droits d’auteur.  

Efficacité garantie, d’autant plus que vous pourrez toujours passer à l’action.

Pierrick Moritz

Lundi, c’est “Magic Dorothy”

9 juillet 2010 par Pierrick Moritz

Un nouvel épisode de Magic Dorothy, la véritable histoire des héros de la pire série télévisée de tous les temps, sera visible lundi prochain sur Artwithoutskin.

 Magic Dorothy  

 

Un air de bonbon,

un goût de glaçon,

un effet de poison

 

En exclusivité

sur Artwithoutskin

 

Voir l’épisode précédent  :

http://artwithoutskin.com/2010/07/05/%e2%80%9cmagic-dorothy%e2%80%9d-episode-2-%e2%80%9cle-casting%e2%80%9d/